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 2.1
Mouvement d'éducation
2.1.1 Un mouvement d'éducation complémentaire
de la famille
Créée en France en 1958 (1)(2),
l'Association des Guides et Scouts d'Europe (AGSE) se définit
comme un mouvement d'éducation.
Elle se considère à côté de
l'école comme complémentaire de la famille qui est
responsable de l'enfant au premier chef (3).
Nous invitons la famille qui décidera de nous confier son
enfant à prendre connaissance de nos « règles
du jeu » telles qu'elles sont présentées
ci-dessous, et à les accepter. Le mouvement en retour s'engage
à respecter ces mêmes règles.

2.1.2 Un mouvement pour les jeunes et par
les jeunes
Le scoutisme a été construit au début
du 20e siècle par Baden-Powell à partir d'une longue
expérience des jeunes et de l'observation du garçon,
de ses besoins, de ses caractéristiques psychologiques, mais
aussi du constat de l'insuffisance du système éducatif
traditionnel et des difficultés rencontrées par certaines
familles. Il a cherché à former des jeunes citoyens
joyeux et utiles à leur pays. La méthode scoute a
ainsi contribué à former des millions de garçons
et de jeunes filles. Enrichie par une expérience de près
d'un siècle, elle reste étonnamment moderne et adaptée
aux jeunes d'aujourd'hui.
La méthode scoute telle qu'elle a été
conçue par son fondateur, enrichie au fil du temps par l'expérience
vécue, vise au développement équilibré
de toutes les dimensions de la personne humaine (corps, esprit et
âme) en aidant les jeunes :
- à épanouir leur personnalité,
- à développer leur santé physique et morale,
- à acquérir le sens du concret,
- à savoir se mettre au service des autres et
- à découvrir le sens spirituel de leur vie.
Ces cinq buts du scoutisme (4)
sont commentés en annexe.
Si nous partageons les buts et les principes de toutes les
guides et de tous les scouts du monde, nous revendiquons le droit
de proposer aux familles et de garantir la méthode éducative
telle qu'elle a été imaginée par le fondateur
du scoutisme, Baden-Powell, et enrichie par le père Sevin
(5). C'est à
cet héritage (6) que se
réfèrent les Guides et Scouts d'Europe.
Pour répondre aux besoins et aux attentes du jeune,
les Guides et Scouts d'Europe vivent et proposent une méthode
éducative, moderne et actuelle dont les caractéristiques
essentielles et fondamentales sont :
- La confiance faite au jeune, fondée sur son engagement
libre.
- La vie scoute dans le cadre de petits groupes autonomes selon
trois tranches d'âge.
- Une éducation différenciée des garçons
et des filles.
- La vie dans la nature et dans la cité.

2.1.3 La confiance faite au jeune, fondée
sur son engagement libre
Le scoutisme prend le jeune au sérieux, il lui propose
des démarches adaptées à chaque âge,
il le considère alors toujours capable de s'engager en donnant
sa parole. La confiance est fondée sur sa promesse,
engagement libre et solennel d'observer la
loi scoute, charte de vie commune.

2.1.4 La vie scoute dans le cadre de petits
groupes autonomes selon trois tranches d'âge :
La vie scoute se déroule dans le cadre
de petits groupes autonomes selon trois tranches d’âge
:
- les louveteaux et louvettes (8-12 ans), organisés en
meutes et clairières de 24 enfants maximum : c’est l’âge
de l'adaptation à la vie en communauté ;
- les éclaireurs et éclaireuses (6 à 8 jeunes
de 12-17 ans) répartis en patrouilles de scouts et de guides
: c’est l’âge de la responsabilité dans le jeu scout
;
- les aînés (17-20 ans), regroupés en clans
pilotes pour les garçons et en feux pilotes pour les filles
: c’est l’âge de la responsabilité adulte.
Cette répartition en trois tranches d'âge (les
branches pédagogiques) répond à l'observation
de l'évolution psycho-physiologique de l'enfant et à
la finalité pédagogique du scoutisme qui est la mise
en responsabilité progressive et précoce du jeune.
Dans chacune de ces branches pédagogiques, les enfants
et les adolescents font l'expérience d'une large autonomie,
d'un apprentissage concret de la liberté et des exigences
de la vie communautaire.
Parce qu'il croit en la parole donnée du jeune et
qu'il l'aide à ce que cette parole ne soit pas virtuelle
mais bien concrète, le scoutisme fait grandir chaque jeune
en lui donnant des responsabilités vraies et à sa
mesure, de façon progressive et adaptées à
son âge et à ses compétences.
2.1.5 Le système des patrouilles
:
En particulier, à l'âge éclaireur,
le système des patrouilles, intuition géniale de Baden-Powell,
est le pilier de la méthode qui permet l'apprentissage de
la responsabilité vraie.
Son application fructueuse nécessite la réunion
de quelques jeunes d'âges différents compris entre
12 et 17 ans, d'origines sociales et culturelles variées,
placés sous l'autorité de l'un des plus âgés
: le chef de patrouille (CP). C'est ce système qui conduit
le jeune à prendre des responsabilités réelles.
Responsabilité de missions dans la patrouille d'abord, puis,
pour le CP, responsabilité globale. Cette dernière
responsabilité, certes très contrôlée
par l'encadrement, se situe donc au plus haut niveau. C'est ce qu'exprime
le CP dans sa prière : « Seigneur Jésus-Christ
qui, malgré ma faiblesse, m'as choisi pour chef et gardien
de mes frères scouts (surs guides)… ».
Le CP est donc beaucoup plus qu'un simple chargé de projet,
interchangeable en fonction des situations. Extraordinaire richesse
de cette progression pédagogique et surtout de sa cohérence
avec le principe même de la méthode qui, rappelons-le,
tient compte du développement de la totalité de la
personne : corps, esprit et âme !
Chacun est indispensable à la vie de la patrouille.
Du plus jeune au plus âgé, en vue de son développement
personnel, chaque jeune porte à sa mesure une vraie responsabilité,
pleine et entière. Le scoutisme est ainsi une école
d'autonomie par l'apprentissage de la responsabilité.

