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  Grand large      
 

C’est le nom de l’opération que les Scouts d’Europe mènent pour répondre à l’attente d’une jeunesse en proie au doute, souvent au désespoir, mais riche aussi des promesses que recèle tout jeune.

C’est pour le mouvement un appel à se mettre davantage au service de notre pays, à élargir nos horizons, à ouvrir notre cœur, à avancer, sans crainte, vers le grand large… derrière l’étoile qui nous guide.

Grand large — La crise de la jeunesse ne peut nous laisser indifférents La crise de la jeunesse ne peut nous laisser indifférents

C’est une banalité de dire que notre société est en crise. Aux profondes fractures des années soixante/soixante-dix se sont ajoutées des difficultés économiques et sociales majeures et l’effondrement des idéologies qui prétendaient apporter des solutions aux problèmes de l’homme. La crise est aujourd’hui multiforme ; elle touche les institutions traditionnelles (État, Église), les valeurs, les conceptions philosophiques et idéologiques, les structures économiques et sociales. Si toute la société est atteinte, la jeunesse, elle, l’est tout particulièrement, comme l’illustrent le nombre de suicides (première cause de mortalité des jeunes après les accidents de la circulation), le développement de la toxicomanie sous toutes ses formes, l’explosion de l’épidémie du SIDA, l’inquiétude face au chômage et à l’avenir.

Dans un ouvrage récent Guetteur, le cri de la nuit l’entends-tu ? (Fayard, 1993), Daniel Ange dresse un panorama qui résume bien l’ampleur de la crise qui est, fondamentalement, une crise morale et spirituelle.

En effet, on parle beaucoup dans les media de la crise des banlieues. Celle-ci est devenue le symptôme de la crise de la jeunesse tout entière, parce qu’une population fragilisée s’y trouve concentrée. Mais toute la jeunesse, de tous les milieux, est touchée et la délinquance ou la violence ne sont pas les seuls signes de la crise.

Le plus grave, c’est que des milliers de jeunes vivent aujourd’hui sans but ni idéal. Certains considèrent que leur horizon est définitivement bouché. « No future » est devenu une devise courante. D’autres cherchent des refuges n’importe où : dans la drogue, mais aussi dans la spiritualité bon marché des sectes ou du « New age », dans l’ivresse de la violence ou de la jouissance sexuelle à tout prix.

Grand large — Devons nous faire quelque chose ? Devons-nous faire quelque chose ?

La détresse morale et spirituelle de ces jeunes ne peut nous laisser indifférents, parce que nous sommes, en tant que chrétiens, porteurs d’un message d’amour et d’espérance, en tant que scouts, dépositaires d’une méthode pédagogique qui a fait ses preuves et peut, aujourd’hui plus qu’hier, apporter des réponses avec des moyens simples : un garçon est toujours un garçon, même dans une cité délabrée, il rêve qu’on lui fasse confiance, il a soif d’aventure et de panache, il cherche confusément pourquoi il est sur cette terre, le scoutisme est toujours une solution neuve… Surtout pour ces garçons-là…

Amis scouts, réfléchissons et méditons encore cette parole de saint Pierre : « nous aurons à rendre compte de l’Espérance qui est en nous ».

D’ailleurs, nous agissons déjà !

Le recrutement sociologique des Scouts d’Europe est plus varié qu’on ne le prétend. Des efforts significatifs d’ouverture ont été réalisés dans certaines unités. Des expériences concrètes ont été réalisées mais elles ont rarement été relatées dans nos revues […]

Mais il nous faut trouver un souffle nouveau, à la mesure de l’enjeu, à la mesure de nos responsabilités de citoyens et de chrétiens.

