C’est aussi la rentrée chez les Guides et Scouts d’Europe !

Le week-end dernier à Château-Landon – fief des guides et scouts d’Europe – a été donné le coup d’envoi d’une nouvelle année scoute.

Les équipes nationales et générales, les commissaires de provinces et leurs équipes, les chefs d’équipes techniques nationales (pour les initiés E.T.N..) se sont retrouvés sur le terrain pour deux jours de rencontres et échanges avec un objectif faire connaître les grandes lignes du mouvement et celles des branches.

Accueil pour certains dès le vendredi soir pour aborder dès 8 heures samedi matin un programme riche et dense en contenu. Réunion des commissaires généraux et de leurs assistants pour poser les bases du week-end, faire un bilan des actions et partager les grandes orientations.

Dès 10h00, accueil, inscription et installation suivi d’une messe avant un grand rassemblement pour lancer officiellement le week-end.

Convivialité et joie de se retrouver autour d’un bon buffet, le ton du week-end était lancé – d’autant que le Commissaire Général Michel-Henri Faivre avait fait une commande spéciale de soleil pour le week-end…!

Selon un emploi du temps précis et après les introductions d’usages, les commissaires généraux ont donné les axes de travail, présenté les grands projets du mouvement et développé le thème de l’année « Scouts d’Europe, fils et fille de la chrétienté ».

L’après-midi, studieuse, s’est déroulée par des rencontres par groupes permettant ainsi à chacun d’échanger, de poser des questions d’être à l’écoute et de faire des propositions.

Forts de toutes ces informations et discussions, est venu un temps du discernement avec un temps offert au seigneur à travers un moment lumière ou heure route. Les services et la préparation du repas viennent conclure cet après-midi avant d’enchaîner sur le dîner et une veillée festive. L’occasion d’un beau retour en images sur ce qui s’est passé tout au long de l’année dans les différentes branches. Rires, sourires et ambiance détendue d’une assistance bon enfant qui a su applaudir aux exploits et chanter à l’unisson pour répondre au défis chants de l’année !

« Avant d’aller dormir sous les étoiles »… dans le silence de la nuit s’élève la prière des complies suivi d’un temps d’adoration du Saint Sacrement.

Dimanche, l’annonce à Marie avec l’Angélus, à 7h00 éveil le camp. Le petit déjeuner « englouti » l’ensemble des participants se retrouvent à « l’amphi » pour un éclairage particulier sur le thème de l’année dispensé par le Père Cyril Gordien – Conseiller Religieux National. (Texte intégral à retrouver ci-dessous)

A l’issue de ce temps de réflexion, des groupes de travail par branches et par équipes sont formés pour poursuivre les travaux de la veille.

Le week-end s’achève par une belle messe et un rassemblement final où les commissaires généraux délivrent à chacun un message d’encouragements et d’envoi en mission.

 

 

Éclairage sur le thème de l’année par le Père Cyril Gordien

P Gordien

« Scouts d’Europe, fils et filles de la chrétienté »

En route vers Assise avec les guides aînées du Feu de Paris, dans la belle région de l’Ombrie, sous une chaleur accablante frôlant les 44 degrés, nous quêtions désespérément une parcelle ombragée pour une halte bienfaisante. La vague de chaleur qui sévissait alors étouffait tout sur son passage, si bien que les Italiens l’affublèrent du surnom de « Lucifero ». Les feuillages des oliviers n’étant pas suffisants pour nous abriter, il était grand temps de trouver refuge quelque part. En effet, le soleil au zénith interdirait bientôt tout mouvement aux pauvres pèlerins que nous étions, sous peine d’évanouissement.

Soudain, un vaste édifice de pierre perché sur une colline se découvrit à nos yeux…Puisant dans nos dernières ressources pour grimper jusqu’au bout, nous parvînmes au bâtiment qui, selon nos cartes, devait être une abbaye. Son nom n’était sans doute pas étranger à la grande joie que nous éprouvâmes alors : l’abbaye San Felice. Véritable havre de paix et de silence, le porche d’entrée nous parut délicieusement frais sous ses épais murs de pierre. Un moine nous accueillit, avec bienveillance et compassion.

