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  D’un camp scout naît
l’éducation aux valeurs civiques
     
 

Maîtrise 78 - d'un camps scout naît l'éducation aux valeurs civiques -   Introduction

Il est d’usage de présenter un orateur à son auditoire avant de lui donner la parole mais il me paraît tout à fait inutile de présenter le général Delaunay aux guides et scouts d’Europe.

Gildas Dyèvre

Mon Général, chacun sait que vous avez assumé la plus haute responsabilité à la tête de l’armée française et que vous consacrez maintenant tout votre temps, toute votre énergie et tout votre talent à la défense des valeurs chrétiennes. Nous sommes nous-mêmes profondément attachés à ces valeurs et nous essayons de les défendre à notre manière dans ce mouvement […] que sont les Guides et Scouts d’Europe.

N’ayant pas à vous présenter je vais, à l’inverse, vous présenter votre auditoire. Vous avez devant vous 1 300 garçons et filles qui ont librement choisi de prendre un service comme chefs ou cheftaines dans les unités de notre mouvement et également quelques représentants des associations sœurs d’autres pays d’Europe et du Canada. Leur moyenne d’âge est proche de vingt ans même en tenant compte des quelques personnes âgées de ma génération qui la font monter ! Ils constituent les forces vives de notre mouvement, ils assument une véritable responsabilité éducative en étant directement au contact des garçons et des filles de leurs unités. Chacun d’eux, chacune d’elles se sont engagés un jour à servir de leur mieux Dieu, l’Église, la patrie et l’Europe et c’est en se consacrant à la formation des plus jeunes qu’ils tiennent leur engagement.

Mais ils savent bien qu’on ne donne que ce que l’on possède soi-même et qu’ils doivent se former pour être à la hauteur de leur tâche. C’est pourquoi ils sont venus vous écouter et ils attendent beaucoup de vous. Je vous les livre donc sans plus les faire attendre et en vous remerciant très vivement, de leur part à tous, de nous avoir rejoints sur ce plateau lointain du Coiroux et de nous avoir consacré ce dimanche de Pentecôte.

Gildas Dyèvre

J’ai eu, merci Seigneur, un week end riche : avant hier j’étais à Fongombault chez les moines bénédictins auxquels j’étais venu parler de ce Colloque européen de l’Espérance que nous essayons de mettre sur pied. Les Scouts d’Europe y seront, s’ils le veulent bien, partie prenante. Il s’agit de poser le problème européen non pas seulement en termes de quotas laitiers et d’écartement de voies de chemins de fer mais aussi en termes de valeurs humaines, de patrimoine commun européen à base chrétienne. Donc j’étais chez les moines et j’ai eu l’honneur de leur parler à cette heure-ci avant hier.

Général Delaunay

Hier, j’étais en prison… comme visiteur. Je passe une partie de mon temps en prison et hier je suis allé dans un centre de détention à côté de Périgueux. Là, j’ai trouvé (contrairement aux moines qui ont choisi la meilleure part) des hommes qui n’ont rien, même pas la dignité humaine, qui s’ennuient, qui passent leur temps à ne rien faire, à attendre jour après jour, tout cela dans une large mesure, faute d’avoir au cœur ces valeurs dont parlait Gildas, il y a cinq minutes.

Ce soir, j’ai l’honneur de m’adresser à vous et de vous dire la responsabilité qui est la vôtre, vous qui partagez la même foi que les moines de Fongombault, vous qui êtes engagés dans une voie différente mais qui avez une mission d’éducation vis-à-vis des jeunes de ce temps, dont vous savez bien que beaucoup d’entre eux ont perdu leurs racines et leurs repères. Vous avez vis-à-vis des jeunes que vous encadrez, et vis- à-vis du monde qui vous entoure, une responsabilité énorme qui implique que vous vous formiez pour être à la mesure de votre responsabilité.

En ce qui me concerne, je suis heureux d’être ici car je me sens l’un des vôtres. C’est d’ailleurs ce que m’a dit un de mes chefs, il y a une quinzaine d’années sur un ton sarcastique. Il est d’usage pour les officiers de passer au « confessionnal » tous les ans. On leur lit leurs notes ; on comparait, avec un état d’esprit variable suivant sa personnalité, devant le chef qui vous dit : « C’est gagné, c’est perdu, c’est entre les deux… ». Moi, on m’a dit après avoir lu mes notes : « Finalement, vous êtes un vieux boy scout ». Et mon cœur a bondi de joie dans ma poitrine car c’était, à mes yeux, un compliment énorme, même si ce n’était pas, dans la bouche de mon chef, un compliment. L’homme en question était un intellectuel de haut niveau et nous n’étions pas exactement sur la même longueur d’ondes. Je l’ai pris comme un compliment merveilleux car le scoutisme c’est pour moi la jeunesse, la joie de vivre, la découverte de la nature, la découverte de l’aventure, le service des autres, l’apprentissage progressif de la responsabilité et de l’autorité et l’approfondissement de sa foi chrétienne. Bref je reste un vieux boy scout. Merci Seigneur, merci Baden-Powell, Baden-Powell auquel je veux ce soir rendre hommage car je me sens beaucoup de points communs avec lui.

