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  Quelques réflexions
sur la formation des chefs
     
 

 

Sans nous abandonner à l’autocritique reconnaissons que nos unités ne sont pas toutes au niveau que nous souhaiterions et que notre chaîne hiérarchique grince parfois. C’est assez pour que nous devions nous poser le problème de la formation des chefs. Chez nous, comme ailleurs, elle est la pierre d’angle, voire l’armature, de l’édifice. Je vous propose une réflexion en trois points : le chef et ses fonctions, les buts de la formation et, en conclusion, la pédagogie à appliquer.

maitrise n°76 – Quelques réflexions sur la formation des chefs - Le chef et ses fonctions Le chef et ses fonctions

Quatre familles de fonctions s’imposent sans conteste à l’attention.

  1. D’abord, et il faut nettement l’affirmer, le chef est seul à détenir le pouvoir de décision. Il ne partage ce pouvoir, c’est à dire cette responsabilité, avec personne dans le domaine de la mission qu’il a reçue. C’est net, sans discussion, en tout cas à la FSE. Mais, même à la fonction la plus haute, il obéit et toujours respecte ses subordonnés et particulièrement prend garde à ne pas leur faire perdre du temps.

  2. Ensuite dans le cadre des tâches dont il a la charge, qu’il délègue ou non son autorité :
    Il prévoit les actions de tout genre à accomplir (services, techniques, Routes, relève et formation des chefs, accueil…), quelle activité, quand et où la réaliser, à qui la confier. La planification (annuelle) et la programmation (trimestrielle) sont de son ressort. Il sait que sans elles rien ne se fera et que tout imprévu conduira à des déboires. Il fait préparer et ensuite exécuter, ce qui veut dire qu’ayant réparti les missions il en suit la mise en oeuvre, la contrôle, propose son aide (le chef doit être perçu comme capable d’aider et le voulant) et sanctionne par l’encouragement, la félicitation ou le blâme. Il conclut l’action en en tirant les enseignements, dont éventuellement les décisions d’amélioration à prendre.

  3. Mais dans le scoutisme il est, par essence, formateur. Il instruit sans doute dans telle ou telle discipline, cependant il est surtout éducateur de l’usage de la liberté. Ainsi ne se satisfait il pas de commander qu filon le suive « mais il l’accompagne » les garçons dans la découverte de ce qu’ils sont et de leur vocation.

  4. Enfin il se veut et donc se comporte comme homme d’équipe. Spécialement dans le scoutisme et dans le secteur associatif, le service prédominant des bénévoles oblige, impose de procéder de la sorte. Son premier objectif est ainsi de former puis d’animer l’équipe de ses adjoints et assistants, alors qu’en même temps il a clairement conscience d’être l’équipier subordonné de son supérieur. Cependant, il faut le souligner, il sait que « son » équipe n’est pas « sa » propriété mais l’équipe que Dieu lui a confiée temporairement, qu’Il reprendra lorsqu’il le voudra et pour laquelle il aura à lui rendre des comptes.

Telles sont me semble-t’il, les principales fonctions auxquelles nous devons former nos chefs.


maitrise n°76 – Quelques réflexions sur la formation des chefs - Les objectifs de la formation Les objectifs de la formation

Je vous en propose trois familles.

  1. D’une part : acquérir des techniques du scoutisme (éventuellement montagne, mer, campisme, topographie …) et leur pédagogie. Sans elles, le chef ne pourrait assurer la sécurité et les contrôles qui sont toujours son lot. Mais aussi savoir gérer son temps et apprendre à gérer et encore animer, diriger des réunions de groupe pour tirer le maximum des divers conseils prévus dans la vie des unités.

  2. D’autre part amener à un haut niveau dans le domaine de la formation humaine et de la pédagogie.
    Éduquer à l’Amour, car nous sommes chrétiens. Aucune valeur n’est aussi dénaturée que celle là. Il s’agit d’ouvrir les coeurs, les coeurs profonds, sièges de nos consciences et lieux de nos décisions, à l’Amour que Dieu a pour nous. Cela n’a rien à voir, naturellement, avec la tendresse ambiguë, le copinage exubérant, la miséricorde bonnasse. L’objet à atteindre, à découvrir c’est l’amour de Dieu ; l’archétype proposé est l’extraordinaire et édifiant cheminement de Jésus du Jardin des Oliviers au Golgotha : « il non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux »… le pardon (du larron)… le don de Sa Mère et de Sa vie… sans omettre l’ultime appel : « J’ai soif de votre amour. »
    C’est sur cette base qu’il faut fonder la vie et le travail en équipe. Savoir, par l’information, la demande d’avis, l’amitié vraie, faire naître la confiance, assurer un échange réciproque loyal, ouvert, unissant la recherche de la critique objective et la discipline intellectuelle. Placer ainsi les montants latéraux de nos échelles hiérarchiques, sans lesquels les différents barreaux s’entrechoquent car ils ne peuvent remplir leur office.
    Et sur cette même base former à l’accompagnement des garçons. Comme en musique il s’agit pour l’accompagnateur de valoriser le soliste et non d’imposer sa propre partition. Plutôt que de dire « tu es… », amener le garçon à percevoir ses limites, défauts, tentations et en même temps ses potentiels, qualités et finalement à définir ce qu’il veut et doit faire. La méthode interrogative « qu’en penses tu ? » l’emporte ici sur l’affirmative « je pense que ». Tout ceci nécessite beaucoup de vérité (ne jamais cacher la vérité des faits) mais aussi beaucoup de délicatesse (car le for intérieur n’est jamais du domaine des chefs) et toujours une intime coopération avec le conseiller religieux.