Sa première réflexion, formulée dans un français parfait, ne manqua pourtant pas de me glacer intérieurement, ce qui, vous en conviendrez, en raison de la chaleur écrasante, aurait pu s’avérer bienfaisant…Il nous confia donc, avec un brin d’affliction dans la voix : « Alors, vous êtes les derniers catholiques de France ? ». Piqué au vif, je maugréais en me disant que ce moine n’avait jamais dû quitter son abbaye et qu’il ignorait donc la vitalité des chrétiens de France. Puis, je me laissai gagner par la perspicacité de sa remarque. Il suffit en effet de parcourir les routes de France et de traverser ses villages pour mesurer l’état de déchristianisation de notre pays. Oui, la fille aînée de l’Eglise a bien vieilli, et des rides ont creusé son visage. En terre de France, la chrétienté n’est plus.

Certes, beaucoup de chrétiens se rassurent à l’occasion d’une session d’été, d’un rassemblement estival ou d’un mariage. En tapant dans les mains ou entre deux petits fours, on se félicite qu’un cousin lointain soit entré au séminaire, tout en se réjouissant, sans l’avouer, que ce ne soit pas l’un de ses propres enfants. La foi vive d’un petit reste masque la léthargie spirituelle d’un grand nombre ; et le grand nombre s’illusionne en vivant sa foi par procuration. Combien de baptisés retournent à la messe chaque dimanche ? Alors pour ne pas risquer de devenir les derniers catholiques de France, cher chef, et chère cheftaine, il est urgent de vivre en vrais fils et filles de la chrétienté. Voici quelques lignes directrices pour vivre ce principe de notre scoutisme, qui est le thème choisi pour l’année.

  1. Souviens-toi de ton baptême

Reviens à la source, au fondement. C’est par le baptême que tu es devenu chrétien. Tu étais sûrement tout petit, mais tes parents ont choisi pour toi. Et c’est bien ainsi. Car c’est une mode, aujourd’hui, que d’attendre pour faire baptiser ses enfants : « il pourra choisir plus tard, librement », argumente-t-on. Mais choisir quoi, à partir de quoi ? A-t-il choisi sa famille, son éducation, son école…? Souvent, ce désir d’attendre que l’enfant puisse choisir masque le manque de foi des parents. On projette sur l’enfant ses propres doutes, car on n’est pas convaincu du bien fondé du baptême, on ne croit pas vraiment à la nouveauté de la foi chrétienne, on ne croit pas que cela vaille vraiment la peine d’être chrétien.

Or, si j’écris cela, c’est pour réveiller en toi la conscience du trésor irremplaçable qu’est le baptême. Ce n’est pas un simple rite initiatique que certains ont pitoyablement parodié dans les mairies pour compenser leur rejet de Dieu ; le baptême ne se réduit pas non plus à la transmission de valeurs, ou à la réunion familiale. C’est une question de vie ou de mort. C’est le salut de ton âme qui est en jeu, avec la rémission du péché originel. Le baptême est une plongée dans le nom de la sainte Trinité, dans l’être même de Dieu, une immersion dans la divinité, une plongée dans la vie indestructible de Dieu. Il a fait de toi un être nouveau dans le Christ : tu appartiens désormais au Christ par un lien indélébile, le sceau ou caractère. Ce lien réel, ontologique, t’apporte la certitude de foi que Dieu est présent dans ta vie, qu’il t’accompagne, qu’il veille sur toi. Juste avant de monter aux cieux, Jésus fit une dernière promesse à ses apôtres : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde »[1]. Telle est la plus grande assurance-vie, qui n’est pas garantie par les coffres-forts d’une banque, mais qui est promise par celui-là seul qui a les paroles de la vie éternelle.

Ainsi, tu peux sans cesse recevoir du Christ réconfort, courage, consolation, force pour avancer sans crainte dans la vie, comme s’écrie le psalmiste : « si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton me guide et me rassure »[2]. Le baptême te donne le bâton de Dieu, ce bâton que tenait Moïse pour ouvrir les eaux de la Mer Rouge, fendre le rocher et affronter l’épreuve du désert. Le baptême fait de toi un croisé, littéralement quelqu’un qui porte la croix du Christ, notre Sauveur. La croix scoute à huit pointes reçue le jour de ta promesse est un signe visible que tu es fils de la chrétienté.

