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Sans nous abandonner à l’autocritique
reconnaissons que nos unités ne sont pas toutes au niveau
que nous souhaiterions et que notre chaîne hiérarchique
grince parfois. C’est assez pour que nous devions nous poser
le problème de la formation des chefs. Chez nous, comme ailleurs,
elle est la pierre d’angle, voire l’armature, de l’édifice.
Je vous propose une réflexion en trois points : le chef et
ses fonctions, les buts de la formation et, en conclusion, la pédagogie
à appliquer.

Le chef
et ses fonctions
Quatre familles de fonctions s’imposent
sans conteste à l’attention.
- D’abord, et il faut nettement l’affirmer, le chef
est seul à détenir le pouvoir de décision.
Il ne partage ce pouvoir, c’est à dire cette responsabilité,
avec personne dans le domaine de la mission qu’il a reçue.
C’est net, sans discussion, en tout cas à la FSE.
Mais, même à la fonction la plus haute, il obéit
et toujours respecte ses subordonnés et particulièrement
prend garde à ne pas leur faire perdre du temps.
- Ensuite dans le cadre des tâches dont il a la charge,
qu’il délègue ou non son autorité :
Il prévoit les actions de tout genre à accomplir
(services, techniques, Routes, relève et formation des
chefs, accueil…), quelle activité, quand et où
la réaliser, à qui la confier. La planification
(annuelle) et la programmation (trimestrielle) sont de son ressort.
Il sait que sans elles rien ne se fera et que tout imprévu
conduira à des déboires. Il fait préparer
et ensuite exécuter, ce qui veut dire qu’ayant réparti
les missions il en suit la mise en oeuvre, la contrôle,
propose son aide (le chef doit être perçu comme capable
d’aider et le voulant) et sanctionne par l’encouragement,
la félicitation ou le blâme. Il conclut l’action
en en tirant les enseignements, dont éventuellement les
décisions d’amélioration à prendre.
- Mais dans le scoutisme il est, par essence, formateur. Il instruit
sans doute dans telle ou telle discipline, cependant il est surtout
éducateur de l’usage de la liberté. Ainsi
ne se satisfait il pas de commander qu filon le suive «
mais il l’accompagne » les garçons dans
la découverte de ce qu’ils sont et de leur vocation.
- Enfin il se veut et donc se comporte comme homme d’équipe.
Spécialement dans le scoutisme et dans le secteur associatif,
le service prédominant des bénévoles oblige,
impose de procéder de la sorte. Son premier objectif est
ainsi de former puis d’animer l’équipe de ses
adjoints et assistants, alors qu’en même temps il
a clairement conscience d’être l’équipier
subordonné de son supérieur. Cependant, il faut
le souligner, il sait que « son » équipe
n’est pas « sa » propriété
mais l’équipe que Dieu lui a confiée temporairement,
qu’Il reprendra lorsqu’il le voudra et pour laquelle
il aura à lui rendre des comptes.
Telles sont me semble-t’il, les principales
fonctions auxquelles nous devons former nos chefs.

Les
objectifs de la formation
Je vous en propose trois familles.
- D’une part : acquérir des techniques
du scoutisme (éventuellement montagne, mer, campisme, topographie …)
et leur pédagogie. Sans elles, le chef ne pourrait assurer
la sécurité et les contrôles qui sont toujours
son lot. Mais aussi savoir gérer son temps et apprendre
à gérer et encore animer, diriger des réunions
de groupe pour tirer le maximum des divers conseils prévus
dans la vie des unités.
- D’autre part amener à un haut niveau dans le domaine
de la formation humaine et de la pédagogie.
Éduquer à l’Amour, car nous sommes chrétiens.
Aucune valeur n’est aussi dénaturée que celle
là. Il s’agit d’ouvrir les coeurs, les coeurs
profonds, sièges de nos consciences et lieux de nos décisions,
à l’Amour que Dieu a pour nous. Cela n’a rien
à voir, naturellement, avec la tendresse ambiguë,
le copinage exubérant, la miséricorde bonnasse.
L’objet à atteindre, à découvrir c’est
l’amour de Dieu ; l’archétype proposé
est l’extraordinaire et édifiant cheminement de Jésus
du Jardin des Oliviers au Golgotha : « il non pas ce
que je veux, mais ce que Tu veux »… le pardon
(du larron)… le don de Sa Mère et de Sa vie…
sans omettre l’ultime appel : « J’ai soif
de votre amour. »
C’est sur cette base qu’il faut fonder la vie et le
travail en équipe. Savoir, par l’information, la
demande d’avis, l’amitié vraie, faire naître
la confiance, assurer un échange réciproque loyal,
ouvert, unissant la recherche de la critique objective et la discipline
intellectuelle. Placer ainsi les montants latéraux de nos
échelles hiérarchiques, sans lesquels les différents
barreaux s’entrechoquent car ils ne peuvent remplir leur
office.
Et sur cette même base former à l’accompagnement
des garçons. Comme en musique il s’agit pour l’accompagnateur
de valoriser le soliste et non d’imposer sa propre partition.
Plutôt que de dire « tu es… »,
amener le garçon à percevoir ses limites, défauts,
tentations et en même temps ses potentiels, qualités
et finalement à définir ce qu’il veut et doit
faire. La méthode interrogative « qu’en
penses tu ? » l’emporte ici sur l’affirmative
« je pense que ». Tout ceci nécessite
beaucoup de vérité (ne jamais cacher la vérité
des faits) mais aussi beaucoup de délicatesse (car le for
intérieur n’est jamais du domaine des chefs) et toujours
une intime coopération avec le conseiller religieux.
- Enfin amener à vouloir se former sans cesse pour tendre
mieux chaque jour vers son maximum personnel. Deux directions
sont à privilégier:
- celle de la culture, pour approfondir le sens du beau, du bien
et du vrai, de l’héritage reçu et du destin
à assumer qui sont la clef de tout civisme ;
- celle aussi de la foi, pour ouvrir plus largement son coeur
à l’Amour de Dieu, pour améliorer sa connaissance
de l’Église, renforcer sa capacité d’écoute
et de contemplation. Ces objectifs sont le substrat de l’engagement
permanent sur la Route, de la conversion et de la mission.