2.1.6 Une éducation différenciée
des garçons et des filles :
Depuis une trentaine d'années, la mixité
est imposée dans le domaine scolaire ; elle fait aujourd'hui
partie du paysage quotidien des enfants et des jeunes.
Cette situation présente incontestablement des aspects
positifs : les garçons et les filles ne sont plus élevés
dans l'ignorance de l'autre sexe. Mais en matière d'éducation,
elle rend plus difficile la reconnaissance de la pleine identité
de chacun. La mixité généralisée ne
permet pas à chaque jeune de prendre le recul nécessaire
pour se situer et découvrir l'identité spécifique
des uns et des autres. En outre, on constate aujourd'hui une tendance
forte à sexualiser tous les comportements et toutes les relations
homme/femme. Sous l'effet puissant de l'image normalisante véhiculée
par les médias, est favorisée la généralisation
d'attitudes calquées sur les relations sexuées des
adultes ; ainsi, les seuls modèles, communément proposés
aux jeunes aujourd’hui, utilisent l'émotivité et l'affectivité,
mal maîtrisées à cet âge.
De nombreuses voix se font aujourd'hui entendre
pour souligner l'importance d'une éducation différenciée
des garçons et des filles. Les Guides et Scouts d'Europe
la pratiquent depuis l'origine de leur mouvement. Dans une société
totalement mixte, nous proposons aujourd'hui un espace spécifique
aux garçons et aux filles.
L'objectif éducatif de ce choix pédagogique
est :
- de permettre aux garçons et aux filles d'exprimer et
d'affirmer leur identité spécifique : les besoins
physiques et psychologiques, les centres d'intérêt,
les modes d'affirmation de la personnalité sont différents
; dans un groupe mixte, la tendance est plutôt d'imposer
la norme masculine (langage, vêtements), ce qui est peu
respectueux de l'identité féminine ;
- de respecter les différences de maturité psychologique
: la maturité plus précoce des filles a un effet
dévalorisant sur les garçons surtout à l'âge
du collège, tandis que les filles doivent endurer la vitalité
débordante des garçons de cet âge.
Ainsi, les activités scoutes sont-elles
des lieux de liberté, où garçons et filles
peuvent jouer chacun leur partition, découvrir progressivement
la richesse et l'harmonie de leur vocation personnelle dans le plan
divin et leur complémentarité : « Dieu
créa l'Être Humain à Son image… homme
et femme Il les créa. » (Gn 1, 27)
C'est pourquoi, tout en favorisant et en respectant
la construction de l'identité spécifique de chacun,
dans le cadre d'unités homogènes et séparées,
le mouvement cherche également à faire découvrir
cette complémentarité : la solution d'une organisation
en deux sections séparées dans leurs activités
mais partageant les mêmes règles, les mêmes buts,
le même idéal, et réunies à égalité
de prérogative et de responsabilité au niveau des
aînés et des adultes, est une intuition remarquable
de modernité.
À tous les niveaux, les responsables, hommes et
femmes, agissent conjointement. À l'âge aîné,
en outre, des activités de formation et de service communes
aux garçons et aux filles sont fréquemment organisées
dans le cadre des clans et des feux. Dans le respect de leur identité
et de leurs qualités respectives, ils vivent, à travers
la pratique de leurs responsabilités, une expérience
de complémentarité qui les prépare directement
à leur vocation de collaboration harmonieuse à la
construction du monde.

