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Introduction
Il est d’usage
de présenter un orateur à son auditoire avant de lui
donner la parole mais il me paraît tout à fait inutile
de présenter le général Delaunay aux guides
et scouts d’Europe.
Mon Général, chacun
sait que vous avez assumé la plus haute responsabilité
à la tête de l’armée française
et que vous consacrez maintenant tout votre temps, toute votre énergie
et tout votre talent à la défense des valeurs chrétiennes.
Nous sommes nous-mêmes profondément attachés
à ces valeurs et nous essayons de les défendre à
notre manière dans ce mouvement
[…] que sont les Guides et Scouts d’Europe.
N’ayant pas à vous
présenter je vais, à l’inverse, vous présenter
votre auditoire. Vous avez devant vous 1 300 garçons
et filles qui ont librement choisi de prendre un service comme chefs
ou cheftaines dans les unités de notre mouvement et également
quelques représentants des associations sœurs d’autres
pays d’Europe et du Canada. Leur moyenne d’âge
est proche de vingt ans même en tenant compte des quelques personnes
âgées de ma génération qui la font monter
! Ils constituent les forces vives de notre mouvement, ils assument
une véritable responsabilité éducative en étant
directement au contact des garçons et des filles de leurs
unités. Chacun d’eux, chacune d’elles se sont
engagés un jour à servir de leur mieux Dieu, l’Église,
la patrie et l’Europe et c’est en se consacrant à
la formation des plus jeunes qu’ils tiennent leur engagement.
Mais ils savent bien qu’on ne donne
que ce que l’on possède soi-même et qu’ils
doivent se former pour être à la hauteur de leur tâche.
C’est pourquoi ils sont venus vous écouter et ils attendent
beaucoup de vous. Je vous les livre donc sans plus les faire attendre
et en vous remerciant très vivement, de leur part à
tous, de nous avoir rejoints sur ce plateau lointain du Coiroux
et de nous avoir consacré ce dimanche de Pentecôte.
Gildas Dyèvre

J’ai eu, merci Seigneur, un week end riche : avant hier j’étais à Fongombault chez les
moines bénédictins auxquels j’étais venu
parler de ce Colloque européen de l’Espérance
que nous essayons de mettre sur pied. Les Scouts d’Europe
y seront, s’ils le veulent bien, partie prenante. Il s’agit
de poser le problème européen non pas seulement en
termes de quotas laitiers et d’écartement de voies
de chemins de fer mais aussi en termes de valeurs humaines, de patrimoine
commun européen à base chrétienne. Donc j’étais
chez les moines et j’ai eu l’honneur de leur parler
à cette heure-ci avant hier.
Hier, j’étais en prison… comme
visiteur. Je passe une partie de mon temps en prison et hier je
suis allé dans un centre de détention à côté
de Périgueux. Là, j’ai trouvé (contrairement
aux moines qui ont choisi la meilleure part) des hommes qui n’ont
rien, même pas la dignité humaine, qui s’ennuient,
qui passent leur temps à ne rien faire, à attendre
jour après jour, tout cela dans une large mesure, faute d’avoir
au cœur ces valeurs dont parlait Gildas, il y a cinq minutes.
Ce soir, j’ai l’honneur de m’adresser
à vous et de vous dire la responsabilité qui est la
vôtre, vous qui partagez la même foi que les moines
de Fongombault, vous qui êtes engagés dans une voie
différente mais qui avez une mission d’éducation
vis-à-vis des jeunes de ce temps, dont vous savez bien que
beaucoup d’entre eux ont perdu leurs racines et leurs repères.
Vous avez vis-à-vis des jeunes que vous encadrez, et vis-
à-vis du monde qui vous entoure, une responsabilité
énorme qui implique que vous vous formiez pour être
à la mesure de votre responsabilité.
En ce qui me concerne, je suis heureux d’être
ici car je me sens l’un des vôtres. C’est d’ailleurs
ce que m’a dit un de mes chefs, il y a une quinzaine d’années
sur un ton sarcastique. Il est d’usage pour les officiers
de passer au « confessionnal » tous les ans.
On leur lit leurs notes ; on comparait, avec un état
d’esprit variable suivant sa personnalité, devant le
chef qui vous dit : « C’est gagné, c’est
perdu, c’est entre les deux… ».
Moi, on m’a dit après avoir lu mes notes : « Finalement,
vous êtes un vieux boy scout ». Et mon cœur
a bondi de joie dans ma poitrine car c’était, à
mes yeux, un compliment énorme, même si ce n’était
pas, dans la bouche de mon chef, un compliment. L’homme en
question était un intellectuel de haut niveau et nous n’étions
pas exactement sur la même longueur d’ondes. Je l’ai
pris comme un compliment merveilleux car le scoutisme c’est
pour moi la jeunesse, la joie de vivre, la découverte de
la nature, la découverte de l’aventure, le service
des autres, l’apprentissage progressif de la responsabilité
et de l’autorité et l’approfondissement de sa
foi chrétienne. Bref je reste un vieux boy scout. Merci Seigneur,
merci Baden-Powell, Baden-Powell auquel je veux ce soir rendre hommage
car je me sens beaucoup de points communs avec lui.
