| « Des
femmes souffrent, des enfants souffrent et parfois se révoltent
d’un excès de l’engagement, surtout lorsque celui-ci
arrive à minorer les responsabilités premières
: sa propre famille. C’est là où le Malin nous
attend. C’est notre tentation. Après le brusque rappel
à l’ordre d’un directeur spirituel qui vous demande
si votre famille est heureuse et si vous n’êtes pas en
train de tomber dans un doux égoïsme tranquille et « bien
pensant », vous réalisez qu’il faut savoir
refuser de partir en retraite, même familiale, pour passer à
la place de nombreux jours à jouer aux billes avec vos enfants
et préserver votre complicité conjugale. Je suis convaincu
que Notre Seigneur nous jugera en priorité sur la joie et le
bonheur que nous aurons su donner à notre femme et à
nos enfants avant de nous juger sur la joie et le bonheur offerts
aux orphelins du bout du monde. (…) Je crois que Dieu nous a
donné des priorités. (…) » (1).
Ces propos d’Yves Meaudre, directeur général
des « Enfants du Mékong » s’appliquent
parfaitement à nous, chefs et cheftaines. Dieu nous a donné
des priorités.
Pour ceux qui sont mariés, ces priorités
sont évidemment familiales. Nous nous devons avant tout à
notre conjoint et à nos enfants. Aucun engagement ne saurait
prévaloir sur celui que nous avons pris le jour de notre
mariage. La fidélité que nous avons promise est une
démarche active, positive, constructive. Elle ne consiste
pas seulement à ne pas se tromper l’un l’autre.
« Il est des solitudes
pesantes à l’intérieur même de couples,
qui par ailleurs n’ont jamais été infidèles
l’un envers l’autre (…) Le couple s’est
donné un diplôme ou un accessit : “Nous, nous
sommes toujours restés fidèles l’un à
l’autre” ! Ce qui n’est pas juste, finalement.
Jamais infidèles, oui, certainement. Mais fidèles
positivement l’un à l’autre, c’est autre
chose… Combien (…) de fuites déguisées
dans l’action sociale, ou dans le service de l’Église.
Les époux chrétiens doivent toujours vérifier
quand ils se mettent à parcourir les mers pour gagner un
prosélyte (Mt 23, 15), si le compagnon ou la compagne
que Dieu leur a donné est bien en train de faire son salut,
car c’est la première âme dont ils auront à
rendre compte devant Dieu ». (2)
Pour les célibataires des priorités
existent aussi, qui ne sont pas leur engagement dans le scoutisme
sauf exceptions éventuelles mais rares, de toute façon.
Chaque fois que nous méconnaissons ces priorités ou
conduisons des chefs et cheftaines à les méconnaître,
nous pouvons être sûrs que nous nous trompons. Que nous
trahissons notre mission, même si apparemment nous sommes
très efficaces, même si nous réalisons des choses
belles et bonnes.
Il est impératif que nous prenions en compte
ces priorités, pour nous et pour les chefs, cheftaines, routiers,
guides-aînées dont nous avons la charge. Ces priorités
peuvent nous conduire à dire « non »,
à fixer des limites à notre action, à notre
participation à telle ou telle activité. Disons « non »
sans hésiter, sans regarder en arrière, sans regret
ni remords, quand c’est pour dire un « oui »
plus important. Les conflits de devoir n’existent pas car
Dieu ne nous veut jamais à deux endroits à la fois.
Ces priorités doivent nous conduire à
ne pas demander n’importe quel service à n’importe
qui. Car il est des demandes de service, des propositions auxquelles
il est difficile de dire non. Il faut savoir ne pas demander quand
on sent que l’intéressé risque de dire « oui »
au mépris de ces priorités… quitte à
« perdre » en apparence une cheftaine, un
chef épatants.
Ces priorités doivent nous rendre inventifs
et entreprenants pour concevoir des services de chefs et de cheftaines
vraiment compatibles avec une vie familiale équilibrée.
Méfions-nous de l’activisme et de la « réunionite ».
Bien sûr, quand on voit toute l’immense
tâche qui est à réaliser partout — et
pas seulement dans le scoutisme — quand on ouvre les yeux
sur tant d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont besoin
d’être aimés et d’entendre l’annonce
de la Bonne Nouvelle, on brûle de se dépenser partout
où c’est possible. Et il arrive que nos priorités
familiales puissent nous paraître comme des entraves et des
limites. Mais ces limites ne sont-elles pas là justement
pour nous redire que notre service, fondamentalement, n’est
pas le nôtre ? Que notre mission n’est pas la nôtre
? Nous sommes des instruments dans la main de Dieu. Nos priorités
nous invitent à la fidélité et à la
pauvreté.

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