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Un mouvement pour les jeunes et par les jeunes
Pour Baden-Powell, les garçons ont tendance
à se créer un monde à
eux, le « royaume des garçons », distinct
de celui des adultes, possédant ses règles et ses
références propres. En lui fournissant un cadre de
jeu et une méthode (le système des patrouilles), le
scoutisme répond à ce désir spontané.
Cette tendance s’est accentuée au
cours du 20e siècle. Les sociétés occidentales
ont ainsi vu émerger l’adolescence, non seulement comme
une classe d’âge, mais aussi, depuis les années
soixante, comme une véritable classe sociale, pourvue d’une
culture spécifique.
Les enfants forment spontanément des groupes
distincts de garçons et de filles C’est l’une
des originalités d’une seule association composée
de deux sections : permettre à des jeunes de se retrouver
entre eux et de faire vivre leur propre mouvement reste une intuition
géniale et moderne du scoutisme.

La recherche du développement intégral de la personne
humaine
Baden-Powell assignait au scoutisme cinq objectifs
de formation : la santé physique et le développement
corporel, le caractère, l’activité manuelle,
le service d’autrui, le bonheur (Baden-Powell, « Le
guide du chef éclaireur » : « le
bonheur. Comment jouir des manifestations de la vie qu’on
trouve dans la nature… »). Il ne négligeait
pas pour autant la dimension religieuse, souhaitant donner au garçon
« un christianisme pour la vie de tous les jours et pas
seulement une religion du dimanche ». C’est le
père Sevin qui a le mieux compris et su intégrer la
dimension spirituelle aux objectifs du scoutisme.
C’est ce double héritage que veulent
assumer les Guides et Scouts d’Europe, lorsqu’ils affirment
rechercher le développement intégral de la personne
humaine et son unité de vie.
Cette affirmation conduit à considérer
que les cinq buts du scoutisme sont indissociables. Même si
le « sens de Dieu » oriente tous les autres,
le scoutisme doit veiller à un équilibre harmonieux,
à ne pas privilégier un but au détriment d’un
autre : trop d’activité physique, trop de technique,
trop d’activité religieuse… tout excès
dénature le scoutisme.
La santé et le développement physique
Les progrès médicaux et sanitaires
n’empêchent pas qu’il faut toujours apprendre
à un enfant à se laver, à être propre,
à s’approprier les règles d’hygiène…
et tout chef sait que le travail reste considérable à
certains âges !
Même si le sport s’est considérablement
développé, nombreux sont les enfants et les adolescents
qui manquent de tonus, d’énergie, qui sont difficilement
capables d’effort physique, d’endurance. La vie au grand
air les y conduit et leur permet de retrouver un équilibre
de vie en harmonie avec la nature.
À l’inverse, certains cèdent
au phénomène du « culte du corps »,
et il est nécessaire de le remettre à sa juste place,
de ne pas le sacraliser.
La maîtrise de soi est devenue un des aspects
essentiels de la santé aujourd’hui ; il faut apprendre
aux jeunes à lutter non seulement contre l’usage du
tabac, mais aussi contre la banalisation de la toxicomanie ou celle
des expériences sexuelles précoces.
La formation du caractère
Les progrès spectaculaires du bien-être
et du confort peuvent avoir pour effet d’affaiblir le caractère.
Appuyer sur des boutons ne forge pas la volonté… Par
les exigences de la vie communautaire, à l’école
de la nature, le scoutisme développe les qualités
nécessaires à la construction d’une personnalité
solide : le courage, la volonté, la persévérance,
le dépassement de soi… Il conduit chaque enfant à
prendre progressivement confiance en lui. Il enseigne aussi la joie
de vivre et invite chacun à une bonne humeur contagieuse.
Mais la formation du caractère ne se limite
pas à ces vertus. Aujourd’hui, dans une société
surinformée, il faut aussi apprendre aux jeunes à
faire preuve de discernement, développer leur jugement et
leur sens critique. C’est là l’un des objectifs
essentiels de la pédagogie des conseils.
Le sens du concret
L’allongement de la scolarité obligatoire
jusqu’à 16 ans est certainement une bonne chose. Mais
elle contribue à accroître la part de l’aspect
purement intellectuel dans l’éducation. En insistant
sur le développement de l’habileté manuelle,
de l’esprit pratique, du travail avec ses mains, le scoutisme
favorise le développement d’autres qualités
humaines qui, sans lui, risqueraient de rester enfouies. Il épanouit,
équilibre et enrichit la personnalité.
Le don de soi
Le scoutisme est une école de service
et de don de soi. Dans toute l’éducation scoute, la
priorité absolue, c’est le service des autres. Cela
s’apprend dès le plus jeune âge par la pratique
de la Bonne Action (BA), qui doit devenir un véritable réflexe.
