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On peut être engagé à fond dans le milieu associatif et prendre aussi sa part de la gestion des collectivités locales. C’est ce que fait Jacques, qui est maire d’une petite commune de 102 habitants.
— Jacques tu es maire de ton village, as-tu quelque chose à ajouter à ce que nous dit Patrick ?
— En effet, ne serait-ce que par rapport à l’élection. Dans un bourg important ou dans les villes, les conseillers municipaux sont élus à partir de listes électorales. Ces listes sont faites dans le cadre des partis politiques en général, ce qui correspond, après l’élection, à une majorité et à une opposition. Dans les petites communes, même s’il y a des listes, chaque électeur peut en modifier le contenu en rayant des noms et en inscrivant d’autres noms dans la limite du nombre de conseillers à élire. Cela change la manière dont le maire devra gérer son conseil municipal. En effet, les élus doivent souvent constituer une « majorité de raison » avec toutes les fragilités qui en découlent. Ce qui sous-entend que le maire doit diriger son équipe avec cette donnée présente à l’esprit et que finalement il ne sait jamais avec certitude où est sa majorité et son opposition. Ce point n’est pas négligeable car dans une petite commune, plus que dans un ensemble plus vaste, chacun des conseillers a un peu tendance à voir les besoins communaux sur la surface de sa propriété. Dans un bon nombre de cas, cela correspond à l’intérêt général et alors tout va bien, mais quand les intérêts particuliers prennent le dessus il y a de l’ambiance aux réunions du conseil municipal.
— Peux-tu nous résumer en quoi consiste le rôle d’un maire rural ?
— Dans une petite commune tout passe plus ou moins par le maire ou par le secrétaire de mairie. En forme de boutade, je dirai que « tout ce qui est bien dans la commune l’est grâce à l’action de ceux qui y ont œuvré, tout ce qui ne va pas c’est de la faute du maire ». C’est un peu caricatural, mais malgré tout cela résume bien l’état d’esprit. Ceci dit le maire a une responsabilité générale très étendue. Je ne vais pas détailler chaque poste mais simplement énumérer le champ d’action du maire. Un aspect important de la mission est dans l’action vis-à-vis des jeunes, des personnes âgées. Beaucoup de choses se vivent autour d’une table, d’un verre : ce sont des occasions particulières de prendre la « température » de la commune qu’il ne faut pas négliger.
D’abord tous les rapports avec les partenaires de la gestion communale :
- les services de l’équipement, de l’agriculture, des impôts ;
- les agences : télécom, poste, EDF, etc. ;
- les services de la préfecture et du département ;
- les secrétariats des élus divers : conseillers généraux, sénateurs, députés.
Ensuite toutes les missions du maire :
- tenu de l’état civil : naissances, mariages, décès, etc. ;
- sécurité générale en lien avec la gendarmerie ;
- gestion de l’ensemble des routes et des bâtiments, du cimetière, des espaces divers, de l’église ;
- élaboration de projets d’aménagement pour le bien-être et la sécurité ;
- responsabilité de l’école primaire en lien avec les autres communes du regroupement scolaire ;
- responsabilité du groupe de sapeurs pompiers de la commune ;
- participation aux divers organismes de gestion : SIVOM (Syndicat Inter-communal à Vocation Multiple), syndicats divers de bassins de rivière ou d’autres espaces ;
- rencontres avec les autres élus : maires, député, sénateur, conseiller général ;
- rencontres avec le préfet et ses services ;
- présidence et gestion de l’association foncière créée lors du remembrement ;
- organisation du travail de la secrétaire de mairie et des personnels exécutant des tâches ponctuelles.
— Cela fait beaucoup de choses à avoir présentes à l’esprit. Combien de temps faut-il consacrer à ce genre de service et quels enseignements en tires-tu ?
— Cette énumération ne doit pas affoler le lecteur. Beaucoup de choses se font un peu automatiquement, d’autres ne demandent pas une grande mobilisation. Il faut être attentif et se méfier de la routine car les erreurs, en particulier dans l’état civil, auraient des conséquences très fâcheuses. En moyenne je consacre une journée par semaine à ce service de maire. Cette expérience que je vis depuis bientôt cinq ans comme maire et onze ans comme membre du conseil m’a enseigné que l’ouverture sur le monde qui m’entoure était une réalité concrète qui ne se paie pas de mots mais s’intègre dans une action continue et soutenue. Par ailleurs, comme le dit Patrick, je rencontre des gens qui dans leur très grande majorité font preuve d’un esprit de service exemplaire. L’ensemble des missions que je dois assumer nécessite plus qu’ailleurs de bien prendre la mesure de chaque chose, de résister aux pressions souvent contradictoires, de rechercher un équilibre dans les décisions à prendre. À ce point de l’entretien je veux insister sur la place de l’épouse du maire. En effet, son rôle est très important car certains administrés, pour des raisons diverses, empruntent des chemins détournés pour atteindre le maire ou les services de la mairie ; souvent la femme du maire est le point de passage qui leur semble accessible.
Pour conclure, je pense que ce service civique vaut la peine et j’encourage tous ceux qui le peuvent à prendre leur part dans la gestion de la cité.

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