Je dois être, ici, avec Michel Menu, l’un des derniers à l’avoir vu en chair et en os ; je n’étais pas bien vieux, dans un rassemblement du type Aubazine multiplié par 15, 30 ou 40, où des quantités de guides et de scouts de tous les pays du monde venaient pour se rassembler au cours de ces cérémonies qui s’appelaient autrefois des jamborees. Et je me souviens encore de ce vieux Monsieur de 75 ans, véritable prophète qui, dès 1908, avait inventé ce scoutisme qui devait marquer tant de jeunes, garçons et filles. Je me sens beaucoup d’affinités avec lui parce que, comme moi, il a été formé par l’armée et par la guerre. En rentrant en Angleterre, la campagne des Boers finie, il a écrit un traité sur  « De la nécessité pour les soldats de devenir des éclaireurs ». C’est à dire des gens qui apprennent à se débrouiller, qui apprennent à dominer la nature, à surpasser leur fatigue physique et à garder leur esprit en éveil en toutes circonstances. Ce traité destiné à l’armée a eu tellement de succès auprès des mouvements de jeunesse (ou auprès de ceux qui songeaient à faire des mouvements de jeunesse) qu’on lui a demandé de l’adapter : ce qui a donné « Scouting for boys » qui a été à la base du départ des scouts. Ce Baden-Powell était un prophète. J’ai coutume de dire que ce j’avais appris d’important dans ma vie c’est aux scouts que je l’avais appris et c’est probablement votre cas aussi.

Cela dit, je suis venu vous parler du civisme, du patriotisme et du scoutisme. Comment faire passer le civisme et le patriotisme à travers les activités scoutes ? Je commencerai par parler du civisme puis du patriotisme puis de la crise qui les affecte en France en ce moment, enfin de la façon dont, à travers vos activités scoutes, vous pouvez, vous devez, faire passer ces valeurs. Je conclurai sur le thème général des valeurs. J’ai en effet fondé l’association « France Valeurs ». Elle a pour but de contribuer à réveiller dans ce pays un certain nombre des valeurs qui (comme ces piquets soutiennent ce chapiteau) soutiennent notre société et qu’il est temps de réveiller. C’est sur ce thème là que je vais finir en dépassant votre responsabilité de chefs scouts, en parlant de votre responsabilité de jeunes hommes et jeunes femmes dans ce pays.

Maîtrise 78 - d'un camps scout naît l'éducation aux valeurs civiques -   Les quatre niveaux du civisme

Le civisme, qu’est-ce que c’est ? Ceux qui font du latin savent que civis, citoyen, c’est l’homme de la cité ; le civisme, c’est tout ce qui concerne le citoyen, son dévouement envers la collectivité. C’est le sens qu’un homme a de ses responsabilités et de ses devoirs de citoyen. L’homme civilisé diffère de l’état primitif par cette conscience là.

Pour parler plus simplement, je définirai le civisme à quatre niveaux en caricaturant chacun par une image :

  •  premier niveau : les clous,
  •  deuxième niveau : les papiers gras,
  •  troisième niveau : le bulletin,
  •  quatrième niveau : l’écharpe.
  • « Les clous » : c’est la traversée des enfants dans les clous. Il faut apprendre au gamin, dès qu’il a trois ans, à passer dans les clous, à traverser la rue au vert et pas au rouge, à attendre son tour pour aller à la cantine, bref, à acquérir un certain nombre de réflexes qui font que sa liberté ne gêne pas celle de son voisin de droite ni celle de son voisin de gauche. Le niveau de la traversée dans les clous est le niveau élémentaire ; ce civisme là n’est pas inné, vous le savez aussi bien que moi, les fils d’hommes sont capricieux et ils ont envie de traverser ailleurs que dans les clous ; ils ont envie de passer au rouge, au risque de se faire écraser ; il faut leur apprendre un certain nombre de réflexes élémentaires de « petit civisme ».
  • Deuxième niveau : celui des « papiers gras ». Cette vilaine image veut expliciter celle du bien commun. Il faut enseigner aux enfants qu’ils sont responsables d’un bien commun, qu’ils sont propriétaires d’une partie de bien commun et que ce bien commun, il faut le respecter et il faut le soigner, il faut le favoriser, il faut l’embellir. Il faut mettre les papiers de bonbons dans la poubelle et, le cas échéant, y mettre aussi les papiers qu’un pollueur aura mis par terre. Ce réflexe-là non plus n’est pas inné. Vous savez bien que le bien commun, les enfants ont tendance à se l’approprier ou à essayer de se l’approprier, à casser les branches, à mettre les pieds sur les banquettes et à salir ce qui est propre.
  • Troisième niveau du civisme est ce que j’ai appelé « le bulletin ». Le bulletin de vote, c’est une façon d’assumer des responsabilités dans le cadre du bien commun en question. Les deux niveaux précédents étaient des niveaux de consommateur. Là, au contraire, il s’agit de petites responsabilités : voter, payer ses impôts, faire son service militaire, respecter le code de la route, etc. Ce sont déjà des notions importantes.
  • Quatrième niveau : suivant ses dons, c’est l’acceptation de responsabilités plus élevées dans le pays, dans la ville. C’est pour cela que j’ai parlé tout à l’heure du niveau de « l’écharpe » : celle du conseiller municipal, celle du maire, celle du conseiller général, celle, le cas échéant, de ministre ou député ou président de la République. Ce sont des responsabilités civiques qu’il faut prendre si l’on a les qualités pour les assumer.

Voilà donc les quatre niveaux du civisme et il vous appartient de préparer progressivement les jeunes dont vous avez la charge à ces quatre niveaux-là : si possible au quatrième qui est le plus important.

Maîtrise 78 - d'un camps scout naît l'éducation aux valeurs civiques -   Le patriotisme : une notion d’amour

Mais ces notions de civisme, de dévouement à la cité, au pays, au bien commun etc. c’est un peu sec s’il ne s’y mêle pas une connotation affective, un peu d’amour. C’est ici qu’intervient la notion de patriotisme qui introduit la notion affective, la notion d’amour.