Je dois être, ici, avec Michel Menu, l’un
des derniers à l’avoir vu en chair et en os ;
je n’étais pas bien vieux, dans un rassemblement du
type Aubazine multiplié par 15, 30 ou 40, où des quantités
de guides et de scouts de tous les pays du monde venaient pour se
rassembler au cours de ces cérémonies qui s’appelaient
autrefois des jamborees. Et je me souviens encore de ce vieux Monsieur
de 75 ans, véritable prophète qui, dès 1908,
avait inventé ce scoutisme qui devait marquer tant de jeunes,
garçons et filles. Je me sens beaucoup d’affinités
avec lui parce que, comme moi, il a été formé
par l’armée et par la guerre. En rentrant en Angleterre,
la campagne des Boers finie, il a écrit un traité
sur « De la nécessité pour les
soldats de devenir des éclaireurs ». C’est
à dire des gens qui apprennent à se débrouiller,
qui apprennent à dominer la nature, à surpasser leur
fatigue physique et à garder leur esprit en éveil
en toutes circonstances. Ce traité destiné à
l’armée a eu tellement de succès auprès
des mouvements de jeunesse (ou auprès de ceux qui songeaient
à faire des mouvements de jeunesse) qu’on lui a demandé
de l’adapter : ce qui a donné « Scouting
for boys » qui a été à la base
du départ des scouts. Ce Baden-Powell était un prophète.
J’ai coutume de dire que ce j’avais appris d’important
dans ma vie c’est aux scouts que je l’avais appris et
c’est probablement votre cas aussi.
Cela dit, je suis venu vous parler du civisme,
du patriotisme et du scoutisme. Comment faire passer le civisme
et le patriotisme à travers les activités scoutes ? Je commencerai par parler du civisme puis du patriotisme puis
de la crise qui les affecte en France en ce moment, enfin de la
façon dont, à travers vos activités scoutes,
vous pouvez, vous devez, faire passer ces valeurs. Je conclurai
sur le thème général des valeurs. J’ai
en effet fondé l’association « France Valeurs ».
Elle a pour but de contribuer à réveiller dans ce
pays un certain nombre des valeurs qui (comme ces piquets soutiennent
ce chapiteau) soutiennent notre société et qu’il
est temps de réveiller. C’est sur ce thème là
que je vais finir en dépassant votre responsabilité
de chefs scouts, en parlant de votre responsabilité de jeunes
hommes et jeunes femmes dans ce pays.

Les quatre niveaux du civisme
Le civisme, qu’est-ce que c’est ?
Ceux qui font du latin savent que civis, citoyen, c’est
l’homme de la cité ; le civisme, c’est tout
ce qui concerne le citoyen, son dévouement envers la collectivité.
C’est le sens qu’un homme a de ses responsabilités
et de ses devoirs de citoyen. L’homme civilisé diffère
de l’état primitif par cette conscience là.
Pour parler plus simplement, je définirai
le civisme à quatre niveaux en caricaturant chacun par une
image :
- premier niveau : les clous,
- deuxième niveau : les papiers gras,
- troisième niveau : le bulletin,
- quatrième niveau : l’écharpe.
- « Les clous » : c’est la
traversée des enfants dans les clous. Il faut apprendre
au gamin, dès qu’il a trois ans, à passer
dans les clous, à traverser la rue au vert et pas au rouge,
à attendre son tour pour aller à la cantine, bref,
à acquérir un certain nombre de réflexes
qui font que sa liberté ne gêne pas celle de son
voisin de droite ni celle de son voisin de gauche. Le niveau de
la traversée dans les clous est le niveau élémentaire ;
ce civisme là n’est pas inné, vous le savez
aussi bien que moi, les fils d’hommes sont capricieux et
ils ont envie de traverser ailleurs que dans les clous ;
ils ont envie de passer au rouge, au risque de se faire écraser ;
il faut leur apprendre un certain nombre de réflexes élémentaires
de « petit civisme ».
- Deuxième niveau : celui des « papiers
gras ». Cette vilaine image veut expliciter celle du
bien commun. Il faut enseigner aux enfants qu’ils sont responsables
d’un bien commun, qu’ils sont propriétaires
d’une partie de bien commun et que ce bien commun, il faut
le respecter et il faut le soigner, il faut le favoriser, il faut
l’embellir. Il faut mettre les papiers de bonbons dans la
poubelle et, le cas échéant, y mettre aussi les
papiers qu’un pollueur aura mis par terre. Ce réflexe-là
non plus n’est pas inné. Vous savez bien que le bien
commun, les enfants ont tendance à se l’approprier
ou à essayer de se l’approprier, à casser
les branches, à mettre les pieds sur les banquettes et
à salir ce qui est propre.
- Troisième niveau du civisme est ce que j’ai
appelé « le bulletin ». Le bulletin
de vote, c’est une façon d’assumer des responsabilités
dans le cadre du bien commun en question. Les deux niveaux précédents
étaient des niveaux de consommateur. Là, au contraire,
il s’agit de petites responsabilités : voter, payer
ses impôts, faire son service militaire, respecter le code
de la route, etc. Ce sont déjà des notions importantes.
- Quatrième niveau : suivant ses dons, c’est
l’acceptation de responsabilités plus élevées
dans le pays, dans la ville. C’est pour cela que j’ai
parlé tout à l’heure du niveau de « l’écharpe »
: celle du conseiller municipal, celle du maire, celle du conseiller
général, celle, le cas échéant, de
ministre ou député ou président de la République.
Ce sont des responsabilités civiques qu’il faut prendre
si l’on a les qualités pour les assumer.
Voilà donc les quatre niveaux du civisme
et il vous appartient de préparer progressivement les jeunes
dont vous avez la charge à ces quatre niveaux-là :
si possible au quatrième qui est le plus important.


Le patriotisme : une notion
d’amour
Mais ces notions de civisme, de dévouement
à la cité, au pays, au bien commun etc. c’est
un peu sec s’il ne s’y mêle pas une connotation
affective, un peu d’amour. C’est ici qu’intervient
la notion de patriotisme qui introduit la notion affective, la notion
d’amour.