  1. Souviens-toi de ta famille

Le deuxième conseil est un rappel de la filiation. Tu n’es pas devenu chrétien tout seul, par toi-même ; ce n’est pas le fruit de ton action. Mais c’est Dieu qui a fait de toi un chrétien, par l’intermédiaire du prêtre, et en présence de la communauté chrétienne, représentée notamment par tes parents, ton parrain et ta marraine. Et tu n’es pas non plus chrétien tout seul, tu ne peux pas vivre ta foi tout seul, dans ton coin : tu es incorporé à l’Eglise, la grande famille des enfants de Dieu, tu es membre du Corps du Christ.

Cette filiation chrétienne trouve de nombreuses ramifications dans ces petites chrétientés que sont la famille, les communautés religieuses, les patronages, et bien sûr les unités scoutes. Appuie-toi sur elles. Un fils honore ses parents, et s’appuie sur eux pour prendre son envol. De même, honore les racines qui t’ont nourri, appuie toi sur ces mini chrétientés qui t’ont transmis la foi. Le jour de son ordination sacerdotale, le jeune homme s’allonge sur le dallage de la cathédrale, sans tapis, pour s’appuyer directement sur la pierre. De même, appuie-toi sur toutes ces pierres de fondation de la chrétienté.

Souviens-toi que ce que tu es devenu, tu le dois à d’autres. Sais-tu être reconnaissant ? Fais mémoire de ton passé et des générations qui t’ont précédé. Dans son dernier livre d’entretien, le Pape émérite Benoît XVI formule le souhait « que l’Eglise soit unie à son propre passé »[3]. De même, sois uni à ton propre passé. Interroge-toi pour cela : quelles sont tes racines ? Qu’est-ce qui compte dans ta vie, dans ce que tu as reçu ? Sur qui, sur quoi peux-tu t’appuyer ? Qu’est-ce qui t’a formé, construit, fait grandir ? Dans le film d’espionnage « la mémoire dans la peau », le héros, Jason Bourne, poursuit une quête angoissante pour retrouver son passé et découvrir qui il est, d’où il vient ; le seul point de départ sur lequel il puisse s’appuyer est une capsule implantée sous sa peau, un pointeur laser, qui indique le numéro d’un compte en banque en Suisse. Pour toi, grâce à Dieu, ta mémoire n’est pas dans ta peau, mais elle est vivante si tu la sollicites. Qu’est-ce qui a compté dans ta vie, dans ton histoire ? Tel est l’humus de ta vie.

La filiation chrétienne unit entre eux les baptisés de tous les siècles, comme une longue chaîne de témoins qui se transmettent le flambeau de la foi. En étant fils de la chrétienté, tu appartiens à la race de sainte Clotilde et de sainte Jeanne d’Arc, de saint Louis et de saint Bernard. Les saints et les saintes sont dans la cité du Ciel, la Jérusalem céleste ; ils forment un long cortège. Ils sont l’Eglise invisible, triomphante ; nous, l’Eglise militante, nous pouvons nous appuyer sur eux. Imite leur courage, puise dans l’élan de leur foi. Il est toujours bon de choisir un saint que l’on aime comme compagnon de route, un saint que l’on peut invoquer, dont on connaît la vie et qui nous est familier.

N’oublie pas non plus qu’un prêtre, qui exerce une vraie paternité, peut t’aider à vivre ce lien de filiation. Le Père spirituel est comme un guide de haute montagne qui prévient des dangers et indique le bon chemin. Devant les choix délicats et les décisions cruciales, ne néglige pas ce soutien précieux basé sur la confiance. Ose franchir le pas et sollicite l’aide d’un prêtre : tu verras, tu avanceras plus vite et plus sûrement.

  1. Vis en chrétien

Être fils et fille de la chrétienté signifie que tu dois vivre en chrétien : pas à moitié, mais totalement ; pas en apparence, mais authentiquement. La chrétienté, c’est d’abord dans ton âme que tu dois l’établir. Et cela prend du temps, car c’est un travail long et minutieux, un chemin laborieux jalonné de chutes et de relèvements. Dans notre société façonnée par des moyens de communication toujours plus rapides et envahissants, on voudrait que tout se fasse en un clic, sans effort. Alors le chrétien voudrait se convertir en un coup, sans peine, et pour toujours. Accepte que cela prenne du temps. Accepte que cela exige efforts et sacrifices. Comme l’écrivait saint Paul, tu dois « fortifier l’homme intérieur »[4], développer les vertus, progresser sur le chemin de la sainteté.