Le patriotisme, cela vient du mot « père ». La patrie c’est la terre des pères. Le patriotisme, c’est tout bêtement l’amour de la patrie, c’est la reconnaissance d’un patrimoine, d’un héritage commun. Le patriotisme c’est à la fois la reconnaissance d’un patrimoine qui nous vient de nos anciens, la volonté de le faire passer à nos successeurs, à ceux qui vivront après nous et enfin la reconnaissance d’une fraternité entre les détenteurs du même patrimoine, les gens qui vivent dans le même pays que nous.

Deux hommes, parmi bien d’autres, ont admirablement parlé de la patrie : Péguy et puis un berbère qui a écrit parmi les plus jolies choses qui soient sur la patrie ( « Le testament d’un berbère » ). « La patrie, dit Péguy, c’est cette quantité de terre où l’on parle une langue, où règnent des mœurs, un esprit, une âme, une culture. Elle est cette portion de terre où une âme peut respirer et où un peuple ne meurt pas ».

  • Le patriotisme, c’est la reconnaissance d’un patrimoine, d’un héritage commun. Vous et moi nous avons en commun cette terre qui a été défrichée par le travail de millions d’hommes qui se sont succédés, qui ont travaillé durement à tracer les routes, à abattre les forêts et à élever les cathédrales, à creuser les canaux, à bâtir toute la richesse matérielle de ce pays au fil des âges. Mesurez en jours de travail tout ce que cela a coûté, depuis des années et des années, des siècles et des siècles.
  • C’est aussi le pays où l’on parle français. Mesurez la richesse culturelle de ce pays, tout ce que les hommes y ont fait de bien, dans le domaine de la poésie, de l’architecture, de la peinture et je passe sur beaucoup d’autres arts qui sont aussi nobles que ceux-là. Ce patrimoine culturel qui tourne autour de la langue et de la littérature nous est commun. Il est magnifique, il mérite d’être connu, aimé, respecté, embelli.
  • Enfin et surtout la patrie, c’est un héritage spirituel, ce que nous avons appris de nos anciens comme art de vivre et comme traditions et notamment la tradition chrétienne.

Le patriotisme, c’est la connaissance de tout cela. C’est l’amour de tout cela. On ne peut apprendre ces choses que dans un climat d’amour. On apprend la patrie (je le dis notamment aux femmes et aux jeunes filles qui sont ici) sur les genoux de sa maman. En enseignant des mots tout simples, en couvrant l’enfant de baisers, on lui apprend l’amour de la patrie. On ne découvre pas la patrie exclusivement dans des cours de patriotisme à l’école et encore moins au service militaire ; tout cela est à apprendre aux enfants à trois ans, à deux ans et peut-être même avant.

C’est la reconnaissance d’un lien entre ceux qui nous ont précédés et nous. Quant à vos jeunes, ne manquez jamais une occasion de leur faire penser à ceux qui les ont précédés et à qui ils sont redevables de tout ce qu’ils vivent : c’est une dimension du patriotisme. Ne manquez jamais de leur faire prendre conscience de la collectivité nationale s’ils sont basques ou bretons, ou originaires de Brive. Expliquez-leur que la collectivité nationale c’est aussi le nord de la France ou la Lorraine ou les Pays de Loire. Dites leur aussi leur responsabilité de transmettre après eux ces biens matériels et immatériels et notamment cet amour dont ils ont hérité.

Le patriotisme a une dimension d’abord nationale : nous parlons français, nous mangeons du bœuf et des frites et non pas du riz avec des baguettes. Nous avons une certaine façon de penser, de nous comporter, de rire, de nous amuser, etc. Cela s’appelle la culture française. Mais il existe un grand nombre de choses au delà des frontières que nous partageons avec nos voisins européens. Je pensais tout à l’heure aux traditions alimentaires chinoises ou africaines. Ces traditions alimentaires nous les partageons avec beaucoup de nos pays voisins. Surtout nous avons en commun un patrimoine spirituel, un patrimoine culturel qui est né en particulier de notre souche commune chrétienne : de la Sicile à la Norvège, du Portugal à l’Ukraine, nous avons tous été préparés par la chrétienté ; malgré la Réforme qui nous a coupés malheureusement en deux, catholiques et protestants (en trois même avec les orthodoxes), nous avons en commun un patrimoine historique et culturel qui est à base chrétienne. C’est ce patrimoine là que je voudrais développer ou évoquer à l’occasion du Colloque européen de l’Espérance.

Maîtrise 78 - d'un camps scout naît l'éducation aux valeurs civiques -   Des valeurs en crise

Civisme et patriotisme ce sont des notions qui sont aujourd’hui, hélas, en crise. Un excellent document est sorti il y a trois ans ; il a été écrit à l’occasion des États généraux du civisme : c’est le rapport du médiateur au président de la République.