Il ne s’agit pas de négliger les jeunes des classes moyennes qui constituent le recrutement habituel du scoutisme en France ; ces jeunes-là aussi connaissent une crise morale ; ces jeunes-là aussi peuvent trouver, grâce au scoutisme, un sens à leur vie. Il nous faut ajouter à ce que nous faisons déjà une nouvelle vitalité missionnaire, par esprit civique et par conviction chrétienne, et faire participer à cet élan tous les jeunes qui sont déjà dans le mouvement sans oublier leurs familles. Le rôle du mouvement n’est-il pas aussi d’aider les familles à prendre conscience de la crise morale de la jeunesse et de leur faire comprendre que le scoutisme peut apporter une réponse ?

Grand large — Que pouvons nous faire ? Que pouvons-nous faire ?

Le scoutisme se préoccupe non pas de la masse des jeunes mais de chacun d’eux en particulier. Notre vocation est d’aider chacun des jeunes qui nous sont confiés par leur famille à devenir des chrétiens heureux et bâtisseurs d’un monde nouveau. Cette action personnalisée a nécessairement un impact social, par le témoignage des jeunes, par les responsabilités effectives qu’ils peuvent ensuite assumer.

Les exigences de notre scoutisme ne peuvent être proposées à tous les jeunes, en particulier à cause d’un engagement insuffisant des familles et du problème religieux. Il n’est pas question d’abaisser nos exigences et de créer plusieurs catégories de Scouts d’Europe. Mais nous pouvons faire profiter tous les jeunes qui le souhaitent de l’expérience pédagogique et de la richesse humaine de notre mouvement.

Voilà pourquoi l’opération comporte deux volets distincts :

  • L’organisation d’activités pour des jeunes non scouts : il s’agit de proposer nos services à ceux qui agissent localement : pouvoirs publics, collectivités, associations de quartiers, paroisses, en mettant à leur disposition notre expérience pédagogique scoute. Concrètement, nous pourrions organiser des activités de loisirs, principalement pendant les temps de vacances (mais pas seulement) : camps courts, d’une dizaine de jours, s’inspirant des principes de base du scoutisme mais s’adressant à tous les jeunes volontaires, quelle que soit leur religion. À travers ces activités, il sera possible de faire découvrir à ces jeunes un certain nombre de valeurs. Ces camps seraient animés par des chefs volontaires, des pilotes, mais aussi et surtout des anciens (notamment des « jeunes anciens ») qui ne peuvent assurer des responsabilités permanentes dans le mouvement mais seraient prêts à rendre service quelques jours par an. Ce serait un bon moyen de lancer sur un projet concret la route de la mission.
     
  • Le développement des unités scoutes, c’est la création et le développement d’unités nouvelles de la branche éclaireurs, en direction des jeunes qui accepteraient toutes les exigences du scoutisme et seraient prêts à jouer totalement le jeu des Scouts d’Europe. Cela peut se faire en créant des troupes nouvelles, en donnant à chaque patrouille l’objectif d’intégrer un ou deux nouveaux (handicapés, jeunes issus des quartiers défavorisés), en confiant à un CP « retaillé » la mission de créer une patrouille nouvelle. Cela suppose, bien entendu, une motivation des garçons eux-mêmes et une décision de la cour d’honneur.

    Ces activités touchent des jeunes et des milieux qui connaissent peu le scoutisme. Elles devront être précédées d’activités de présentation destinées à faire découvrir le mouvement.

Ces actions sont complémentaires de celles menées par d’autres. Il y a du travail pour tout le monde ! En 1990, il y avait en France 4 096 000 garçons et 3 911 000 filles de 10 à 19 ans…à peu près l’âge des louveteaux, scouts, routiers… En additionnant largement les effectifs donnés par les différentes associations françaises de scoutisme, on parvient à 200 000 jeunes…à peine moins de 2,5 % de la tranche d’âge ! Les Scouts de France ont lancé une opération nationale, « Plein vent » qui a touché 1 800 jeunes pendant l’été 1992 et 3 000 pendant l’été 93. Chaque année, malgré les efforts sans précédents déployés par les pouvoirs publics, un jeune de moins de 18 ans sur quatre ne part pas en vacances ! Allons, il n’y aura pas trop de bonnes volontés pour travailler à relever ces défis !