Le baptême reçu n’est pas magique, il implique à présent ton engagement pour porter tous ses fruits. Ce n’est pas une contrainte, mais le chemin de la vraie liberté, car Jésus est « le chemin, la vérité, la vie »[5]. Les promesses faites le jour du baptême dessinent un chemin de vie, et supposent une décision personnelle qui s’exprime tout au long de la vie. Le baptême n’est pas le fait d’une heure, mais il engage ta vie entière. La foi que tu as reçue au baptême est un don de Dieu. Elle s’épanouit désormais dans ta relation au Christ, elle s’affermit dans la réponse que tu donnes à Dieu qui s’est révélé. Ta réponse est faite de non et de oui, de renoncements et de confessions : non à Satan, à ses œuvres et ses pompes ; oui au Seigneur de la vie, le Dieu Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Saint Exupéry, dans son livre Terre des hommes, rend hommage au célèbre pilote de l’aéropostale, Henri Guillaumet, dont l’avion s’était écrasé alors qu’il traversait les Andes, en 1930. Après avoir marché cinq jours durant, en plein hiver austral, il confie à son ami : « ce que j’ai fait, aucune bête au monde ne l’aurait fait ». Témoignage magnifique d’un homme dont la force de la volonté lui sauva la vie ! Cependant, ne t’imagine pas que la volonté soit toute puissante. Elle a besoin de la grâce. « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments, dit Jésus. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5)

C’est une illusion de croire que tu peux y arriver seul, que tu peux t’en sortir uniquement à la force du poignet. C’est parfois une tentation dans le scoutisme : c’est très beau de désirer avancer, de désirer se donner, de s’engager, d’y aller à fond ; mais garde-toi de tomber dans le volontarisme.  « Si la route te manque, fais-la ! », dit-on dans le départ routier. Oui, c’est vrai, car la vie se conquiert et se gagne à force de renoncements. Mais pas tout seul. Tu as besoin de la grâce, tu as besoin de Dieu. Est-ce que chaque jour, dans ta prière, tu sollicites l’aide et le secours de Dieu ? C’est ce que font les moines, les religieuses, les prêtres, dans toutes les prières de l’office divin : ils commencent par invoquer le secours de Dieu. « Dieu, viens à mon aide – Seigneur, à notre secours ! ».

  1. Vis en chrétien, en France

C’est le quatrième conseil : en vivant vraiment en chrétien, tu peux changer le monde et relever le défi de la chrétienté.

  1. La France, ta patrie

Pour cela, commence par habiter ce monde dans lequel tu vis. Dans quel monde vis-tu ? Es-tu bien ancré dans ton temps, dans ton époque ? On peut toujours rêver à un monde meilleur, un monde idéalisé ; on peut toujours orner le passé d’une auréole de gloire, en regrettant telle période de l’histoire que l’on n’a pas connue, et en idéalisant cette période. Mais nous vivons en 2017. C’est le sens du réel qui doit te guider. Ne rêve pas à un pays imaginaire où tout serait merveilleux. Cela, c’est le monde de Narnia, où les animaux parlent et vivent en harmonie, tous unis autour du grand lion Aslan. C’est une tentation que de vouloir s’y réfugier, en plongeant dans la marre ou en se cachant dans l’armoire[6].

Tu peux aussi vivre dans un monde virtuel et courir comme un dératé après des Pokemon ou des Pikatchu, en provoquant des mouvements de foule pour les attraper le premier… Sur l’île de Taïwan, les autorités se sont inquiétées de ces phénomènes. En août 2016, des « chasseurs de Pokemon » se sont rués vers un parc pour attraper un « Ronflex », un pokemon rare, parce que les rues de la ville grouillaient de pokemon rares…à tel point que la police a dû intervenir pour rétablir l’ordre. Tu cours en regardant le monde à travers un écran, accroché à ton téléphone. Quel est l’écran qui filtre le monde pour qu’il t’apparaisse tel que tu voudrais qu’il fût ? Qu’est-ce qui fait que dans ta vie, tu ne regardes pas le monde réel ? Grâce au scoutisme, tu transmets aux plus jeunes le sens du concret, et tu apprends à te confronter à la réalité, en quittant quelques jours l’univers tyrannique des écrans : quelle bénédiction !