Ce rapport est sans complaisance sur la crise actuelle du civisme. Il révèle que l’on n’a pas parlé de ces choses pendant des années, que l’étude de l’histoire a été insuffisante, qu’un certain nombre de faits sont intervenus pour casser les repères des gens et qu’il en est résulté un oubli des valeurs, une agressivité latente, de la violence, de la lâcheté, la montée de l’égoïsme, et du laxisme (notamment de la part des parents), l’état d’esprit d’assisté, l’esprit de jouissance. C’est le médiateur de la République qui le dit. Il attribue tout cela à un grand nombre de facteurs tels que l’exode rural qui a cassé une partie des structures qui étaient celles de notre vieille paysannerie. L’urbanisation, née de façon sauvage, a cassé l’environnement. Dans le même temps, on a contesté l’autorité et puis la politique est passée par là avec un affrontement gauche-droite, en bons et méchants, une coupure entre les générations en résulte avec une incompréhension entre la génération du rock et la génération de la Libération, aggravée par des disparités socio-économiques. Deux raisons de toute cette crise des valeurs : l’augmentation phénoménale du niveau de vie et la montée du matérialisme d’une part et l’explosion médiatique qui a amplifié cette crise-là d’autre part. Le résultat est tout ce que nous déplorons autour de nous.

Cependant il y a des raisons d’espérer et une des premières c’est la loi du pendule. Un excès de désordre amène un retour de l’ordre. Nous y assistons aux États-Unis et nous commençons à le vérifier en France. Le décalage entre les raisons de vivre et les moyens de vivre commence à sauter aux yeux d’un certain nombre de personnes qui se disent : « Mais ce n’est pas possible de continuer comme ça, on va fabriquer des hommes à partir d’embryons dans une éprouvette ; on va pouvoir agir sur les hommes en question en leur rajoutant deux gouttes d’intelligence, un goutte de biceps, suivant les personnes que l’on veut créer ». On arrive littéralement au « Meilleur des Mondes » d’Huxley tel qu’il avait été écrit sous une forme qui se voulait caricaturale, il y a 50 ans. Beaucoup de gens commencent à s’interroger en France parmi les savants, les chercheurs et les hommes politiques sur la nécessité de revenir aux valeurs.

Deuxième motif d’espérer : la lumière qui vient de l’Est. En Russie, en Pologne, en Roumanie, dans tous ces pays qui sont sous le joug depuis 45 ans, un renouveau spirituel qui est très encourageant pour nos pays se manifeste. Nous constatons qu’en Pologne, dans les pays baltes et même en Afghanistan ou dans les pays musulmans, voire en Chine, c’est le retour au spirituel qui constitue la vraie forme de libération. Tout cela contribue à faire réfléchir sur la nécessité de revenir à un certain nombre de valeurs, de se demander pourquoi on vit. Vous êtes invités à participer à cette action en travaillant à revaloriser notamment la valeur civisme et la valeur patriotisme.

Maîtrise 78 - d'un camps scout naît l'éducation aux valeurs civiques -   Votre voie : la vie scoute

Comment y arriver alors que le contexte que j’ai défini tout à l’heure apparaît fâcheux ? Je crois que vous, Scouts d’Europe, vous avez une voie toute tracée pour ré-ensemencer ces valeurs de civisme et patriotisme : celle de suivre votre loi, d’être fidèles à votre pédagogie, de suivre le déroulement normal de votre vie scoute. C’est dans cet univers là que tout naturellement se situe votre action. La première dont je veuille parier, c’est votre action vis à vis des jeunes dont vous avez la charge. Je parlerai tout à l’heure de votre action à l’intérieur du pays.

Exploitez tout bonnement votre loi, les principes qui vous sont proposés et la pédagogie de votre mouvement. C’est votre voie pour que les jeunes de votre troupe soient valorisés sur le plan de l’essentiel, du « Pourquoi l’on vit ? » Soyez de bons chefs de troupe, c’est le premier conseil que je puisse vous donner.

Il y a quand même deux ou trois idées que je veux vous suggérer au passage en ce qui concerne la volonté qui doit être la vôtre, à travers les sorties et les camps, de faire réfléchir les jeunes sur cette patrie, sur cette terre qu’ils habitent et qu’ils ont perdu l’habitude de regarder.

Votre première responsabilité doit être, selon moi, de leur apprendre à regarder et de leur apprendre à s’émerveiller. En sillonnant hier cette région, j’étais dans l’admiration devant la beauté des paysages. Chaque tournant de route était une scène nouvelle qui me mettait dans la joie. Il vous appartient de faire découvrir cette joie là aux jeunes dont vous avez la charge et qui n’ont pas l’habitude de regarder avec leur cœur. Arrêtez-vous cinq minutes et faites-leur découvrir comme c’est beau. De même ayez à cœur, à tout moment quand vous en avez l’occasion, de leur faire redécouvrir leurs racines. Ayez à cœur quand vous passez à côté d’une église romane, de passer cinq minutes à leur expliquer ce qu’est l’art roman et de leur faire découvrir ce qu’il y a de beau dans cette église romane ; si vous passez à côté d’un canal, essayez de leur expliquer comment ce canal a été creusé, pourquoi on l’a creusé, quel est l’intérêt économique et politique de ce canal, etc. Bref, apprenez-leur à regarder leur pays, à regarder ce que les anciens ont fait dans ce pays, apprenez-leur à regarder ce qui est beau dans ce pays. Et puis les monuments sont faits pour être regardés. Il y a dans ce pays des stèles aux maquisards de 1944 : hier je faisais mon footing dans la campagne, je me suis arrêté devant une stèle, j’y suis resté deux minutes : ce sont des choses que vous pouvez faire. Ce sera l’occasion de raconter un petit peu de l’histoire de France à des jeunes de 12 - 13 ans qui ne savent même pas qu’ici il y a eu une occupation et une libération.