Le patriotisme, cela vient du mot « père ».
La patrie c’est la terre des pères. Le patriotisme,
c’est tout bêtement l’amour de la patrie, c’est
la reconnaissance d’un patrimoine, d’un héritage
commun. Le patriotisme c’est à la fois la reconnaissance
d’un patrimoine qui nous vient de nos anciens, la volonté
de le faire passer à nos successeurs, à ceux qui vivront
après nous et enfin la reconnaissance d’une fraternité
entre les détenteurs du même patrimoine, les gens qui
vivent dans le même pays que nous.
Deux hommes, parmi bien d’autres, ont admirablement
parlé de la patrie : Péguy et puis un berbère
qui a écrit parmi les plus jolies choses qui soient sur la
patrie ( « Le testament d’un berbère » ).
« La patrie, dit Péguy, c’est cette
quantité de terre où l’on parle une langue,
où règnent des mœurs, un esprit, une âme,
une culture. Elle est cette portion de terre où une âme
peut respirer et où un peuple ne meurt pas ».
- Le patriotisme, c’est la reconnaissance d’un patrimoine,
d’un héritage commun. Vous et moi nous avons en commun
cette terre qui a été défrichée par
le travail de millions d’hommes qui se sont succédés,
qui ont travaillé durement à tracer les routes,
à abattre les forêts et à élever les
cathédrales, à creuser les canaux, à bâtir
toute la richesse matérielle de ce pays au fil des âges.
Mesurez en jours de travail tout ce que cela a coûté,
depuis des années et des années, des siècles
et des siècles.
- C’est aussi le pays où l’on parle français.
Mesurez la richesse culturelle de ce pays, tout ce que les hommes
y ont fait de bien, dans le domaine de la poésie, de l’architecture,
de la peinture et je passe sur beaucoup d’autres arts qui
sont aussi nobles que ceux-là. Ce patrimoine culturel qui
tourne autour de la langue et de la littérature nous est
commun. Il est magnifique, il mérite d’être
connu, aimé, respecté, embelli.
- Enfin et surtout la patrie, c’est un héritage spirituel,
ce que nous avons appris de nos anciens comme art de vivre et
comme traditions et notamment la tradition chrétienne.
Le patriotisme, c’est la connaissance de
tout cela. C’est l’amour de tout cela. On ne peut apprendre
ces choses que dans un climat d’amour. On apprend la patrie
(je le dis notamment aux femmes et aux jeunes filles qui sont ici)
sur les genoux de sa maman. En enseignant des mots tout simples,
en couvrant l’enfant de baisers, on lui apprend l’amour
de la patrie. On ne découvre pas la patrie exclusivement
dans des cours de patriotisme à l’école et encore
moins au service militaire ; tout cela est à apprendre
aux enfants à trois ans, à deux ans et peut-être
même avant.
C’est la reconnaissance d’un lien
entre ceux qui nous ont précédés et nous. Quant
à vos jeunes, ne manquez jamais une occasion de leur faire
penser à ceux qui les ont précédés et
à qui ils sont redevables de tout ce qu’ils vivent : c’est une dimension du patriotisme. Ne manquez jamais de
leur faire prendre conscience de la collectivité nationale
s’ils sont basques ou bretons, ou originaires de Brive. Expliquez-leur
que la collectivité nationale c’est aussi le nord de
la France ou la Lorraine ou les Pays de Loire. Dites leur aussi
leur responsabilité de transmettre après eux ces biens
matériels et immatériels et notamment cet amour dont
ils ont hérité.
Le patriotisme a une dimension d’abord nationale : nous parlons français, nous mangeons du bœuf et des
frites et non pas du riz avec des baguettes. Nous avons une certaine
façon de penser, de nous comporter, de rire, de nous amuser,
etc. Cela s’appelle la culture française. Mais il existe
un grand nombre de choses au delà des frontières que
nous partageons avec nos voisins européens. Je pensais tout
à l’heure aux traditions alimentaires chinoises ou
africaines. Ces traditions alimentaires nous les partageons avec
beaucoup de nos pays voisins. Surtout nous avons en commun un patrimoine
spirituel, un patrimoine culturel qui est né en particulier
de notre souche commune chrétienne : de la Sicile à
la Norvège, du Portugal à l’Ukraine, nous avons
tous été préparés par la chrétienté ;
malgré la Réforme qui nous a coupés malheureusement
en deux, catholiques et protestants (en trois même avec les
orthodoxes), nous avons en commun un patrimoine historique et culturel
qui est à base chrétienne. C’est ce patrimoine
là que je voudrais développer ou évoquer à
l’occasion du Colloque européen de l’Espérance.

Des valeurs en crise
Civisme et patriotisme ce sont des notions qui
sont aujourd’hui, hélas, en crise. Un excellent document
est sorti il y a trois ans ; il a été écrit
à l’occasion des États généraux
du civisme : c’est le rapport du médiateur au président
de la République.
Ce rapport est sans complaisance sur la crise
actuelle du civisme. Il révèle que l’on n’a
pas parlé de ces choses pendant des années, que l’étude
de l’histoire a été insuffisante, qu’un
certain nombre de faits sont intervenus pour casser les repères
des gens et qu’il en est résulté un oubli des
valeurs, une agressivité latente, de la violence, de la lâcheté,
la montée de l’égoïsme, et du laxisme (notamment
de la part des parents), l’état d’esprit d’assisté,
l’esprit de jouissance. C’est le médiateur de
la République qui le dit. Il attribue tout cela à
un grand nombre de facteurs tels que l’exode rural qui a cassé
une partie des structures qui étaient celles de notre vieille
paysannerie. L’urbanisation, née de façon sauvage,
a cassé l’environnement. Dans le même temps,
on a contesté l’autorité et puis la politique
est passée par là avec un affrontement gauche-droite,
en bons et méchants, une coupure entre les générations
en résulte avec une incompréhension entre la génération
du rock et la génération de la Libération,
aggravée par des disparités socio-économiques.