Quelle pédagogie
appliquer ?
Qu’il s’agisse de former des chefs
ou de simples guides et scouts, BP a donné la réponse :
la pédagogie scoute est active, globale et incitative. Que
signifient ces trois adjectifs au niveau qui nous intéresse ?
- Active signifie que la formation des chefs commence dans les
unités de base, dans les fonctions les plus modestes (celles
des cul-de-pat’) et dans celles des premiers niveaux de
commandement (sizenier, CP … )là s’apprennent
progressivement les techniques et les services, le style, le travail
en équipe, la précision, l’esprit de décision.
« Active » suppose aussi qu’elle doit
être marquée ans les camps-écoles par notre
style de vie voisin de celui de l’unité à
commander, par un genre de sessions très ouvert aux, questions
(pourquoi, avantages, difficultés, comment), par des prises
de fonction d’autorité de même nature que celles
qui seront assumées (un candidat ACC reçoit des
responsabilités d’ACC) et enfin par des échanges
au niveau de l’équipe de commandement où le
futur chef sera un subordonné (l’ACC dans l’équipe
de commandement du CC).
- Globale veut naturellement dire qu’il faut veiller à
former en direction des cinq buts, le sens de Dieu illuminant
d’ailleurs les quatre autres. Mais « globale »
signifie ici particulièrement ouverte à tout ce
qui est la vie des jeunes, dans et hors scoutisme, à la,
communauté naturelle à laquelle ils appartiennent
(famille, terroir, patrie) et à l’Église.
Pour la formation des chefs les pseudo docteurs en scoutisme sont
à proscrire fermement. Le substrat naturel de l’éducation
est la culture chrétienne dans toute son acception.
- Incitative implique que dans les unités et dans les camps
écoles éclatent la joie, la fraternité et
le sens de l’absolu :
- la joie vraie, bien sûr, non pas celle des corps de garde
mais celle des bénéficiaires de la Bonne Nouvelle,
qui inondait Marie, Jean Baptiste, le père Kolbe et tant
d’autres.
- la fraternité vraie, bien sûr, qui s’exprime
dans le service spontané et dans le partage dans la prière.
- le sens vrai de l’absolu qui se manifeste par le respect
sacré pour tout ce qui touche Dieu et spécialement
la liturgie. Mais, plus profondément, « incitative »
suppose une qualité de formateurs exemplaires. Leur regard,
leurs actions, leur simple présence doit irradier le bonheur
d’une vie de foi intense, d’une conduite morale irréprochable,
d’un dévouement enthousiaste au scoutisme en général
et aux jeunes pris un à un, d’un service gratuit,
constant, modeste (autant de facteurs indépendants du port
de barrettes, bûchettes et autres flots) et d’une
volonté de formation permanente. « Incitative »
signifie enfin qu’il ne faut pas craindre d’inviter,
appeler, exhorter à l’effort, à la discipline
personnelle, à la conversion. Ne veux tu pas ? Tu
es libre, mais veux tu ?
Voici quelques idées, quelques mains courantes
utilisables par tous les formateurs et adaptables à tous
les niveaux de formation.
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| Parution |
Maîtrises n°76
1988
pages 11 à 14 |
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| Auteur |
Bernard YOU
Commissaire National Route
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| Le savais-tu ? |
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Cet article fait partie des lectures conseillées
dans le cadre du programme de formation
générale des chefs et cheftaines
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