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Ancien de la 1ère Troyes FSE, maire-adjoint de Troyes, député-suppléant de l’Aube.
« — Patrick, bonjour. Comment passe-t-on du scoutisme à la politique ?
–Voilà deux choses qu’il ne faut surtout pas opposer, car dans un cas comme dans l’autre, c’est un service rendu à nos frères.
Dans une patrouille ou une clairière, vivre ensemble n’est pas toujours une chose aisée. Il faut non seulement organiser la vie en commun en se donnant des règles, mais aussi veiller à ce que les plus forts n’écrasent pas les plus faibles, et parfois arbitrer des conflits. Il faut surtout avoir le souci permanent de faire progresser pas à pas l’unité dans la direction qu’elle s’est donnée, ou plutôt que le mouvement lui indique.
En politique, c’est la même chose, si ce n’est que ceci est à l’échelle d’une collectivité toute entière (commune, nation, Europe), qu’on peut appeler aussi communautés naturelles. Des règles sont nécessaires, qu’on appelle des lois (par exemple, le code du travail ou le code de la route). Les plus forts sont solidaires des plus faibles (à travers l’impôt qui frappe plus les revenus élevés, ou bien grâce à la politique sociale qui permet aux plus démunis d’avoir un minimum d’aide publique comme le RMI). Les conflits sont arbitrés grâce à la justice, sur l’indépendance absolue de laquelle on doit veiller, afin que chacun soit jugé de la même façon et sans privilèges. Et enfin, il appartient aux hommes politiques de montrer à la société humaine des chemins de progrès, qui la feront grandir (aujourd’hui, un de ces chemins consiste sans doute à redonner au mariage et à la famille la place centrale dans nos sociétés modernes). Tout ceci bien sûr dans la vérité.
— Les choses se passent-elles réellement ainsi ? On a plutôt l’impression que les hommes politiques sont avant tout à leur propre service, et que tous les moyens sont bons.
— C’est vrai, c’est une souffrance de voir que certains de ceux auxquels leurs électeurs ont fait confiance se conduisent mal. Mais il faut me croire, c’est une toute petite minorité, dont les mauvaises actions portent une ombre sur tous ceux qui se dévouent au bien commun.
Par contre, il est incontestable qu’aujourd’hui la plupart des hommes politiques sont désorientés. Voilà deux siècles qu’ils ont abandonné toute référence chrétienne dans leur action. Tous les modèles de société (marxiste, libérale,…) qu’on a essayé de créer en substitution s’avèrent des échecs graves, car ils conduisent tous à l’oppression et à l’injustice. On constate aujourd’hui que l’homme ne peut vivre heureux en société si celle-ci ne respecte pas son Créateur.
Par exemple on découvre que, depuis que la loi permet de ne plus respecter la vie (qui est le don que Dieu nous fait), les hommes se respectent de moins en moins entre eux, s’isolent et sont prêts à laisser au bord de la route les handicapés, les vieillards, les enfants. C’est dommage, car ce sont ceux-là même que Dieu met sur notre chemin pour nous faire grandir, en reconnaissant en eux le visage de son Fils.
Ceci étant dit, il n’y a pas que les chrétiens pour penser que le respect de certaines valeurs fondamentales est indispensable à la cohésion sociale. Le simple sens commun, la morale naturelle évidente (et très largement répandue) permettent déjà d’éviter beaucoup de dangers (par exemple, il n’y a pas que les chrétiens pour s’émouvoir des honteuses expériences pratiquées par quelques scientifiques sur l’embryon humain). C’est sur ces personnes « de bon sens » que les chrétiens doivent s’appuyer pour pouvoir faire avancer ensemble notre société.
— Est-ce qu’il appartient à l’Église de gouverner le monde ?
— Certainement pas. Il faut « rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », selon les paroles mêmes du Christ. Si Jésus n’a pas pris le pouvoir en Palestine, alors qu’il en avait la possibilité, c’est parce que cela n’était pas la mission que le Père lui avait confiée. Ce n’est donc sûrement pas à l’Église de prendre le pouvoir temporel sur la société civile. Toute l’histoire de la France capétienne est d’ailleurs un exemple remarquable de l’équilibre sans ingérence entre le politique et le religieux… Ensuite, à partir de la Révolution, c’est devenu plutôt conflictuel !