Deux raisons de toute cette crise des valeurs : l’augmentation
phénoménale du niveau de vie et la montée du
matérialisme d’une part et l’explosion médiatique
qui a amplifié cette crise-là d’autre part.
Le résultat est tout ce que nous déplorons autour
de nous.
Cependant il y a des raisons d’espérer
et une des premières c’est la loi du pendule. Un excès
de désordre amène un retour de l’ordre. Nous
y assistons aux États-Unis et nous commençons à
le vérifier en France. Le décalage entre les raisons
de vivre et les moyens de vivre commence à sauter aux yeux
d’un certain nombre de personnes qui se disent : « Mais
ce n’est pas possible de continuer comme ça, on va
fabriquer des hommes à partir d’embryons dans une éprouvette ;
on va pouvoir agir sur les hommes en question en leur rajoutant
deux gouttes d’intelligence, un goutte de biceps, suivant
les personnes que l’on veut créer ».
On arrive littéralement au « Meilleur des
Mondes » d’Huxley tel qu’il avait été
écrit sous une forme qui se voulait caricaturale, il y a
50 ans. Beaucoup de gens commencent à s’interroger
en France parmi les savants, les chercheurs et les hommes politiques
sur la nécessité de revenir aux valeurs.
Deuxième motif d’espérer :
la lumière qui vient de l’Est. En Russie, en Pologne,
en Roumanie, dans tous ces pays qui sont sous le joug depuis 45
ans, un renouveau spirituel qui est très encourageant pour
nos pays se manifeste. Nous constatons qu’en Pologne, dans
les pays baltes et même en Afghanistan ou dans les pays musulmans,
voire en Chine, c’est le retour au spirituel qui constitue
la vraie forme de libération. Tout cela contribue à
faire réfléchir sur la nécessité de
revenir à un certain nombre de valeurs, de se demander pourquoi
on vit. Vous êtes invités à participer à
cette action en travaillant à revaloriser notamment la valeur
civisme et la valeur patriotisme.

Votre voie : la vie scoute
Comment y arriver alors que le contexte que j’ai
défini tout à l’heure apparaît fâcheux ? Je crois que vous, Scouts d’Europe, vous avez une voie toute
tracée pour ré-ensemencer ces valeurs de civisme et
patriotisme : celle de suivre votre loi, d’être fidèles
à votre pédagogie, de suivre le déroulement
normal de votre vie scoute. C’est dans cet univers là
que tout naturellement se situe votre action. La première
dont je veuille parier, c’est votre action vis à vis
des jeunes dont vous avez la charge. Je parlerai tout à l’heure
de votre action à l’intérieur du pays.
Exploitez tout bonnement votre
loi, les principes qui vous sont proposés et la pédagogie
de votre mouvement. C’est votre voie pour que les jeunes de
votre troupe soient valorisés sur le plan de l’essentiel,
du « Pourquoi l’on vit ? » Soyez de
bons chefs de troupe, c’est le premier conseil que je puisse
vous donner.
Il y a quand même deux ou trois idées
que je veux vous suggérer au passage en ce qui concerne la
volonté qui doit être la vôtre, à travers
les sorties et les camps, de faire réfléchir les jeunes
sur cette patrie, sur cette terre qu’ils habitent et qu’ils
ont perdu l’habitude de regarder.
Votre première responsabilité doit
être, selon moi, de leur apprendre à regarder et de
leur apprendre à s’émerveiller. En sillonnant
hier cette région, j’étais dans l’admiration
devant la beauté des paysages. Chaque tournant de route était
une scène nouvelle qui me mettait dans la joie. Il vous appartient
de faire découvrir cette joie là aux jeunes dont vous
avez la charge et qui n’ont pas l’habitude de regarder
avec leur cœur. Arrêtez-vous cinq minutes et faites-leur
découvrir comme c’est beau. De même ayez à
cœur, à tout moment quand vous en avez l’occasion,
de leur faire redécouvrir leurs racines. Ayez à cœur
quand vous passez à côté d’une église
romane, de passer cinq minutes à leur expliquer ce qu’est
l’art roman et de leur faire découvrir ce qu’il
y a de beau dans cette église romane ; si vous passez
à côté d’un canal, essayez de leur expliquer
comment ce canal a été creusé, pourquoi on
l’a creusé, quel est l’intérêt économique
et politique de ce canal, etc. Bref, apprenez-leur à regarder
leur pays, à regarder ce que les anciens ont fait dans ce
pays, apprenez-leur à regarder ce qui est beau dans ce pays.
Et puis les monuments sont faits pour être regardés.
Il y a dans ce pays des stèles aux maquisards de 1944 : hier
je faisais mon footing dans la campagne, je me suis arrêté
devant une stèle, j’y suis resté deux minutes
: ce sont des choses que vous pouvez faire. Ce sera l’occasion
de raconter un petit peu de l’histoire de France à
des jeunes de 12 - 13 ans qui ne savent même pas qu’ici
il y a eu une occupation et une libération.
