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Il est difficile de résumer en quelques mots l'histoire
d'un mouvement aussi original que celui des Guides et Scouts d'Europe.
Il faut, sans vouloir les séparer, essayer de distinguer
le plan national et le plan international. Les Guides et Scouts
d'Europe sont plus qu'une association ou une fédération,
ils sont une union dans laquelle la France a été et
est encore l'élément moteur de l'émergence
de cette communauté scoute.

Le temps des intuitions : 1956 - 1966
Toussaint 1956 : en pleine guerre froide, et au sortir d'une
immense catastrophe dont ils ont été les témoins
et parfois les victimes, quelques dizaines de jeunes chrétiens
allemands se rencontrent à Cologne. Ils sont catholiques,
protestants et orthodoxes, sans mandats de leurs Églises
respectives et du mouvement scout international, et vont fonder
une communauté scoute internationale sous le nom « Fédération
du Scoutisme Européen » (1)
(FSE), dont « le but est de pratiquer le scoutisme de
Baden-Powell dans le cadre de l'idée européenne et
sur les bases chrétiennes que postule l'idée d'Europe
unie ». Un an plus tard, à la Toussaint
1957, ces mêmes jeunes se réunissent, toujours à
Cologne, pour rédiger un texte appelé « Directoire
Religieux » (2).
De 1958 à 1963, les Guides et Scouts d'Europe se
développent en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne
et en France. Dans chaque pays, la FSE sera représentée
par une association nationale. L'association française est
ainsi déclarée au Journal officiel (JO) de septembre
1958. Le style de scoutisme adapté par le père
Sevin pour les associations catholiques, est adopté par l'ensemble
des associations de la FSE. Les Conseils fédéraux
de 1961 et de 1962 fixent les modalités de l'éducation
différenciée des filles et des garçons dans
une même association nationale.
En 1962, Pierre et Lucienne Géraud-Kéraod
rejoignent les Guides et Scouts d'Europe. Ils cumulent les responsabilités
aux niveaux national et fédéral pendant près
d'un quart de siècle. La FSE connaîtra, sous leur rayonnement
et leur dynamisme, malgré un environnement hostile ou indifférent,
un développement considérable en France et dans toute
l'Europe. Ils sont considérés à juste titre
comme les véritables fondateurs des Guides et Scouts d'Europe.
À partir de 1963 se mettent en place les camps-écoles,
assurant la formation des chefs et cheftainess. La nouvelle équipe
va favoriser la mise en place de maîtrises plus jeunes, développer
les techniques simples et exclure l'emploi de techniques coûteuses.
Se forge alors un nouveau style scout, basé non plus sur
le modèle du chevalier ou du baroudeur, mais sur le modèle
du pèlerin.
En 1966, lors du grand jeu scout au Mont-Saint-Michel, 700
garçons et filles traversent les grèves derrière
les Baussants (3).
Nos pèlerinages ultérieurs à Paray-le-Monial,
à Vézelay, nos Routes Saint Jacques sont enracinés
dans cet événement.
Distinctes dans leur hiérarchie et leur structure,
la section masculine et la section féminine ne forment qu'un
seul mouvement commun aux garçons et aux filles, en France
et en Europe. Le style Guide et Scout d'Europe est trouvé.
Dans les premières années, la FSE doit beaucoup
à l'association allemande. À partir de 1966, l'association
française prend le « leadership » au
plan international.

Le
temps des incidences de la réforme Scouts de France :
1964 - 1971
En 1964, contrairement à l'opinion courante, il
n'y a pas de scission à l'intérieur des Scouts de
France pour rejoindre les Guides et Scouts d'Europe. La FSE s'est
surtout développée dans les milieux non-scouts et
populaires. Ce n'est que petit à petit, et le plus souvent
en ordre dispersé, que des parents inquiets des conséquences
des réformes mises en uvre chez les Scouts de France,
rejoignent les Guides et Scouts d'Europe.
En 1965, de nombreux chefs, attachés à la
méthode « unitaire » (4)
rejoignent les Guides et Scouts d'Europe. Cet entrisme va entraîner
deux conflits internes à l'équipe nationale :
- à partir de 1968 : les Guides et Scouts d'Europe n'entendent
pas devenir une « coterie Lefebvriste »
: même s'ils sont inquiets du départ de nombreux
prêtres et des détournements abusifs de la réforme
liturgique voulue par les pères du Concile, les Guides
et Scouts d'Europe restent fidèles à l'Église
et lui font confiance. Certains commissaires partent et vont fonder
une autre association, les Scouts Saint Georges.
- à partir de 1971 : les Guides et Scouts d'Europe ont
déjà leur propre histoire ; la réalité
et la vocation de cette association ne peuvent se résumer
à reconstituer les « Scouts de France d'avant »
: d'autres Commissaires nous quittent pour aller fonder, avec
d’autres, les Scouts Unitaires de France.