            À la fin du film « Mission », que je te recommande, le conquistador conclut, résigné devant l’échec apparent des missions : « le monde est ainsi – Non, lui répond le légat du Pape, il est tel que nous le bâtissons ». C’est à toi de bâtir, à présent, en étant missionnaire, sans céder à la tentation de la fatalité, ou bien à celle que Bernanos décrivait en trois mots : « à quoi bon ? – Mon démon à moi se nomme : à quoi bon ? ». Tu vis en France, ta patrie, et c’est elle que tu dois servir. Son histoire est riche, comme en témoigne l’immense héritage que nous avons reçu, dans tous les domaines. Et ses racines sont profondément chrétiennes, même si beaucoup les renient ou tentent de les effacer.

  1. La France, terreau de la chrétienté

Car c’est vrai, la France fut un berceau pour la chrétienté. Il fut un temps où notre pays s’efforçait d’imiter le Christ dans ses institutions, dans ses mœurs ; un temps où ses lois s’appuyaient sur l’Evangile. La société permettait à chacun d’orienter sa vie dans la lumière du Christ, sans entraves. La chrétienté, c’est l’imprégnation de l’Evangile dans toutes les sphères de la société, à tous les niveaux ; c’est le rappel que le pouvoir temporel ne peut jamais s’exercer sans Dieu. La chrétienté assure l’harmonie entre l’exercice des deux pouvoirs : le temporel, qui suppose l’engagement des fidèles laïcs ; et le spirituel, par lequel les grâces sacramentelles sont transmises. Ces deux pouvoirs sont distincts, mais pas séparés ni opposés.

La chrétienté désigne l’état d’une civilisation pénétrée par le christianisme et fécondée par lui, une civilisation propice à la recherche du salut des âmes. Comme le disait Dom Gérard, abbé du Barroux, dans un célèbre sermon lors de la Pentecôte 1985, à Chartres : « la chrétienté, c’est la proclamation de la royauté de Jésus-Christ sur les âmes, sur les institutions, et sur les mœurs ». Gustave Thibon résume quant à lui ainsi la notion de chrétienté : « La Chrétienté est un tissu social où la religion pénètre jusque dans les derniers replis de la vie temporelle ; une civilisation où le temporel est irrigué par l’éternel. » Ce fut le cas en France, dans une période marquée par le baptême de Clovis, et qui connut son apogée au Moyen-âge. Dans la loi salique, établie à l’issue de la bataille de Tolbiac, Clovis confia la France et ses dirigeants à la protection du Christ : « Vive le Christ qui aime les Francs ! Qu’il garde leur royaume et remplisse leurs chefs des lumières de sa grâce ! Qu’il protège l’armée ! Que le Seigneur Jésus-Christ dirige dans le chemin de piété ceux qui gouvernent ! ». « In illo tempore », comme dirait sûrement le pirate dans les aventures d’Astérix…

  1. La France aujourd’hui, terre de mission

Cependant, sans être nostalgique, ou bien sans enfouir ce passé dans les oubliettes de l’histoire, il n’appartient qu’aux chrétiens, aujourd’hui, de bâtir une nouvelle chrétienté en agissant en ce monde. Comme le rappelait le Cardinal Sarah lors de sa magistrale homélie au dernier rassemblement de Vezelay : « la chrétienté, pour vous, Scouts d’Europe, n’appartient pas à un passé révolu ». Ce principe de notre scoutisme marque notre désir d’agir en chrétiens et notre souci de l’apostolat. Dans son message aux jeunes pour les JMJ, le Pape François insiste sur l’importance de la mémoire pour avancer : « Savoir faire mémoire du passé ne signifie pas être nostalgique ou rester attaché à une période déterminée de l’histoire, mais savoir reconnaître ses propres origines, pour retourner toujours à l’essentiel et se lancer avec une fidélité créatrice dans la construction des temps nouveaux. »[7]

Dans notre pays, aujourd’hui, le terme de laïcité ne se comprend que s’il implique l’exclusion du religieux. La société s’édifie sans Dieu. De plus en plus, on cherche à rejeter Dieu de l’horizon des hommes, après l’avoir cadenassé dans les espaces privés. Alors que j’encourageais quelques jeunes à témoigner de leur foi, une collégienne m’a répondu, presque terrorisée : « on n’a pas le droit de parler de Jésus ! ». Tel est le symptôme d’une pensée unique forgée à coup de laïcité totalitaire, et qui finit par imprégner les esprits.