Je viens de donner des exemples banals et on pourrait
les multiplier à l’infini. C’est ainsi qu’à
travers vos activités normales d’unités scoutes
vous pourrez faire passer la valeur patriotique. La valeur civique,
je n’y reviens pas. La vie même de ce camp nous montre
qu’à travers les petits gestes élémentaires,
les annonces concernant la vaisselle ou tel déplacement qu’il
faut ordonner, les responsabilités qui sont exercées,
on s’aperçoit que d’un camp scout naît
l’éducation toute naturelle aux valeurs civiques. Cela
dit je ne suis pas sûr que, vous les chefs, vous ayez assez
le sens qu’il faut de l’éducation au patriotisme
c’est à dire l’amour de la terre des pères.
Or les jeunes dont vous avez la charge seront de meilleurs citoyens
ils ont dans le cœur l’amour de la terre des pères.
À travers la pédagogie scoute, vous
apprenez un grand nombre de choses et notamment l’éducation
à la vie en société à travers la vie
de patrouille si importante et vous abordez l’apprentissage
progressif et de la responsabilité et de l’autorité.
Le « cul de pat’ »
qui nettoie la bonamau a déjà une petite responsabilité
car si la marmite prend au fond, le riz qu’on y fera cuire
sentira mauvais. C’est une responsabilité élémentaire
mais le « cul de pat’ » en question
finira par être second, puis chef de patrouille, chef de troupe,
etc., il montera progressivement. Sa responsabilité augmentera
d’année en année et c’est ainsi qu’il
prendra conscience de sa responsabilité dans la cité.
Il considérera tout naturel d’être, vingt ans
après, maire de son pays ou conseiller général
comme il y en a plusieurs ici que je salue avec respect. Peut être
au niveau du mouvement il y a des pistes supplémentaires
à creuser en ce qui concerne les badges ou les brevets, en
créant peut être des brevets spécifiquement
préparatoires au civisme et au patriotisme. Cela dit je ne
veux pas marcher sur vos plates bandes et je m’arrête
instantanément.
De même à l’intérieur
des camps ou des réunions de week-ends ou de dimanche pourrait-on
de temps en temps, par des jeux de rôle éducatifs par
exemple, commenter tel événement de nature à
améliorer l’amour de la patrie et le dévouement
au civisme. Voilà les choses élémentaires que
je voulais dire concernant la façon de faire passer le civisme
et le patriotisme à travers la pédagogie scoute.
Deux ou trois conseils encore pendant que j’y
suis : faites cela à dose homéopathique, c’est
à dire ne consacrez pas des journées entières
au civisme et au patriotisme : cinq minutes au lever des couleurs
valent à mon avis mieux qu’une heure de laïus.
À dose homéopathique, cela veut dire qu’il faut
y revenir souvent : l’homéopathie ne marche que si
l’on entretient la dose de temps en temps. Donc pas de laïus
d’une heure mais un rappel tous les jours.
À dose homéopathique, certes, mais
souvent et dans la joie. Les choses dont nous parlons sont des choses
sérieuses. L’apprentissage des valeurs
d’une façon générale, est une chose sérieuse.
Dans le contexte et l’environnement actuels, elle passe difficilement
auprès des jeunes qui sont habitués à être
passifs, à regarder la télé et à se
faire présenter des anti-valeurs qui, très faciles
à avaler, passent comme du miel. Par opposition, nos valeurs
à nous sont des valeurs de rigueur qui impliquent la maîtrise
de soi et l’engagement : il faut les faire avaler dans la
joie. Je disais tout à l’heure que l’amour de
la patrie s’apprend aux petits enfants avec des baisers ;
de la même façon, dans vos unités c’est
dans une ambiance de joie qu’il faut faire passer toutes ces
valeurs civiques et patriotiques, de façon qu’elles
ne suscitent pas une certaine répulsion.
Ensuite vous le savez bien, il faut apprendre
des choses mais il faut surtout le « apprendre à
apprendre », apprendre à juger. Tout ce que vous
pourrez faire pour former le jugement des jeunes qui vous seront
confiés plutôt que de leur entonner des connaissances,
ce sera bien. Essayez de toutes les façons de leur faire
découvrir par eux mêmes ce qui est vrai, ce qui est
beau et ce qui est bien. Et seuls le vrai, le beau et le bien méritent
d’être vécus.

Les quatre pieds du cheval autorité
Encore un conseil. Beaucoup d’entre vous
m’ont déjà entendu sur ce thème-là
mais je ne peux pas résister au plaisir de ressortir mon
« dada », c’est le cas de le dire. Je
suis, comme Baden-Powell, officier de cavalerie. J’ai passé
une partie de ma vie à cheval. Je crois que l’autorité
c’est comme un cheval, ça repose sur quatre pieds.
Les quatre pieds s’appellent la compétence, la rigueur,
l’amour et l’exemple. Cette définition de l’autorité
est vraie pour les parents, pour les officiers et pour les chefs
d’unités scoutes.
- La compétence est essentielle. La bonne volonté
ne suffit dans aucun métier et notamment quand on a la
responsabilité d’être chef d’unité.
Il faut être compétent d’où la nécessité
de ces sessions de formation, d’acquérir de la compétence
j’allais dire professionnelle, en matière de sécurité
du camp, de pédagogie, de cuisine, d’intendance,
d’organisation, d’orientation, etc. Il y a, pour exercer
votre responsabilité, une compétence quasi professionnelle
qui est essentielle. Et c’est encore plus vrai dans le domaine
religieux. Vous êtes responsables non seulement de corps
et d’esprits, mais vous avez charge d’âmes.
Or aujourd’hui, la ferveur et la piété sont
courantes dans nos milieux, mais la foi repose insuffisamment
sur des bases doctrinales solides. Pour avoir vécu et rencontré
beaucoup de situations dans ma vie je vous dis donc ceci : ayez
une compétence forte dans le domaine de l’intendance,
de l’orientation, de l’organisation, de jeux, de camps,
etc.