Le temps des tempêtes - 1ère partie : 1970 - 1978
Les rapports entre les différentes associations de
scoutisme, bien que tendus lors de la réforme des Scouts
de France, étaient devenus plutôt indifférents.
En 1970, un rapport du ministère de la Jeunesse
et des Sport conclut à « l'utilité sociale
et éducative » de notre mouvement. L'association
des Guides et Scouts d'Europe est agréée en 1970.
Cet agrément déclenche de vives polémiques,
qui continuent encore aujourd'hui, 30 ans plus tard.
La structure de formation se complète par la création
d'un 3e degré de formation (formation des formateurs).
Les branches aînées (équipiers et équipières
pilotes) acquièrent leur autonomie pédagogique. La
route est confiée à Jean-Charles de Coligny, et les
guides-aînées à Annette Stobart.
Henri Gire, compositeur et scénariste, crée
un répertoire propre aux Guides et Scouts d'Europe (chants
et jeux scéniques). L'expression tient un rôle fondamental
en tant que levier pédagogique.
En 1975, les Guides et Scouts d'Europe sont à Rome
pour l'Année Sainte ; à cette occasion le pape Paul
VI affirme « sa
grande confiance dans le travail des Guides et Scouts d'Europe ».
Jean-Charles de Coligny lance les routiers vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
En 1976, l'association italienne démarre
sous l'impulsion de Franco Franchi Di Cavalieri et d'Attilio Grieco
(5) ; l'association
allemande catholique se renforce et l'association luthérienne
allemande voit le jour. Le scoutisme européen apparaît
dans la péninsule ibérique.
En 1977, les réseaux de patrouilles libres (6)
se mettent en place, animés par Marie-Odile Thomas et par
Jacques Mougenot (7).
En 1977, l'Union internationale ne possédait pas
de personnalité morale en son nom propre. La FSE, réalité
de fraternité scoute, se constitue juridiquement sous le
nom d'Union Internationale des Guides et Scouts d'Europe.

Le temps des tempêtes - 2ème partie : 1979 - 1985
Notre association travaille à une normalisation de
ses relations avec l'institution ecclésiale. Elle est régulièrement
victime de campagnes de désinformation et de dénigrement.
Une Fédération de Scoutisme travaille même à
mettre notre agrément ministériel en péril.
Le Bourget (8) reste dans les mémoires…
La qualité du travail éducatif, la valeur
exceptionnelle des jeunes cheftaines et chefs et des commissaires
font que le mouvement tient bon.

La génération Jean-Paul II : 1978 - 1994
La FSE accueille l'élection du Pape polonais avec
enthousiasme. Les contacts entre les Guides et Scouts d'Europe français
et la Pologne sont déjà anciens.
En 1980, le mouvement démarre en Suisse romande,
tout d'abord dans les milieux calvinistes, puis chez les catholiques.
En 1983, Gilles Chaland remplace Pierre Géraud-Kéraod
au poste de Commissaire général scout
En 1984, Eurojam de Velles en France (5 000 jeunes)
En 1986, Pierrette Givelet (9)
remplace Lucienne Géraud-Kéraod au poste de Commissaire
générale guide ; Maurice Ollier remplace Pierre Géraud-Kéraod
au poste de Commissaire fédéral de l'Union Internationale.
En 1989, Santiago (JMJ).
En 1989, Jacques Mougenot devient Commissaire général
scout. Pendant toutes ces années les équipes pédagogiques
font un important travail en vue de fournir aux chefs d'unité
et aux jeunes de nombreux outils pédagogiques de grande qualité.