Il n’empêche que nous proposons des actions qui demeurent fondées sur des méthodes propres aux Scouts d’Europe qui peuvent être résumées de la façon suivante :

  • Les activités se déroulent en pleine nature ; le besoin premier des jeunes des cités est bien celui de quitter les horizons « bétonnés » et le cadre de vie qu’il impose.
     
  • Elles sont proposées de manière distinctes pour les garçons et pour les filles ; cette non-mixité permet aux garçons et aux filles d’être eux-mêmes, et d’adhérer aux exigences d’une vie communautaire.
     
  • Elles mêlent, dans une même communauté de vie et d’action, des jeunes qui peuvent provenir de tous milieux et conditions sociales. Le contact des jeunes des banlieues avec des scouts de tous horizons est un puissant adjuvant pédagogique ; dans le cadre d’unités scoutes, les scouts doivent vivre un partage véritable et faire preuve d’ouverture et d’accueil fraternel, à partir d’un choix et sous le regard de la cour d’honneur.
     
  • Les activités se déroulent en utilisant les moteurs et la plupart des dimensions du scoutisme et en visant les cinq buts.
     
  • Le scoutisme est un lieu mythique, avec son style, ses coutumes. Il y a là un moyen, pour des éducateurs, pour structurer et faire adhérer à des valeurs communes, en utilisant aussi les signes extérieurs : tenue, cérémonial, veillées.

Grand large — Plan d’action Plan d’action

La réussite de l’opération suppose un engagement sans réserve de la hiérarchie territoriale : commissaires de province, mais surtout de district, et chefs de groupe. Cette opération est une occasion de réfléchir à notre action pour tous les cadres adultes du mouvement.

Il faut commencer par déterminer, dans chaque district, une stratégie :

Où y-a-t-il des jeunes qui aient besoin de nous dans le district ? Que pouvons-nous leur proposer entre les deux actions proposées ?

Sans entrer ici dans le détail, je rappelle qu’il faut mettre dans le coup tous les gens de bonne volonté :

Bien sûr, les cadres actifs du mouvement : les chefs de groupe, les chefs d’unité, les chefs de clan et les routiers.

Mais aussi les anciens y compris les « jeunes » anciens qui ne peuvent plus participer qu’à des opérations ponctuelles. C’est là une bonne occasion de lancer la route de la mission sur un projet très concret.

Mais aussi les parents, qu’il faut associer : on peut utiliser le cadre des associations d’amis du scoutisme européen mais aussi créer des groupe ad-hoc de parents motivés.

Il faudra nécessairement des adultes solides pour s’occuper des problèmes administratifs et matériels.

Pour vous aider de façon concrète :

Deux dossiers pratiques, très détaillés, ont été réalisés et distribués aux commissaires de district. Vous pouvez les obtenir sur simple demande au centre national :

« Grand Large, dossier pratique » précise les différentes phases de l’opération :

  • la réflexion au niveau du district,
     
  • les opération spécifiques, en donnant pour chacune des exemples précis et concrets de ce qui a déjà été réalisé,
     
  • des lettres type (notamment d’appel aux anciens),
     
  • un dossier type de financement,
     
  • un dossier « contacts » avec les personnes et services avec lesquels vous pouvez localement entrer en relation,
     
  • des tracts et affiches.

« Grand Large, dossier de présentation » est destiné à présenter l’opération, de façon simple, aux partenaires extérieurs.

En outre, plusieurs chefs sont à votre disposition : le commissaire général et les commissaires nationaux de branche.

Prenons le risque du grand large pour contribuer à redonner des raisons d’espérer à la jeunesse de notre pays.

 
 Parution
 
Maîtrises n°
94
1993
Pages 36 à 42
 

 Auteur
 
Jean-Michel Permingeat
 

 Le savais–tu ?
   
Cet article fait partie des lectures conseillées dans le cadre du programme de formation générale des chefs et cheftaines
 

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