Ayez plus encore une grande compétence en matière
de foi religieuse, de façon à être capables
de répondre aux garçons et aux filles qui vous
interrogeront sur l’essentiel. Beaucoup de jeunes d’aujourd’hui
sont mal catéchisés. Au sein des Équipes
Notre-Dame où j’exerce moi aussi une responsabilité,
il arrive qu’on soit obligé d’apprendre à
des jeunes ménages des choses absolument élémentaires.
À vous aussi il appartient de connaître votre religion,
d’avoir une culture religieuse, de façon à
pouvoir non seulement communiquer votre ferveur et votre foi,
ce qui est bien, mais aussi vos connaissances sur l’essentiel,
ce qui nous fait vivre. Voilà pour la compétence.
- J’aborde le chapitre délicat de l’exigence.
Il ne s’agit pas de transformer les Scouts d’Europe
en Légion étrangère mais il s’agit
d’y faire respecter des lois et des règles, d’y
faire respecter l’ordre et ce pour le plus grand bien des
jeunes. La dimension « amour »
de l’autorité est inséparable de la dimension
« exigence ». Or je constate, pour
avoir rencontré beaucoup de jeunes gens dans ma vie et
avoir reçu des confidences de beaucoup, que, pour la plupart,
ils ont été très aimés par leurs parents
et que, pour un certain nombre d’entre eux, ils regrettent
que leurs parents n’aient pas été plus exigeants,
ne les aient pas préparés davantage à la
vie de façon ferme. L’autorité exige de l’amour
et je suis sûr que vous n’en manquez pas : on ne peut
pas commander une unité sans s’attacher aux personnes,
aux jeunes qu’on a en charge. Mais vis à vis de ceux-là,
il faut aussi faire preuve d’exigence. L’exigence
est une des dimensions de l’autorité qui manque le
plus en ces temps-ci, qu’il s’agisse des familles
ou qu’il s’agisse de l’école. Donc que
votre « cheval autorité » ne boite
pas du pied exigence. (C’est, vu de ma fenêtre, le
pied sur lequel il boite le plus souvent).
- Amour, je n’insiste pas. Je répète
qu’on ne fait pas les choses sans amour et qu’on ne
dirige pas des personnes sans amour.
- Je finis par le quatrième pied : l’exemple.
Il est inconcevable qu’un chef d’unité parle
de patriotisme et de civisme et laisse entendre le soir auprès
du feu qu’il conduit à 130 km/h sur les routes à
90 km/h, qu’il passe au rouge parce qu’il est pressé,
qu’il ne paye pas ses impôts, qu’il fait sauter
ses « contredanses », qu’il ne va
pas voter et qu’il fera tout ce qu’il peut pour se
faire pistonner afin de ne pas faire son service militaire. L’exemple
est une des qualités essentielles du chef y compris du
chef de troupe. Patton, un autre général de cavalerie,
disait : « Les hommes (et les femmes aussi probablement…) sont comme des "macaronis” cuits… il
faut les tirer et non pas les pousser. » Mais
le vous le savez bien et vous appliquez souvent cette théorie.
La devise des officiers américains est : « Follow
me » (Suivez moi). Vous savez bien que le chef
de patrouille, le chef d’équipe, le chef de troupe
a souvent à dire à ses gars ou à ses filles : « Follow me ».
En résumé, pour la transmission
des valeurs, mettez donc en jeu votre autorité sur les quatre
pieds : compétence, exigence, amour
et exemple.

S’adresser aux trois dimensions
Encore un conseil. Un homme est quelqu’un
de très complexe : corps, esprit et âme. On ne fait
passer les valeurs qu’en s’adressant à la fois
au corps, à l’esprit et à l’âme.
Je vous conseille donc de vous adresser à la fois aux trois
dimensions de l’Homme avec un grand H dont vous êtes
responsables, garçon ou fille.
- Il faut donner, pour faire passer les valeurs, un certain nombre
de réflexes corporels. Aux couleurs, on reste immobile,
même quand on a huit ans. C’est une première
façon de respecter le drapeau, cette chose qui monte et
dont on ne sait pas bien ce qu’elle signifie mais dont on
a appris à tout enfant le respect. Il y a une dimension
corporelle de l’éducation aux valeurs et nous le
savons bien nous qui, pour la prière, éprouvons
le besoin de prendre un certain nombre d’attitudes qui sont
favorables à la prière.
- Adressez vous donc au corps mais adressez vous à l’esprit,
à l’intelligence. Il ne suffit plus en 1989 de donner
des ordres. Bien souvent, il faut expliquer quand on en a le temps,
cela passe mieux. Soyez des chefs qui expliquent. En même
temps que vous dites à un tel : « Fais-ça »,
vous lui dites pourquoi il faut le faire.
- Et puis globalisez en vous adressant très souvent à
son âme. Dans le monde qui nous entoure on ne fait pas assez
souvent appel à la dimension spirituelle de l’homme
d’où un grand nombre des maux qui nous accablent.
Les jeunes ont besoin de merveilleux, ils ont besoin de spirituel.