Je viens de donner des exemples banals et on pourrait les multiplier à l’infini. C’est ainsi qu’à travers vos activités normales d’unités scoutes vous pourrez faire passer la valeur patriotique. La valeur civique, je n’y reviens pas. La vie même de ce camp nous montre qu’à travers les petits gestes élémentaires, les annonces concernant la vaisselle ou tel déplacement qu’il faut ordonner, les responsabilités qui sont exercées, on s’aperçoit que d’un camp scout naît l’éducation toute naturelle aux valeurs civiques. Cela dit je ne suis pas sûr que, vous les chefs, vous ayez assez le sens qu’il faut de l’éducation au patriotisme c’est à dire l’amour de la terre des pères. Or les jeunes dont vous avez la charge seront de meilleurs citoyens ils ont dans le cœur l’amour de la terre des pères.

À travers la pédagogie scoute, vous apprenez un grand nombre de choses et notamment l’éducation à la vie en société à travers la vie de patrouille si importante et vous abordez l’apprentissage progressif et de la responsabilité et de l’autorité.

Le « cul de pat’ » qui nettoie la bonamau a déjà une petite responsabilité car si la marmite prend au fond, le riz qu’on y fera cuire sentira mauvais. C’est une responsabilité élémentaire mais le « cul de pat’ » en question finira par être second, puis chef de patrouille, chef de troupe, etc., il montera progressivement. Sa responsabilité augmentera d’année en année et c’est ainsi qu’il prendra conscience de sa responsabilité dans la cité. Il considérera tout naturel d’être, vingt ans après, maire de son pays ou conseiller général comme il y en a plusieurs ici que je salue avec respect. Peut être au niveau du mouvement il y a des pistes supplémentaires à creuser en ce qui concerne les badges ou les brevets, en créant peut être des brevets spécifiquement préparatoires au civisme et au patriotisme. Cela dit je ne veux pas marcher sur vos plates bandes et je m’arrête instantanément.

De même à l’intérieur des camps ou des réunions de week-ends ou de dimanche pourrait-on de temps en temps, par des jeux de rôle éducatifs par exemple, commenter tel événement de nature à améliorer l’amour de la patrie et le dévouement au civisme. Voilà les choses élémentaires que je voulais dire concernant la façon de faire passer le civisme et le patriotisme à travers la pédagogie scoute.

Deux ou trois conseils encore pendant que j’y suis : faites cela à dose homéopathique, c’est à dire ne consacrez pas des journées entières au civisme et au patriotisme : cinq minutes au lever des couleurs valent à mon avis mieux qu’une heure de laïus. À dose homéopathique, cela veut dire qu’il faut y revenir souvent : l’homéopathie ne marche que si l’on entretient la dose de temps en temps. Donc pas de laïus d’une heure mais un rappel tous les jours.

À dose homéopathique, certes, mais souvent et dans la joie. Les choses dont nous parlons sont des choses sérieuses. L’apprentissage des valeurs d’une façon générale, est une chose sérieuse. Dans le contexte et l’environnement actuels, elle passe difficilement auprès des jeunes qui sont habitués à être passifs, à regarder la télé et à se faire présenter des anti-valeurs qui, très faciles à avaler, passent comme du miel. Par opposition, nos valeurs à nous sont des valeurs de rigueur qui impliquent la maîtrise de soi et l’engagement : il faut les faire avaler dans la joie. Je disais tout à l’heure que l’amour de la patrie s’apprend aux petits enfants avec des baisers ; de la même façon, dans vos unités c’est dans une ambiance de joie qu’il faut faire passer toutes ces valeurs civiques et patriotiques, de façon qu’elles ne suscitent pas une certaine répulsion.

Ensuite vous le savez bien, il faut apprendre des choses mais il faut surtout le « apprendre à apprendre », apprendre à juger. Tout ce que vous pourrez faire pour former le jugement des jeunes qui vous seront confiés plutôt que de leur entonner des connaissances, ce sera bien. Essayez de toutes les façons de leur faire découvrir par eux mêmes ce qui est vrai, ce qui est beau et ce qui est bien. Et seuls le vrai, le beau et le bien méritent d’être vécus.

Maîtrise 78 - d'un camps scout naît l'éducation aux valeurs civiques -   Les quatre pieds du cheval autorité

Encore un conseil. Beaucoup d’entre vous m’ont déjà entendu sur ce thème-là mais je ne peux pas résister au plaisir de ressortir mon « dada », c’est le cas de le dire. Je suis, comme Baden-Powell, officier de cavalerie. J’ai passé une partie de ma vie à cheval. Je crois que l’autorité c’est comme un cheval, ça repose sur quatre pieds. Les quatre pieds s’appellent la compétence, la rigueur, l’amour et l’exemple. Cette définition de l’autorité est vraie pour les parents, pour les officiers et pour les chefs d’unités scoutes.

  • La compétence est essentielle. La bonne volonté ne suffit dans aucun métier et notamment quand on a la responsabilité d’être chef d’unité. Il faut être compétent d’où la nécessité de ces sessions de formation, d’acquérir de la compétence j’allais dire professionnelle, en matière de sécurité du camp, de pédagogie, de cuisine, d’intendance, d’organisation, d’orientation, etc. Il y a, pour exercer votre responsabilité, une compétence quasi professionnelle qui est essentielle. Et c’est encore plus vrai dans le domaine religieux. Vous êtes responsables non seulement de corps et d’esprits, mais vous avez charge d’âmes. Or aujourd’hui, la ferveur et la piété sont courantes dans nos milieux, mais la foi repose insuffisamment sur des bases doctrinales solides. Pour avoir vécu et rencontré beaucoup de situations dans ma vie je vous dis donc ceci : ayez une compétence forte dans le domaine de l’intendance, de l’orientation, de l’organisation, de jeux, de camps, etc.