Le deuxième poumon de l'Europe : 1990 - 2000
En 1989,la chute du mur de Berlin est annoncée en
plein Conseil fédéral à Rome. Gildas Dyèvre
(10) est élu Commissaire
fédéral. Il va être l'artisan, avec Jeanne Taillefer,
de la percée du mouvement au delà de l'ancien rideau
de fer. L'association lithuanienne démarre la première.
En 1990, création de l'association hongroise.
En 1991, création de l'association roumaine.
En 1991, 3 000 jeunes chefs et cheftaines participent
aux Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) à Czestochowa
en Pologne. Les Guides et Scouts d’Europe se sentent appelés
« de façon irrésistible » (11)
à répondre au cri du Pape slave qui souhaite que l’Europe
se retrouve, redécouvre ses origines, ravive ses racines
et reconstruise son unité spirituelle. Cette participation
aux JMJ marque un tournant extraordinaire dans nos relations avec
l’Église de France (12).
En 1994, Eurojam au Puy-en-Velay en France pour les aînés
et Eurojam de Viterbo en Italie pour les éclaireuses et éclaireurs.
Ces rassemblements sont un immense succès. Le 3 août
1994, pendant l'Eurojam de Viterbo, le pape Jean-Paul II accueille
les 7 500 garçons et filles participants de l'Eurojam,
en audience privée dans la basilique Saint-Pierre de Rome
: « Carissime
Guide e Scout d'Europa… ».
En 1995, création de l'association polonaise.
En France, c'est le rajeunissement des équipes pédagogiques.
Les responsabilités passent à des jeunes issus du
mouvement. Cet élan et ce dynamisme entraînent la création
de nombreuses équipes techniques nationales (ETN) qui sont
chargées d'approfondir, de renouveler et d'enseigner les
techniques scoutes, comme le froissartage, le secourisme, la topographie,
la nature, l'expression, le chant, et d'adapter le scoutisme à
son environnement, comme l'équipe Bouquetin pour le scoutisme
en montagne, la Passerelle pour le scoutisme marin, le Gerris pour
le scoutisme nautique, et Grand-Large pour une proposition plus
élargie, basée sur des techniques du scoutisme, ouverte
à des jeunes « en difficulté ».
De nouveaux défis sont proposés, les « patrouilles
cimes » développent une saine émulation
qui rejaillit sur la qualité du scoutisme pratiqué.
En août 1999, 500 routiers se retrouvent
à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Le temps d'une fin de siècle ou d'un nouveau siècle
:
1998 - 2002
En décembre 1998, Marie-Noëlle Coevoet et Pierre
Lonchampt sont élus Commissaire généraux
En juin 1999, Bertrand Bouchend'Homme est élu président
de l'association française.
Pour la première fois la barre est totalement
confiée à une nouvelle génération issue
du mouvement qui n'a pas connu la fondation.
Le 13 septembre 1998, le pape Jean-Paul II s'adresse au
scoutisme catholique : « À l'approche de l'an
2000, je souhaite vivement que le mouvement scout continue à
se laisser interroger sur sa façon de vivre de manière
plus radicale les engagements évangéliques et à
donner un témoignage de collaboration harmonieuse et de communion.
En ce sens, il sera important de reconnaître toujours d'avantage
les sensibilités propres de certaines unités au sein
même des fédérations, dans une volonté
de dialogue et de compréhension. Il serait aussi particulièrement
significatif que l'unité du mouvement scout, parfois brisée
dans le passé, se réalise au cours du grand Jubilé,
ainsi, aux yeux du monde, serait donné un témoignage
de l'amour fraternel et de la réconciliation, qui permettent
de reconnaître les disciples du Seigneur (cf. Jn 4,7-9) »
(Texte
complet)
À la Toussaint 1998, le Commissaire général
scout, Jean-Michel Permingeat, lance un vibrant appel à la
marche vers l'unité dans le respect de chacun.
Ces appels ne sont pas entendus, semble-t'il. Le Scoutisme
Français comme l'Organisation Mondiale du Mouvement Scout
(OMMS) continuent de fermer les portes aux Guides et Scouts d'Europe.
Cette nouvelle équipe nationale doit affronter une
autre tempête. Est-ce une tempête plus forte, est-elle
plus dangereuse que celles du passé ? Est-ce si important…