  3. Enfin amener à vouloir se former sans cesse pour tendre mieux chaque jour vers son maximum personnel. Deux directions sont à privilégier:
  • celle de la culture, pour approfondir le sens du beau, du bien et du vrai, de l’héritage reçu et du destin à assumer qui sont la clef de tout civisme ;
  • celle aussi de la foi, pour ouvrir plus largement son coeur à l’Amour de Dieu, pour améliorer sa connaissance de l’Église, renforcer sa capacité d’écoute et de contemplation. Ces objectifs sont le substrat de l’engagement permanent sur la Route, de la conversion et de la mission.

maitrise n°76 – Quelques  réflexions sur la formation des chefs - Quelle pédagogie appliquer ? Quelle pédagogie appliquer ?

Qu’il s’agisse de former des chefs ou de simples guides et scouts, BP a donné la réponse : la pédagogie scoute est active, globale et incitative. Que signifient ces trois adjectifs au niveau qui nous intéresse ?

  1. Active signifie que la formation des chefs commence dans les unités de base, dans les fonctions les plus modestes (celles des cul-de-pat’) et dans celles des premiers niveaux de commandement (sizenier, CP … )là s’apprennent progressivement les techniques et les services, le style, le travail en équipe, la précision, l’esprit de décision.
    « Active » suppose aussi qu’elle doit être marquée ans les camps-écoles par notre style de vie voisin de celui de l’unité à commander, par un genre de sessions très ouvert aux, questions (pourquoi, avantages, difficultés, comment), par des prises de fonction d’autorité de même nature que celles qui seront assumées (un candidat ACC reçoit des responsabilités d’ACC) et enfin par des échanges au niveau de l’équipe de commandement où le futur chef sera un subordonné (l’ACC dans l’équipe de commandement du CC).

  2. Globale veut naturellement dire qu’il faut veiller à former en direction des cinq buts, le sens de Dieu illuminant d’ailleurs les quatre autres. Mais « globale » signifie ici particulièrement ouverte à tout ce qui est la vie des jeunes, dans et hors scoutisme, à la, communauté naturelle à laquelle ils appartiennent (famille, terroir, patrie) et à l’Église. Pour la formation des chefs les pseudo docteurs en scoutisme sont à proscrire fermement. Le substrat naturel de l’éducation est la culture chrétienne dans toute son acception.

  3. Incitative implique que dans les unités et dans les camps écoles éclatent la joie, la fraternité et le sens de l’absolu :
  • la joie vraie, bien sûr, non pas celle des corps de garde mais celle des bénéficiaires de la Bonne Nouvelle, qui inondait Marie, Jean Baptiste, le père Kolbe et tant d’autres.
  • la fraternité vraie, bien sûr, qui s’exprime dans le service spontané et dans le partage dans la prière.
  • le sens vrai de l’absolu qui se manifeste par le respect sacré pour tout ce qui touche Dieu et spécialement la liturgie. Mais, plus profondément, « incitative » suppose une qualité de formateurs exemplaires. Leur regard, leurs actions, leur simple présence doit irradier le bonheur d’une vie de foi intense, d’une conduite morale irréprochable, d’un dévouement enthousiaste au scoutisme en général et aux jeunes pris un à un, d’un service gratuit, constant, modeste (autant de facteurs indépendants du port de barrettes, bûchettes et autres flots) et d’une volonté de formation permanente. « Incitative » signifie enfin qu’il ne faut pas craindre d’inviter, appeler, exhorter à l’effort, à la discipline personnelle, à la conversion. Ne veux tu pas ? Tu es libre, mais veux tu ?

Voici quelques idées, quelques mains courantes utilisables par tous les formateurs et adaptables à tous les niveaux de formation.

 
 Parution
 
Maîtrises n°76
1988
pages 11 à 14
 

 Auteur
 
Bernard YOU
Commissaire National Route
 

 Le savais-tu ?
   
Cet article fait partie des lectures conseillées dans le cadre du programme de formation générale des chefs et cheftaines
 

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