    Ayez plus encore une grande compétence en matière de foi religieuse, de façon à être capables de répondre aux garçons et aux filles qui vous interrogeront sur l’essentiel. Beaucoup de jeunes d’aujourd’hui sont mal catéchisés. Au sein des Équipes Notre-Dame où j’exerce moi aussi une responsabilité, il arrive qu’on soit obligé d’apprendre à des jeunes ménages des choses absolument élémentaires. À vous aussi il appartient de connaître votre religion, d’avoir une culture religieuse, de façon à pouvoir non seulement communiquer votre ferveur et votre foi, ce qui est bien, mais aussi vos connaissances sur l’essentiel, ce qui nous fait vivre. Voilà pour la compétence.

  • J’aborde le chapitre délicat de l’exigence. Il ne s’agit pas de transformer les Scouts d’Europe en Légion étrangère mais il s’agit d’y faire respecter des lois et des règles, d’y faire respecter l’ordre et ce pour le plus grand bien des jeunes. La dimension « amour » de l’autorité est inséparable de la dimension « exigence ». Or je constate, pour avoir rencontré beaucoup de jeunes gens dans ma vie et avoir reçu des confidences de beaucoup, que, pour la plupart, ils ont été très aimés par leurs parents et que, pour un certain nombre d’entre eux, ils regrettent que leurs parents n’aient pas été plus exigeants, ne les aient pas préparés davantage à la vie de façon ferme. L’autorité exige de l’amour et je suis sûr que vous n’en manquez pas : on ne peut pas commander une unité sans s’attacher aux personnes, aux jeunes qu’on a en charge. Mais vis à vis de ceux-là, il faut aussi faire preuve d’exigence. L’exigence est une des dimensions de l’autorité qui manque le plus en ces temps-ci, qu’il s’agisse des familles ou qu’il s’agisse de l’école. Donc que votre « cheval autorité » ne boite pas du pied exigence. (C’est, vu de ma fenêtre, le pied sur lequel il boite le plus souvent).
  • Amour, je n’insiste pas. Je répète qu’on ne fait pas les choses sans amour et qu’on ne dirige pas des personnes sans amour.
  • Je finis par le quatrième pied : l’exemple. Il est inconcevable qu’un chef d’unité parle de patriotisme et de civisme et laisse entendre le soir auprès du feu qu’il conduit à 130 km/h sur les routes à 90 km/h, qu’il passe au rouge parce qu’il est pressé, qu’il ne paye pas ses impôts, qu’il fait sauter ses « contredanses », qu’il ne va pas voter et qu’il fera tout ce qu’il peut pour se faire pistonner afin de ne pas faire son service militaire. L’exemple est une des qualités essentielles du chef y compris du chef de troupe. Patton, un autre général de cavalerie, disait : « Les hommes (et les femmes aussi probablement…) sont comme des "macaronis” cuits… il faut les tirer et non pas les pousser. » Mais le vous le savez bien et vous appliquez souvent cette théorie. La devise des officiers américains est : « Follow me » (Suivez moi). Vous savez bien que le chef de patrouille, le chef d’équipe, le chef de troupe a souvent à dire à ses gars ou à ses filles : « Follow me ».

En résumé, pour la transmission des valeurs, mettez donc en jeu votre autorité sur les quatre pieds : compétence, exigence, amour et exemple.

Maîtrise 78 - d'un camps scout naît l'éducation aux valeurs civiques -   S’adresser aux trois dimensions

Encore un conseil. Un homme est quelqu’un de très complexe : corps, esprit et âme. On ne fait passer les valeurs qu’en s’adressant à la fois au corps, à l’esprit et à l’âme. Je vous conseille donc de vous adresser à la fois aux trois dimensions de l’Homme avec un grand H dont vous êtes responsables, garçon ou fille.

  • Il faut donner, pour faire passer les valeurs, un certain nombre de réflexes corporels. Aux couleurs, on reste immobile, même quand on a huit ans. C’est une première façon de respecter le drapeau, cette chose qui monte et dont on ne sait pas bien ce qu’elle signifie mais dont on a appris à tout enfant le respect. Il y a une dimension corporelle de l’éducation aux valeurs et nous le savons bien nous qui, pour la prière, éprouvons le besoin de prendre un certain nombre d’attitudes qui sont favorables à la prière.
  • Adressez vous donc au corps mais adressez vous à l’esprit, à l’intelligence. Il ne suffit plus en 1989 de donner des ordres. Bien souvent, il faut expliquer quand on en a le temps, cela passe mieux. Soyez des chefs qui expliquent. En même temps que vous dites à un tel : « Fais-ça », vous lui dites pourquoi il faut le faire.
  • Et puis globalisez en vous adressant très souvent à son âme. Dans le monde qui nous entoure on ne fait pas assez souvent appel à la dimension spirituelle de l’homme d’où un grand nombre des maux qui nous accablent. Les jeunes ont besoin de merveilleux, ils ont besoin de spirituel. Même des valeurs aussi humaines que le civisme et le patriotisme sont à expliquer avec la connotation spirituelle. Un beau paysage, un haut lieu font automatiquement prier, élèvent automatiquement l’âme. Sans doute que des personnes se sont ingéniées, au cours de mon adolescence, à « mettre mon âme dans le coup », à montrer que Dieu était présent dans tout ce qui nous entoure. Je suis, l’été, guide de montagne pour mes petits enfants et leurs copains. C’est une occasion de globaliser, de nous adresser au corps (et Dieu sait que la grimpette est quelquefois raide) mais c’est en même temps l’occasion d’expliquer des tas de choses, sur la nature et sur la création et de nous adresser en même temps à l’âme. J’ai l’habitude d’expliquer aux jeunes qui m’entourent ce que nous avons autour de nous. J’ai l’habitude (pas pendant des heures mais pendant deux minutes) de passer insensiblement la cinquième vitesse, la vitesse spirituelle de façon à les faire rendre grâce à l’arrivée ou devant tel et tel spectacle. Il me semble que c’est le B.A BA de la formation. Vous savez tout cela mais je me permets de vous le redire.