Même des valeurs aussi humaines que le civisme et le patriotisme
sont à expliquer avec la connotation spirituelle. Un beau
paysage, un haut lieu font automatiquement prier, élèvent
automatiquement l’âme. Sans doute que des personnes
se sont ingéniées, au cours de mon adolescence,
à « mettre mon âme dans le coup »,
à montrer que Dieu était présent dans tout
ce qui nous entoure. Je suis, l’été, guide
de montagne pour mes petits enfants et leurs copains. C’est
une occasion de globaliser, de nous adresser au corps (et Dieu
sait que la grimpette est quelquefois raide) mais c’est
en même temps l’occasion d’expliquer des tas
de choses, sur la nature et sur la création et de nous
adresser en même temps à l’âme. J’ai
l’habitude d’expliquer aux jeunes qui m’entourent
ce que nous avons autour de nous. J’ai l’habitude
(pas pendant des heures mais pendant deux minutes) de passer insensiblement
la cinquième vitesse, la vitesse spirituelle de façon
à les faire rendre grâce à l’arrivée
ou devant tel et tel spectacle. Il me semble que c’est le
B.A BA de la formation. Vous savez tout cela mais je me permets
de vous le redire.

Votre rôle à l’extérieur
Voilà, me semble-t-il, comment vous pouvez
faire passer les valeurs à travers votre activité
scoute, à travers vos unités, au local, dans les bois
ou au camp à doses homéopathiques, dans la joie, en
formant l’esprit critique de vos jeunes, en mettant votre
autorité sur quatre pieds et en globalisant encore l’éducation
corps, esprit et âme. Mais vous avez un rôle important
aussi à jouer à l’extérieur, dans votre
famille, dans votre école, dans votre université,
dans votre métier si vous êtes déjà engagés
dans la vie. Et c’est là dessus que je voudrais terminer.
Je parlais tout à l’heure du décalage
monstrueux de ce temps entre les raisons et les moyens de vivre : le Concorde qui va à Mach 2, le minitel, la télévision,
le distributeur automatique d’argent. Les moyens de vivre
(au moins dans nos pays riches) sont extraordinaires et les raisons
de vivre sont, pour la plupart des gens, bien minces. Je le constate
en prison chaque semaine mais c’est vrai aussi dans les meilleures
écoles françaises où le niveau des études
est très élevé. Ces notions de valeurs humaines
fondamentales qui s’appellent le respect de la vie, qui s’appellent
le respect de la personne humaine même s’il s’agit
d’un « taulard », le respect de la famille
fondée sur le mariage, le respect d’une dimension affective
de l’amour qui n’est pas uniquement le contact de deux
épidermes, les droits de l’homme oui mais aussi ses
devoirs, la liberté de l’homme mais aussi sa responsabilité
et puis ce fameux patrimoine dont nous parlions tout à l’heure,
matériel, historique, culturel et spirituel, tout cela représente
les valeurs qui nous font vivre.
M’adressant aux étudiants sur ce
problème, je n’ai pas soulevé un enthousiasme
délirant. Les réponses qui m’ont été
faites étaient du type : « Ça sert à
quoi ? » « Ça pèse combien
dans la vie quotidienne pour nous qui sommes habitués à
vendre notre camelote ? Est ce que cela nous fera vendre notre camelote
davantage ? », Ces jeunes gens ont l’impression
d’être les meilleurs de leur génération.
Ils ne le sont que pour un coin de leur cerveau. Il leur manque
de remplir un autre coin de leur cerveau avec « ce qui fait
vivre », Ces gens-là qui auront bientôt
de hautes responsabilités professionnelles, il importe qu’ils
sachent autant pourquoi on vit que la façon d’améliorer
le marketing de telle ou telle entreprise.
Si dans les classes instruites de notre pays,
ces valeurs passent inaperçues de la part d’un certain
nombre de gens, que dire de ce milieu de prisonniers que je fréquente
souvent ? Les gens tuent, violent, volent, escroquent parce qu’ils
n’ont strictement plus aucune référence morale
et éthique, sans parler des références chrétiennes,
des références élémentaires consistant
à respecter une femme parce qu’elle est femme, à
respecter un vieillard parce qu’il est vieillard etc. Cela
ne les effleure plus : une femme c’est la porteuse d’un
sac qu’il s’agit de voler, le vieillard c’est
le porteur d’une retraite qu’il vient de retirer à
la poste et qu’il s’agit de lui subtiliser, c’est
moins fatigant que de gagner sa vie.
Voilà les drames nés de l’absence
de valeurs, de l’absence de références, voilà
ce qui nous entoure. Mais nous sommes là nous, un certain
nombre, qui sommes habités par un certain nombre de certitudes,
qui sommes habités par la présence du Seigneur qui
a réveillé en nous le respect des valeurs dont j’ai
parlé tout à l’heure. Nous savons bien que nous
sommes une minorité dans ce temps mais une minorité
active et ce sont les minorités actives qui mènent
le monde. Votre rôle ne s’arrête pas à
la porte de votre local ou à la porte de votre troupe il
est dans votre vie quotidienne, dans votre famille, auprès
de vos frères et sœurs qui ont oublié toutes ces
notions élémentaires, auprès des copains de
faculté ou de travail, auprès des gens que vous pouvez
rencontrer à un titre ou à un autre.
Vous avez aujourd’hui me semble-t-il (non
il ne me semble pas j’en suis sûr), vous avez, parce
que vous avez reçu davantage, parce que vous êtes habités
par l’Esprit et que vous l’êtes encore plus ce
soir, jour de la Pentecôte, vous avez un devoir fondamental
qui est celui de rayonner toutes ces valeurs-là. Personne
ne le fera pour vous. Cela suppose pour que vous remplissiez bien
ce rôle-là, un certain nombre de conditions réunies.

Les quatre « C »
de notre efficacité
Ce sont les mêmes conditions que celles
qui fondent l’efficacité des armées. Une armée
est efficace quand les officiers et les soldats sont compétents
chacun dans son genre, quand il y a de la cohésion
dans la troupe, quand les officiers et les soldats sont convaincus
de ce qu’ils ont à faire et quand tous sont animés
par du courage.