2.1.7 La vie dans la nature
et dans la société
Le scoutisme considère le jeu et la
vie dans la nature comme un axe essentiel de sa méthode (7).
Les activités se déroulent principalement dans la
nature, sous forme de jeux et d'aventures attrayantes et variées,
faisant appel à l'acquisition de techniques de vie en plein
air et d'animation de groupes.
La nature est une école de vérité.
L'enfant y retrouve les rythmes essentiels, apprend à la
connaître et à composer avec elle pour y vivre en la
respectant. Le scout et la guide voient en elle l'uvre de
Dieu (8).
Véritable civisme à l'école
des bois, le jeu scout dans la nature est un apprentissage qui conduit
au service et à l'engagement dans la société
humaine. En fonction de chaque âge sont vécues des
actions de service concrètes, efficaces et utiles.

2.2 Mouvement d'éducation chrétien
2.2.1 Ouvert à tous
Le scoutisme est ouvert à tous, quelles que soient
les convictions philosophiques ou religieuses de la famille. La
diversité des associations scoutes et les choix faits par
chacune d'elles garantissent à chaque famille la liberté
d'exercer son choix. Nous considérons comme essentielle l'existence
d'associations de scoutisme d'autres religions ou non confessionnelles,
et nous développons avec celles qui le souhaitent des relations
fraternelles dans le respect de nos convictions respectives.
L'association des Guides et Scouts d'Europe est ouverte
à tous les enfants sans discrimination de races ou de milieux
sociaux. Elle est fondamentalement attachée à la dimension
chrétienne de sa pédagogie scoute : au niveau international,
les Guides et Scouts d'Europe fédèrent des unités
ou des associations de jeunes de l'Église catholique, de
l'Église orthodoxe et des Communautés évangéliques
issues de la Réforme (9).
Lorsqu'il y a des demandes suffisantes, des unités protestantes
ou orthodoxes peuvent naturellement être constituées
dans le cadre de l'association française. Elles forment alors
une « guilde » distincte.

2.2.2 Profession de foi catholique
En France, notre association de laïcs fait sans complexe
ni arrogance profession de foi catholique :
- La démarche spirituelle et la pratique religieuse sont
intégrées totalement et harmonieusement (respect
de la règle d'équilibre des cinq buts du scoutisme
) dans notre pédagogie scoute. C'est pourquoi la promesse
des Guides et Scouts d'Europe, fondée sur le baptême,
appelle chacun à agir en chrétien et en scout au
service de l'Église et des hommes.
- Notre intervention dans l'évangélisation est
de former des croyants solides, aptes dans leur vie de jeune et
d'adulte à être missionnaires et à communiquer
leur foi, non seulement avec conviction, mais aussi avec compétence.
- C'est pourquoi, les enfants que nous accueillons sont baptisés
dans la religion catholique, ou sont engagés ou prêts
à s'engager dans une démarche catéchuménale
(préparation au baptême).
De nombreux enfants sont accueillis dans les unités
sans être parvenus à ce stade. Ils choisissent, en
accord avec leur famille, de participer à nos activités,
en acceptant une réflexion spirituelle en ce sens.
Le mouvement les accueille avec joie, fidèle
à sa mission d'évangélisation, dans le respect
de la liberté de chacun. Lorsque l'enfant aura pris le temps
nécessaire pour que sa réflexion parvienne à
maturité, il pourra faire le choix, en accord avec ses parents,
d'entrer en démarche catéchuménale et prononcer
sa promesse
scoute ou guide. Ou bien, il choisira de poursuivre sa progression
scoute dans un mouvement non confessionnel, ou de la confession
correspondant à son choix.

2.2.3 « Populaire
et élitiste » !
Une fois cette position de l'association
sur le plan religieux établie, choisie et acceptée
par la famille, l'AGSE rejette toute idée de sélection
des enfants qui désirent pratiquer le scoutisme. L'association
n'est la propriété d'aucune race, caste ou lobby
basés sur des critères sociaux ou autres.
Elle entend bien par son action éducative participer
à la formation d'hommes et de femmes qui s'impliqueront activement
au mieux de leurs possibilités, avec honnêteté
et droiture, dans la vie de la société et de l'Église.
« L'élite » qu'elle espère
voir sortir de ses rangs est donc une « élite »
de service et de sainteté. En cela, l'AGSE ne réfute
pas un tel idéal, sachant qu'il ne s'agit pas de sélection
sociale, mais de promotion de la personne humaine.
Il est ainsi proposé à chacun d'atteindre
son maximum personnel, quels que soient ses talents et ses limites.
Il n'est là ni question d'un nivellement par le bas, ni d'une
sélection par le haut. Il est question d'une proposition
éducative faite à chaque garçon, à chaque
fille ,et pour lui-même. Notre ambition est de contribuer
à rendre chacun meilleur et plus responsable.
La compétition n'existe que dans le rapport à
soi-même : faire mieux aujourd'hui qu'hier, et demain faire
encore mieux qu'aujourd'hui (10).
Seul le jeu collectif permet à chacun de pouvoir prendre
une mesure de la conjugaison des talents individuels.
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