À l’intention des jeunes chefs
et cheftaines du mouvement
L’amitié entre un garçon et une fille
est-elle bénéfique
L’amitié entre un jeune homme et une jeune
fille est-elle possible ?
Que dois-tu faire pour éviter qu’une relation
dérape ?
Quels sont les risques d’une amitié
garçon-fille ?
Quels sont les avantages à ne point privilégier
ce type de relation ?

L’amitié entre un garçon et une fille est-elle
bénéfique ?
À la demande de certains parmi vous, guides
et scouts, je vais essayer d’aborder le plus brièvement
et le plus clairement possible la délicate question des relations
filles-garçons sous l’angle particulier de l’amitié.
En effet surgissent parfois, et même souvent,
entre chefs et cheftaines, notamment dans le cadre des intermaîtrises,
des sentiments qui ne se veulent pas amoureux mais simplement amicaux,
tout au moins au départ. Peu à peu, par petites touches,
ces liens deviennent de plus en plus serrés et se transforment,
même si les intéressés ne le reconnaissent pas
toujours, ceci en toute honnêteté, en amour qui ne
s’avoue pas. Alors interviennent les drames, les jalousies,
bien des souffrances inutiles et cependant évitables si le
discernement et la prudence avaient été les maîtres
d’oeuvre à l’origine.
Alors essayons de répondre à un
certain nombre de tes interrogations, si tu te reconnais dans ce
portrait.

L’amitié entre un jeune homme et une jeune fille est-elle
possible ?
Au risque de te décevoir ou de te faire
bondir, je répondrai : non.
Car il faut s’entendre sur le contenu du
mot amitié. Il ne s’agit point de camaraderie, même
très sympathique et profonde. Il s’agit d’un
choix réciproque de deux personnes l’une par l’autre.
Cet autre devient ainsi celui sur lequel nous pouvons nous appuyer
en toute occasion, avec lequel nous pouvons tout partager et auquel
nous sommes prêt à donner le meilleur de nous-même.
Il s’agit d’un échange profond sur le plan humain
et spirituel : donner et recevoir. À cause de cela la véritable
amitié est rare : il faut en effet que chacun respecte pleinement
la liberté de l’autre sans vouloir le soumettre à
ses caprices et sans être possessif, ce qui réclame
une purification de chaque instant. Être ami réclame
un grand détachement vis-à-vis des tendances égoïstes,
de jalousie, d’envie, de toutes les passions. Il faut mériter
être appelé ami par un autre très différent
et pourtant très proche que nous reconnaissons aussi comme
ami.
La communion de l’amitié est tellement
forte qu’elle s’apparente à l’amour. Dans
ce sens, saint Jean était le disciple que Jésus aimait.
Mais il s’agit d’un amour qui reste au niveau de la
communion des esprits.
Si se glisse dans l’amitié le trouble
de l’attirance physique, alors elle ne peut plus être
appelée amitié : elle est impure. L’amitié
marche donc sur une corde raide : une pleine communion sans la dimension
charnelle. Telle est son exigence.
Aussi réfléchis honnêtemlent
: dans le cadre de liens profonds entre un jeune homme et une jeune
fille, cette attirance peut-elle être balayée d’un
revers de la main ? Certes non et heureusement, car Dieu a créé
l’homme et la femme non point pour l’amitié mais
pour l’amour conjugal et fidèle. Peux-tu dire avec
assurance que toi tu n’es pas comme les autres, que tu sais
résister et que de plus tu le (la) connais suffisamment pour
savoir que votre amitié est limpide ?
Même si tu en as l’illusion, sache
que les différences entre un homme et une femme se situent
bien plus sur le plan de la vie intérieure, psychologique
et spirituelle, que sur le plan physique qui pourtant est le seul
apparent. Si tu as un ami pour te confier et recevoir ses confidences,
il te faut percevoir par la chair et par le sang (sauf en ce qui
concerne la grâce qui est donnée au prêtre dans
son ministère de directeur de conscience) et par l’esprit
qui t’anime, le fait que l’autre, parce qu’il
est homme si tu es homme, parce qu’elle est femme si tu es
femme, éprouve des sentiments, des épreuves, des joies
identiques, réagit de façon similaire dans les mêmes
circonstances, tout ceci étant lié au sexe auquel
il appartient. Si un homme pense pouvoir être ami, ce qui
implique une relation unique et privilégiée avec une
femme, ou inversement, il ne prend pas en compte le monde qui le
sépare de cette personne, monde qui ne peut être franchi,
sans trouble et sans danger, qu’avec la grâce du sacrement
de mariage.
Tu me diras, à juste titre, que l’histoire
de l’Église nous livre de nombreux exemples d’amitiés
spirituelles entre des hommes et des femmes: saint François
d’Assise et sainte Claire, saint François de Sales
et sainte Jeanne de Chantal… Mais tu noteras que leur amitié
ne prenait pas l’autre comme fin. Il s’agissait, alors
qu’ils avaient déjà atteint dans l’ascèse,
la prière, le sacrifice, une vie de sainteté, de se
retrouver dans un même amour de Dieu. Tu noteras aussi qu’ils
surent mettre les barrières nécessaires à la
purification de leur amitié. Il ne semble pas que tu sois
prêt pour cela : l’adolescence et le jeune âge
adulte sont des époques de générosité
où tout semble pouvoir se réaliser de façon
idéale mais où également la fragilité
est grande dans le domaine affectif. Alors, ne brûle pas les
étapes.
Si tu es chef, cultive une saine et solide amitié
avec un jeune homme de ton âge. Tu y trouveras une stabilité
qui te préparera un jour à aimer, c’est-à-dire
à te donner à la femme que Dieu t’a réservée,
ou à te donner directement à Dieu. Si tu es cheftaine,
ne cherche pas à jouer le rôle de mère sous
le masque de l’amitié. Tu en sortirais blessée.
Une autre jeune fille peut devenir ta confidente, sûre et
équilibrée.