Maîtrise 78 - d'un camps scout naît l'éducation aux valeurs civiques -   Votre rôle à l’extérieur

Voilà, me semble-t-il, comment vous pouvez faire passer les valeurs à travers votre activité scoute, à travers vos unités, au local, dans les bois ou au camp à doses homéopathiques, dans la joie, en formant l’esprit critique de vos jeunes, en mettant votre autorité sur quatre pieds et en globalisant encore l’éducation corps, esprit et âme. Mais vous avez un rôle important aussi à jouer à l’extérieur, dans votre famille, dans votre école, dans votre université, dans votre métier si vous êtes déjà engagés dans la vie. Et c’est là dessus que je voudrais terminer.

Je parlais tout à l’heure du décalage monstrueux de ce temps entre les raisons et les moyens de vivre : le Concorde qui va à Mach 2, le minitel, la télévision, le distributeur automatique d’argent. Les moyens de vivre (au moins dans nos pays riches) sont extraordinaires et les raisons de vivre sont, pour la plupart des gens, bien minces. Je le constate en prison chaque semaine mais c’est vrai aussi dans les meilleures écoles françaises où le niveau des études est très élevé. Ces notions de valeurs humaines fondamentales qui s’appellent le respect de la vie, qui s’appellent le respect de la personne humaine même s’il s’agit d’un « taulard », le respect de la famille fondée sur le mariage, le respect d’une dimension affective de l’amour qui n’est pas uniquement le contact de deux épidermes, les droits de l’homme oui mais aussi ses devoirs, la liberté de l’homme mais aussi sa responsabilité et puis ce fameux patrimoine dont nous parlions tout à l’heure, matériel, historique, culturel et spirituel, tout cela représente les valeurs qui nous font vivre.

M’adressant aux étudiants sur ce problème, je n’ai pas soulevé un enthousiasme délirant. Les réponses qui m’ont été faites étaient du type : « Ça sert à quoi ? » « Ça pèse combien dans la vie quotidienne pour nous qui sommes habitués à vendre notre camelote ? Est ce que cela nous fera vendre notre camelote davantage ? », Ces jeunes gens ont l’impression d’être les meilleurs de leur génération. Ils ne le sont que pour un coin de leur cerveau. Il leur manque de remplir un autre coin de leur cerveau avec « ce qui fait vivre », Ces gens-là qui auront bientôt de hautes responsabilités professionnelles, il importe qu’ils sachent autant pourquoi on vit que la façon d’améliorer le marketing de telle ou telle entreprise.

Si dans les classes instruites de notre pays, ces valeurs passent inaperçues de la part d’un certain nombre de gens, que dire de ce milieu de prisonniers que je fréquente souvent ? Les gens tuent, violent, volent, escroquent parce qu’ils n’ont strictement plus aucune référence morale et éthique, sans parler des références chrétiennes, des références élémentaires consistant à respecter une femme parce qu’elle est femme, à respecter un vieillard parce qu’il est vieillard etc. Cela ne les effleure plus : une femme c’est la porteuse d’un sac qu’il s’agit de voler, le vieillard c’est le porteur d’une retraite qu’il vient de retirer à la poste et qu’il s’agit de lui subtiliser, c’est moins fatigant que de gagner sa vie.

Voilà les drames nés de l’absence de valeurs, de l’absence de références, voilà ce qui nous entoure. Mais nous sommes là nous, un certain nombre, qui sommes habités par un certain nombre de certitudes, qui sommes habités par la présence du Seigneur qui a réveillé en nous le respect des valeurs dont j’ai parlé tout à l’heure. Nous savons bien que nous sommes une minorité dans ce temps mais une minorité active et ce sont les minorités actives qui mènent le monde. Votre rôle ne s’arrête pas à la porte de votre local ou à la porte de votre troupe il est dans votre vie quotidienne, dans votre famille, auprès de vos frères et sœurs qui ont oublié toutes ces notions élémentaires, auprès des copains de faculté ou de travail, auprès des gens que vous pouvez rencontrer à un titre ou à un autre.

Vous avez aujourd’hui me semble-t-il (non il ne me semble pas j’en suis sûr), vous avez, parce que vous avez reçu davantage, parce que vous êtes habités par l’Esprit et que vous l’êtes encore plus ce soir, jour de la Pentecôte, vous avez un devoir fondamental qui est celui de rayonner toutes ces valeurs-là. Personne ne le fera pour vous. Cela suppose pour que vous remplissiez bien ce rôle-là, un certain nombre de conditions réunies.

Maîtrise 78 - d'un camps scout naît l'éducation aux valeurs civiques -   Les quatre « C » de notre efficacité

Ce sont les mêmes conditions que celles qui fondent l’efficacité des armées. Une armée est efficace quand les officiers et les soldats sont compétents chacun dans son genre, quand il y a de la cohésion dans la troupe, quand les officiers et les soldats sont convaincus de ce qu’ils ont à faire et quand tous sont animés par du courage.