Par contre, le Christ n’a jamais demandé à ceux qui ont mission de gouverner d’ignorer son enseignement, y compris pour ce qui touche à la vie des hommes entre eux. Comme le rappelait sans cesse Jean-Paul II, qui sait de quoi il parlait, les hommes seraient au contraire bien inspirés de s’y référer. Cela s’appelle la Doctrine Sociale de l’Eglise. Il est regrettable qu’une expérience d’une telle richesse soit si mal connue, voire suspectée, parfois par les clercs eux-mêmes.
— Comment se passe la vie quotidienne d’un élu ?
— Comme celle de Monsieur tout-le-monde. Presque tous les élus de France sont quasiment bénévoles ; il faut donc bien qu’ils consacrent le même temps que les autres à leur activité professionnelle pour gagner leur vie (c’est seulement à partir d’un niveau élevé de responsabilités qu’on peut espérer vivre de la politique). Le temps passé à la chose publique est donc pris le plus souvent sur la vie de famille, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes…
En pratique, nous passons beaucoup de temps à rencontrer des gens de toutes sortes (administrés, autres élus, chefs d’entreprises…) en réunions diverses. C’est essentiel pour avoir une bonne connaissance des problèmes à résoudre. Pour un adjoint ou un suppléant, il faut également représenter son maire ou son député là où il est invité… car il ne peut pas être partout à la fois.
— Ceci a l’air plutôt astreignant. Quel plaisir peut-on y trouver ?
— Le même que celui qu’on éprouve comme scout à rendre service.
Mais certains éprouvent aussi une jouissance plus malsaine, qui est le goût du pouvoir et de la notoriété. Je crois que ce sont des motivations dangereuses, mais dont aucun homme politique ne peut s’estimer préservé.
La prière personnelle a pour moi un grand rôle pour maîtriser ce type de tentation. Je dis bien maîtriser, car il ne faut pas mépriser la force motrice de l’ambition, lorsqu’elle est au service de quelque chose de noble.
— La politique donne souvent l’impression d’être une foire d’empoigne. Est-ce bien nécessaire ?
— S’il existait une méthode idéale d’organisation de la société humaine, je pense qu’on l’aurait trouvée. Il n’est donc pas anormal qu’il y ait un débat d’idées sur les grandes questions (et même les petites) préalables aux choix politiques.
La forme lamentable que peut prendre parfois ce débat est plus inquiétante. Je crois qu’il y a à cela deux causes : d’une part, la médiatisation des débats publics, où certains cherchent à se faire remarquer (quitte à provoquer) plutôt qu’à convaincre, d’autre part la confusion entre le pécheur et le péché. En effet, nul ne peut prétendre détenir seul la vérité (la Vérité, c’est le Christ, et nous n’en sommes sur terre que les humbles témoins), aussi les idées des autres ne sont-elles pas automatiquement mauvaises. Et quand bien même l’opposant serait-il dans l’erreur de manière certaine, cela n’est pas une raison pour l’invectiver ou le mépriser. L’erreur du pécheur est au contraire un appel permanent à la charité fraternelle. Il nous faut apprendre à aimer le pécheur tout en haïssant le péché. Je vous accorde que c’est parfois difficile, surtout pour les caractères passionnés.
— Patrick, que recommanderais-tu à un jeune que la politique ne passionnerait pas ?
Je lui dirais qu’il n’oublie jamais que le sol de France compte beaucoup plus de morts que de vivants. Et que parmi ces morts, bon nombre ont donné leur vie pour que notre pays reste libre et continue ainsi d’être un modèle pour les peuples du monde entier. Je crois qu’il s’agit là de la vocation profonde et historique de notre pays, sur laquelle Jean-Paul II nous a interpellés en 1980 : « France, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? »
Notre pays est donc une richesse, une mission qui est confiée à chacun de nous, personnellement. A cause de cela, en mémoire de ceux qui ont vécu et sont morts pour cela, et pour que nos enfants puissent un jour continuer la route, je demanderai simplement à ce jeune d’être attentif à la vie publique en s’informant (et pas seulement à la télévision), de ne pas hurler avec les loups mais de chercher loyalement à comprendre comment fonctionnent les choses et comment elles pourraient être améliorées, et enfin de ne jamais omettre de voter lorsque l’occasion lui en est donnée, ne serait-ce que par respect pour les peuples du monde qui n’ont pas cet immense privilège. Car être scout, c’est aussi être citoyen, et voter est une authentique BA (bonne action), un véritable acte d’amour pour son pays.
— Et à un jeune que la politique passionne ?
— La même chose. Et puis de m’écrire. Je lui répondrai.
— Merci, Patrick, de ton témoignage de scout. »

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