Saint Jean-Paul II disait aux jeunes de France : « Un monde sans Dieu se construit tôt ou tard contre l’homme »[8]. Le Pape polonais savait de quoi il parlait, lui qui fut confronté aux deux idéologies totalitaires du XXème siècle, le communisme et le nazisme. Quand une société rejette la vie, au point de tuer ses enfants dans le sein de leur mère et d’achever ses vieillards, elle court à sa perte ; quand elle méprise l’amour qui unit l’homme et la femme dans le mariage et porte atteinte à l’intégrité de la famille, elle compromet son avenir ; quand elle s’évertue à séparer l’union des parents et le don de la vie, au point de vouloir retirer l’enfant du sein maternel sous le vocable généreux de GPA, elle détruit la filiation ; et quand elle renie ses racines chrétiennes et dilapide son héritage, elle entretient une véritable apostasie silencieuse. « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises »[9] dit Jésus.

Le drame, c’est que beaucoup de chrétiens s’habituent. Les lois mortifères et les mœurs délétères finissent par imprégner leurs consciences amollies. Ils ne protestent plus, ils cessent de réagir, ils pactisent. Ils abandonnent avec un sourire complice les principes de la vie chrétienne.

  1. Agis sur cette terre de mission !

« Si vous êtes les enfants de saint Louis, si vous êtes la nation de saint Louis, la France de saint Louis, faites les œuvres de saint Louis », clamait le grand évêque Bossuet. Quel élan soulève ton âme, quel feu brûle ton cœur ? Qu’es-tu prêt à donner, à sacrifier pour le Christ, et pour ta patrie ?

Nous, chrétiens, nous ne pouvons pas nous satisfaire de cet état de décrépitude. Nous ne pouvons pas constater, impuissants, la pourriture ronger les fondations de notre pays. C’est à toi aussi, jeune chef, jeune cheftaine de vingt ans, de relever le défi de la chrétienté. Pierre Bachelet chantait « en ce temps-là j’avais vingt ans ! » pour évoquer mai 68. Et toi, que chanteras-tu dans quelques années pour évoquer 2017 ? Que voudrais-tu avoir accompli ?

Car il est possible d’agir, là où tu es, pour répandre la lumière du Christ. Les champs d’action ne manquent pas, en particulier dans ces trois domaines négligés par les catholiques : la culture, les médias et l’éducation[10]. Résiste à un certain esprit du monde contraire à l’Evangile ; ose une parole sur Jésus, pour témoigner de ta foi, avec courage ; forme-toi pour rendre compte de ton espérance ; rends service autour de toi ; donne de ton temps, sans compter. Depuis deux mille ans, les chrétiens changent le monde. Penses-tu qu’il était plus facile, au deuxième siècle, à Rome, de vivre en chrétien ? Et pourtant, la petite communauté chrétienne s’est développée au sein d’une société hostile. L’un de ces premiers chrétiens écrivait à un certain Diognète, en l’an 210 :

« Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde. L’âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible; ainsi les chrétiens : on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible. La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ai fait de tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs ; de même que le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs. (…) Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter. »[11]

            Cher chef, chère cheftaine, fils et fille de la chrétienté, ne déserte pas ce poste que Dieu t’a fixé, en cette terre de France, en 2017. Souviens-toi de ton baptême, de ta famille, et vis en vrai chrétien pour être l’apôtre dont la France a tant besoin.

Abbé Cyril GORDIEN, CRN +

 

[1] Mt 28, 20

[2] Ps 22, 4

[3] BENOÎT XVI, Dernières conversations avec Peter Seewald, Fayard, 2016.

[4] Eph 3, 17-17 : « Lui qui est si riche en gloire, qu’il vous donne la puissance de son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur. Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. »

[5] Jn 14, 6 : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

[6] Cf. C.S. LEWIS, Le monde de Narnia.

[7] Pape François, Message aux jeunes pour les JMJ 2017

[8] Saint Jean-Paul II, message aux jeunes de France, 1er juin 1980.

[9] Jn 3, 19

[10] Cf. le livre de l’abbé Grosjean : Catholiques, engageons-nous, Artège, 2016.

[11] De la Lettre à Diognète, nn. 5-6 (Funk, 1, 317-321)