Le scoutisme vise ainsi à développer, à amplifier,
à traduire en actes les capacités de générosité
des jeunes, à éviter les replis égoïstes
sur la pure satisfaction des désirs personnels. Allant résolument
à contre-courant des préoccupations affichées
par les sociétés occidentales contemporaines, le scoutisme
fait découvrir que le véritable bonheur, c’est
le don. Cette découverte est progressive. La BA est avant
tout un « bon tour », pour faire plaisir.
En grandissant, les jeunes découvrent que prendre des responsabilités,
c’est se mettre au service des autres. Les aînés
sont ensuite amenés à assurer des responsabilités
au service de la Cité et de l’Église. Lors du
Départ Routier, ils affirment consentir « au don
de soi-même à tout venant ».
Le sens de Dieu
Le scoutisme veut fournir à chaque jeune
une occasion de découvrir Dieu :
- par la vie dans la nature, qui permet émerveillement
et contemplation.
- par la vie avec les autres : une patrouille qui vit la loi
scoute est un signe vivant de l’amour de Dieu ; les
efforts fournis ensemble en s’entraidant, les moments de
joie, les amitiés nouées par la vie fraternelle
sont autant d’occasions de sentir Dieu à l’œuvre
à travers les hommes. Le témoignage personnel des
aînés (chef de patrouille, chef, cheftaine) est essentiel
dans cette découverte.
- par les temps de prière prévus dans les activités,
la découverte du silence et du temps consacré à
écouter.
- par la possibilité de rencontrer un prêtre, au
camp ou au cours des étapes de la vie scoute.
Aujourd’hui, où règnent le
doute et la désespérance, le scoutisme offre à
chaque jeune une chance de trouver un sens à sa vie. Pour
nous, ce sens, c’est le Christ, qui est « le Chemin,
la Vérité, la Vie ». Le scoutisme permet
de le découvrir comme compagnon de notre route d’homme
et de femme.
Ainsi, si les cinq buts sont indissociables, ils
sont unifiés par le dernier. En fait, toute la vie scoute
est une marche vers la découverte et la réalisation
de cette unité de vie.
Une méthode active fondée sur la confiance
La confiance
La confiance est le socle de la méthode.
Le ler article, « Le scout met son honneur à
mériter confiance », est le fondement de
toute la loi
scoute.
Le scoutisme prend le jeune au sérieux
:
- il le considère capable de s’engager en donnant
sa parole. C’est le sens de la promesse,
adhésion volontaire à une charte de vie, la loi
scoute ;
- parce qu’il croit en sa parole, le scoutisme fait grandir
chaque jeune en lui donnant des responsabilités à
sa mesure, de façon progressive et adaptée à
son âge, à ses compétences. Celles qui sont
confiées à un chef de patrouille ou à un
chef de troupe restent exceptionnelles et façonnent fortement
et durablement la personnalité.
Dans le même temps, le scoutisme conserve
aux adultes leur responsabilité spécifique - celle
de la prise de distance, du recul, mais aussi du contrôle
et du témoignage. Les adultes construisent le cadre dans
lequel s’exerce le jeu scout, dans la plus large confiance
possible.
L’action
Le scoutisme est action, jeu, aventure. Loin
des bancs de l’école, loin des manettes d’un
jeu vidéo ou d’un écran de télé,
il lui propose du concret, du réel. Pour aider un jeune à
être vrai, il propose de vraies aventures, à sa mesure,
bien sûr. Il aide ainsi le jeune à quitter le monde
du virtuel, pour poser les pieds sur terre, tout en donnant corps
à ses rêves, à son imagination, à sa
soif d’aventure. Aujourd’hui, la concurrence est vive
et il est souvent difficile de motiver les adolescents. Sans doute
faut-il faire preuve d’imagination, parvenir à renouveler
nos thèmes de jeux et ne pas rester prisonniers de thèmes
exaltants, mais situés historiquement et moins motivants.
Sans doute faut-il aussi approfondir notre maîtrise des techniques
de vie dans la nature. Elles constituent un élément
essentiel du jeu scout, car elles traduisent une compétence
réelle du jeune dans la nature. Le scout s’adapte,
est capable de vivre bien avec des moyens simples, de parvenir à
de belles réalisations dans des domaines variés. C’est
l’une de ses fiertés.
Mais l’action ne se déroule pas que
dans la nature ou par le jeu et la technique. La motivation et l’intérêt
naissent aussi d’un sentiment d’utilité pour
les autres. Nos activités doivent aussi comporter des actions
de services concrets, efficaces et utiles, adaptées à
chaque âge et formatrices. La route s’y est engagée
largement, mais les éclaireurs aussi, à travers la
remarquable expérience des patrouilles
cimes.

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