- Ce sont les termes d’une action que vous avez à
mener, une action fondée sur la compétence. Je parlais
tout à l’heure de la compétence dans
votre métier de chef de troupe mais je parle aussi de la
compétence dans le domaine de ces valeurs essentielles
dont je parlais : cela suppose que vous ayez de la culture,
une culture philosophique. Vous ne pouvez pas exercer un rôle
et rayonner dans ce pays si vous n’avez pas un brin de philosophie
sous votre béret. Il faut que vous soyez compétents
dans ce domaine aussi, compétents sur le fond, compétents
aussi sur la forme. Il faut que nous, Scouts d’Europe, nous
sachions comment faire passer notre idéal. Jamais la façon
de dire les choses n’a été aussi importante.
On a engagé aux Scouts d’Europe une jeune fille spécialiste
dans la façon de dire les choses et de les faire passer,
j’espère qu’elle réussira à traduire
notre idéal en termes de « savoir faire »,
de slogans, de mots d’ordre, de façon que notre message
passe.
- La cohésion est aussi un de mes « dadas ».
Ce pays a bien du mal de ses divisions : tout ce que vous pourrez
faire pour vous unir les uns les autres, pour nous rassembler
les uns les autres, pour, à l’intérieur d’une
ville ou d’un diocèse, rencontrer les autres et faire
des bouts de chemin ensemble, ce sera bien. Ce pays souffre de
la mentalité de tribus gauloises. Gaulois que vous êtes
et que nous sommes tous, essayons de nous rassembler dans toute
la mesure du possible. Soyons dans notre petit secteur des artisans
de paix et d’unité.
- Compétence, cohésion, conviction, on
ne fait quelque chose que si l’on est littéralement
porté par la conviction d’avoir raison. Dans notre
cas de chrétiens on n’est convaincu que si on est
habité par le Seigneur ce qui implique que nous, chefs,
nous ayons une vie intérieure profonde : on ne restitue
dans ce domaine que ce qu’on a. J’ai exercé
des responsabilités importantes à un très
haut niveau (responsabilité de 350 000 hommes), je me suis
aperçu que je n’y arriverais pas tout seul et cela
a créé en moi une espèce de déclic
qui m’a fait faire une conversion chrétienne supplémentaire
(médiocre, je suis encore au bas de la pente). Il reste
que le fait d’exercer une responsabilité doit nous
précipiter aux pieds du Seigneur. C’est en tout cas
le conseil de l’ancien que je suis, à vous les chefs
et les cheftaines. Compétence, cohésion, conviction,
la conviction étant fondée sur la vie intérieure,
elle-même fondée sur la prière.
- Mon dernier terme c’est : courage ! Il
ne suffit pas d’avoir de la compétence, de rassembler
ses troupes, et d’être habité par le Seigneur,
il faut oser : oser afficher la couleur, annoncer ce qu’on
est et dans la vie quotidienne, à l’université,
au bureau, à l’usine, etc., dire ce que l’on
a dans le cœur. Si nous tous, qui que nous soyons, vieux
ou jeunes, nous avions le culot d’annoncer ce que nous avons
dans le cœur, il y a un grand nombre de gens, qui pensent
la même chose que nous mais qui n’osent pas le dire,
qui seraient retournés. La lâcheté est contagieuse ;
nous, soldats, nous le savons. Nous savons aussi que le courage
est contagieux, qu’à partir du moment où une
jeune fille se lève dans un amphi pour dire : « Non
je ne suis pas d’accord pour telle et telle raison »,
il y a un certain nombre de situations qui sont retournées.
Car les femmes sont souvent des maîtresses en courage moral.
Il est temps de finir et je voudrais finir en
vous donnant mon testament.
Malheureusement, je n’ai pas eu le temps
de l’écrire, alors je vais prendre celui de Baden-Powell…
c’est le même. Nous sommes l’un et l’autre
de vieux officiers de cavalerie et de vieux boy scouts. BiPi (comme
nous disions à « Aubazine » 1930),
BP écrit cela :
« Rappelez vous que c’est le dernier message
que vous recevrez de moi, aussi méditez-le. J’ai
eu (moi aussi) une vie heureuse et je voudrais qu’on puisse
en dire autant de chacun d’entre vous. Je crois que Dieu
nous a placés dans ce monde pour y être heureux et
pour y jouir de la vie. Vous y arriverez tout d’abord en
faisant de vous dès l’enfance des êtres sains
et forts qui pourront plus tard se rendre utiles et jouir de la
vie lorsqu’ils seront des hommes. L’étude de
la nature vous apprendra que Dieu a créé des choses
afin que vous en jouissiez. Contentez-vous de ce que vous avez
et faites-en le meilleur usage possible. Regardez le beau côté
des choses plutôt que le côté sombre mais le
véritable chemin du bonheur est de donner celui-ci aux
autres. Essayez de quitter la terre en la laissant un peu meilleure
que vous ne l’avez trouvée et quand l’heure
de la mort approchera vous pourrez mourir heureux, en pensant
que vous n’avez pas perdu votre temps et que vous avez fait
de votre mieux. Soyez toujours prêts à vivre heureux
et à mourir heureux. Soyez toujours fidèles à
votre promesse d’éclaireur même lorsque vous
aurez cessé d’être un enfant et que Dieu vous
aide à y parvenir. Amen. »
Aubazine, 14 mai 1989

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| Parution |
Maîtrises n°78
1989
page 35 à 47
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| Auteur |
Général Delaunay
ancien chef d'état major de l’armée de terre
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| Le savais–tu ? |
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Cet article fait partie des lectures conseillées
dans le cadre du programme de formation
générale des chefs et cheftaines
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