Que dois-tu faire pour éviter qu’une relation dérape
?
Parfois, tu constates que, souvent par jeu si
tu es un garçon, souvent par naïveté si tu es
une fille, tu t’es engagé dans cette fausse relation
d’amitié, un peu, malgré toi et pris au piège
de l’autre.
Le jeune homme et la jeune fille que vous êtes
se déchirent alors ou bien au contraire font tout pour nier
l’évidence : ils s’aiment mais veulent rester
sur le registre de l’amitié. Or, si tu as commencé
en ayant la prétention d’être seulement ami,
ce qui dès l’origine est absurde et faussé,
tu ne prends pas les bons moyens pour y voir clair, pour savoir
où tu en es et pour laisser l’autre respirer et reprendre
également ses esprits.
Il faut prendre le taureau par les cornes :
- Première règle : ne pas envenimer les
choses en vous écrivant, en palabrant de façon désordonnée
et romantique. Vous mettre d’accord pour respecter le silence
qui seul permettra à l’un et à l’autre
de réfléchir, de prier, de mettre de l’ordre.
- Deuxième règle : signer un contrat moral
de distance et de séparation, c’est-à-dire
ne plus vous rencontrer pour des oui et des non, mais en rester
sur le strict plan du travail scout et guide en commun au niveau
de l’intermaîtrise (ceci est valable dans les autres
circonstances).
- Troisième règle : pour savoir si cette
amitié est un amour déguisé, qui peut devenir
sérieux le moment voulu, ou bien au contraire si elle n’est
qu’une lubie d’adolescents, il ne faut pas faire de
grandes déclarations sur un coup de tête qui conduit
à des rejets brutaux ou à la survivance d’utopies.
- Quatrième règle : en parler chacun de
votre côté avec un prêtre qui seul saura être
totalement discret et qui t’aidera à voir ce que
le Seigneur attend de toi dans l’avenir. Le prêtre
ne t’aidera pas mieux parce qu’il est le père
un tel ou l’abbé un tel mais parce qu’il a
reçu cette mission et ce don de l’Esprit Saint.
Dans le même temps continue à prier
et à fréquenter les sacrements de pénitence
et de l’eucharistie afin d’être toujours davantage
purifié et accueillant à la volonté du Seigneur.

Quels sont les risques d’une amitié garçon-fille
?
Outre l’ambiguïté que je signalais
plus haut et donc l’impossibilité à comprendre
et à être vraiment compris par l’autre, le plus
gros risque est d’être soudain entraîné
par ses passions. Il faut repérer ses limites et ne pas tenter
le diable, comme on dit. Il est possible d’entretenir de franches
et cordiales relations de camaraderie sans danger. En revanche,
la relation privilégiée conduit déjà
plus loin que nous ne pouvons l’imaginer au début.
Et peu à peu, la pente s’accentue pouvant aboutir au
flirt malsain, aux relations sexuelles et au concubinage. Les cas
ne sont pas rares. La chair est faible et il ne faut point se prendre
pour un « superman » ou une « superwoman ».
En un instant, tout peut s’écrouler. Les blessures
sont alors lentes à cicatriser, même si le sacrement
de miséricorde peut faire revivre. La direction que tu désires
donner à ta vie est trop précieuse pour que tu la
brades sur un coup de folie.
Un second risque, qui n’est pas moindre,
est de s’engager pour la vie, bien malgré soi, dans
un type de relation entre garçon et fille totalement asexué.
L’un ou l’autre est alors condamné à être
jusqu’à sa vieillesse l’ami(e), le confident
ou la confidente, sans s’entendre dire un jour qu’il
est aimé d’amour et non plus seulement d’amitié.
Désires-tu, sans l’avoir choisi
ni accepté avec sérénité, devenir celui
ou celle qui a toujours été utilisé, qui a
toujours donné, qui s’est toujours engagé en
vain ?

Quels sont les avantages à ne point privilégier ce
type de
relation ?
Si tu respectes une certaine distance, qui n’est
point mépris, désintérêt ou indifférence,
tu resteras vraiment disponible pour la rencontre qui bouleversera
ta vie : celle de l’homme ou de la femme qui fondera une famille
avec toi, ou celle du Christ qui t’appellera à la vie
sacerdotale ou religieuse, à une vie consacrée. Ne
t’enchaîne pas toi-même dans des liens inextricables.
De plus, tu pourras vraiment être disponible
intérieurement. Tu vivras dans la paix et la sérénité
du coeur. Tu n’auras pas constamment ce souci en tête
et tu accepteras dans la patience ce que le Seigneur te fait découvrir
jour après jour. Les autres le sentiront et apprécieront
ta liberté, ta confiance. Ils verront que tu es libre et
non pas esclave de telle ou telle passion désordonnée.
Mettre de l’ordre dans sa vie, maintenir cet ordre, est exigeant.
Mais la récompense est grande dès cette vie.
Voilà cher fils scout, chère fille
guide, ce que je peux dire dans un premier temps. Cette réflexion
est incomplète certes et elle ne veut surtout pas t’inviter
à la culpabilité et au découragement, mais
au contraire à la vraie liberté et à la confiance.
Tu as du mérite à résister contre toutes les
sollicitations attrayantes du monde. Ne te lasse pas de le faire
et dis-toi que ton effort sera source de maturité et de croissance.
Tu ne seras un homme ou une femme qu’à ce prix.
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