  • Ce sont les termes d’une action que vous avez à mener, une action fondée sur la compétence. Je parlais tout à l’heure de la compétence dans votre métier de chef de troupe mais je parle aussi de la compétence dans le domaine de ces valeurs essentielles dont je parlais : cela suppose que vous ayez de la culture, une culture philosophique. Vous ne pouvez pas exercer un rôle et rayonner dans ce pays si vous n’avez pas un brin de philosophie sous votre béret. Il faut que vous soyez compétents dans ce domaine aussi, compétents sur le fond, compétents aussi sur la forme. Il faut que nous, Scouts d’Europe, nous sachions comment faire passer notre idéal. Jamais la façon de dire les choses n’a été aussi importante. On a engagé aux Scouts d’Europe une jeune fille spécialiste dans la façon de dire les choses et de les faire passer, j’espère qu’elle réussira à traduire notre idéal en termes de « savoir faire », de slogans, de mots d’ordre, de façon que notre message passe.
  • La cohésion est aussi un de mes « dadas ». Ce pays a bien du mal de ses divisions : tout ce que vous pourrez faire pour vous unir les uns les autres, pour nous rassembler les uns les autres, pour, à l’intérieur d’une ville ou d’un diocèse, rencontrer les autres et faire des bouts de chemin ensemble, ce sera bien. Ce pays souffre de la mentalité de tribus gauloises. Gaulois que vous êtes et que nous sommes tous, essayons de nous rassembler dans toute la mesure du possible. Soyons dans notre petit secteur des artisans de paix et d’unité.
  • Compétence, cohésion, conviction, on ne fait quelque chose que si l’on est littéralement porté par la conviction d’avoir raison. Dans notre cas de chrétiens on n’est convaincu que si on est habité par le Seigneur ce qui implique que nous, chefs, nous ayons une vie intérieure profonde : on ne restitue dans ce domaine que ce qu’on a. J’ai exercé des responsabilités importantes à un très haut niveau (responsabilité de 350 000 hommes), je me suis aperçu que je n’y arriverais pas tout seul et cela a créé en moi une espèce de déclic qui m’a fait faire une conversion chrétienne supplémentaire (médiocre, je suis encore au bas de la pente). Il reste que le fait d’exercer une responsabilité doit nous précipiter aux pieds du Seigneur. C’est en tout cas le conseil de l’ancien que je suis, à vous les chefs et les cheftaines. Compétence, cohésion, conviction, la conviction étant fondée sur la vie intérieure, elle-même fondée sur la prière.
  • Mon dernier terme c’est : courage ! Il ne suffit pas d’avoir de la compétence, de rassembler ses troupes, et d’être habité par le Seigneur, il faut oser : oser afficher la couleur, annoncer ce qu’on est et dans la vie quotidienne, à l’université, au bureau, à l’usine, etc., dire ce que l’on a dans le cœur. Si nous tous, qui que nous soyons, vieux ou jeunes, nous avions le culot d’annoncer ce que nous avons dans le cœur, il y a un grand nombre de gens, qui pensent la même chose que nous mais qui n’osent pas le dire, qui seraient retournés. La lâcheté est contagieuse ; nous, soldats, nous le savons. Nous savons aussi que le courage est contagieux, qu’à partir du moment où une jeune fille se lève dans un amphi pour dire : « Non je ne suis pas d’accord pour telle et telle raison », il y a un certain nombre de situations qui sont retournées. Car les femmes sont souvent des maîtresses en courage moral.

Il est temps de finir et je voudrais finir en vous donnant mon testament.

Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de l’écrire, alors je vais prendre celui de Baden-Powell… c’est le même. Nous sommes l’un et l’autre de vieux officiers de cavalerie et de vieux boy scouts. BiPi (comme nous disions à « Aubazine » 1930), BP écrit cela :

« Rappelez vous que c’est le dernier message que vous recevrez de moi, aussi méditez-le. J’ai eu (moi aussi) une vie heureuse et je voudrais qu’on puisse en dire autant de chacun d’entre vous. Je crois que Dieu nous a placés dans ce monde pour y être heureux et pour y jouir de la vie. Vous y arriverez tout d’abord en faisant de vous dès l’enfance des êtres sains et forts qui pourront plus tard se rendre utiles et jouir de la vie lorsqu’ils seront des hommes. L’étude de la nature vous apprendra que Dieu a créé des choses afin que vous en jouissiez. Contentez-vous de ce que vous avez et faites-en le meilleur usage possible. Regardez le beau côté des choses plutôt que le côté sombre mais le véritable chemin du bonheur est de donner celui-ci aux autres. Essayez de quitter la terre en la laissant un peu meilleure que vous ne l’avez trouvée et quand l’heure de la mort approchera vous pourrez mourir heureux, en pensant que vous n’avez pas perdu votre temps et que vous avez fait de votre mieux. Soyez toujours prêts à vivre heureux et à mourir heureux. Soyez toujours fidèles à votre promesse d’éclaireur même lorsque vous aurez cessé d’être un enfant et que Dieu vous aide à y parvenir. Amen. »

Aubazine, 14 mai 1989

 
 Parution
 
Maîtrises n°78
1989
page 35 à 47
 

 Auteur

 
Général Delaunay
ancien chef d'état major de l’armée de terre
 


 Le savais–tu ?
   
Cet article fait partie des lectures conseillées dans le cadre du programme de formation générale des chefs et cheftaines
 

 En savoir plus
 

 
Baden-Powell
La pensée religieuse de Baden-Powell
Histoire d’un livre « Scouting for boys »
 


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