c'est une tempête !
En 1998, un dramatique accident coûte la vie de plusieurs
scouts membres d'une autre association et à un sauveteur
venu à leur secours. Une liste de noms de cheftaines et de
chefs de la province de Provence est frauduleusement détournée.
Certains de nos membres reçoivent de la publicité
à connotation « extrême-droite ».
De mi-1998 et pendant trois années, la presse et
plusieurs lobbies associatifs ou politiques se déchaînent
contre les Guides et Scouts d'Europe, manipulent avec agilité
et sans honte amalgame, désinformation et diffamation. Des
interventions musclées sont menées contre notre association
(campagnes de presse, interventions à l'Assemblée
nationale, auprès du ministère de la Jeunesse et des
Sports, émissions radiodiffusées ou télévisées
plus ou moins objectives).
En décembre 1998, le ministère de la Jeunesse
et des Sports ordonne une Inspection générale de notre
association.
Le scoutisme n'a pas trouvé, loin s'en
faut, une unité, ni même une cohésion face à
cette situation.
L'Équipe Nationale ne peut tolérer le discrédit
porté sur tant de générosité et de dévouement
et travaille :
- à faire connaître et à faire comprendre
la qualité du scoutisme qui est proposé par l'association
des Guides et Scouts d'Europe ;
- à rendre « lisibles » notre fonctionnement
et nos méthodes ;
- à mettre en place la relation de partenariat indispensable
avec les autorités de l'État afin de garantir aux
familles et aux pouvoirs publics le respect des règles
et de la sécurité ;
- à tendre la main aux autres associations de scoutisme
et à collaborer fraternellement avec celles qui accepteront
en sincérité une pratique de l'article 4 de la
loi scoute.
Le 17 septembre 1999 marque une étape importante
dans ce processus. Quatre associations de scoutisme signent ensemble
un « Message aux
familles » qui détaille ces engagements. En
février 2000, création de la Conférence Française
de Scoutisme (CFS).
En mars 2000, le Livre Blanc présente de
façon claire et précise les orientations du Mouvement.
En juin 2000, le rapport d’Inspection générale
est remis au ministre de la Jeunesse et des Sports, Madame Buffet,
qui reçoit les commissaires généraux et le
président en juillet. L’agrément des Guides
et Scouts d’Europe est confirmé.
En septembre 2000, une assemblée générale
extraordinaire est convoquée pour faire le point de ces trois
années. Elle confirme massivement l’action de l’équipe
dirigeante et approuve les modifications statutaires proposées.
En interne, le mouvement décide de faire
un point de l’application de sa méthode en lançant
une vaste consultation : le Grand Conseil des Guides et Scouts d’Europe
réunit les chefs et cheftaines du mouvement, jusqu’aux
chefs de patrouille (CP), autour d’une centaine de questions.
Ses conclusions affermissent les orientations du mouvement, réaffirmées
lors des Journées nationales de juin 2001 à Château-Landon.
En mai 2001, Mgr Georges Soubrier, évêque
de Nantes, confère en tant que président du Comité
épiscopal enfance-jeunesse, le statut de mouvement d’éducation
à l’AGSE. Notre mouvement est désormais pleinement
reconnu par l’Église de France. Sur proposition des
GSE, le père Christian-Marie Gallois de la Congrégation
des chanoines réguliers de Marie, Mère du Rédempteur,
est nommé Conseiller religieux des équipes nationales
par Mgr Soubrier.
En juin 2001, le mandat des commissaires généraux,
Marie-Noëlle Coevoet et Pierre Lonchampt, et du président,
Bertrand Bouchend’Homme, est renouvelé.
En juillet 2001, le ministère de la Jeunesse
et des Sports reconnaît la formation dispensée dans
les stages de chefs de flottille des scouts marins de l’AGSE.

En conclusion :
La montée de l’individualisme, la
raréfaction du bénévolat, l’affaiblissement
du monde associatif ne peuvent que préoccuper un mouvement
comme le nôtre qui ne vit pas dans une tour d’ivoire.
Le scoutisme est une chance pour les jeunes, encore faut-il qu’il
reste un scoutisme libre.
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