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La ville est un paysage. Paysage de constructions, de rues et de places qui, dans leurs formes et leurs dispositions, traduisent les activités dominantes de cette ville, de sa population. Mais aussi son histoire : son évolution au cours des siècles, la civilisation dans laquelle elle s’insère.
Différents éléments constituent cette ville — et non une autre.
C’est d’abord un site : relief, sol, climat… Élément naturel avec lequel l’homme a dû compter, en l’utilisant au mieux. Les régions de France sont suffisamment variées pour qu’il soit facile de voir cela.
Des équipements matériels ont modelé cette ville : la voirie bien sûr, mais également les bâtiments et les installations destinés au logement, au travail, aux services publics ou privés, aux services sociaux et culturels…
Enfin, cette ville est habitée par des hommes : une certaine population avec certains modes de vie.
C’est la manière dont ces éléments sont organisés, liés entre eux, qui forme la structure de la ville. Ces liens, tissés au cours du temps, ont dessiné la ville telle qu’elle est aujourd’hui.

La croissance de la ville
Les villes, la vie urbaine a été au cœur de toute civilisation. Déjà au XVIIIe siècle avant Jésus-Christ, Babylone règne sur le Tigre et l’Euphrate, Athènes, Rome… En effet, les premières villes étaient avant tout des nœuds de relations commerciales. Lieux d’échanges matériels, bien sûr, mais immatériels aussi : la propagation des cultures et des arts, des idées, des religions, est passée par la cité.
Par la ville s’est diffusé le christianisme : saint Paul allait de ville en ville et ses épîtres nous ont laissé le texte de ses enseignements aux communautés chrétiennes — urbaines — locales.
Ensuite, c’est encore dans la ville, lieu du culte, de la cathédrale et de la résidence de l’évêque, que furent développée la foi au Christ et combattues les hérésies.
Saint Irénée et les martyrs de Lyon, saint Germain d’Auxerre, saint Martin de Tours, saint Ambroise de Milan, saint Hilaire de Poitiers, eurent dans leur ville un rayonnement tel que leur nom y est resté indissociablement attaché.
Si telle est l’importance de la cité, il est clair aussi qu’il faut parler des villes : chacune est façonnée par le mode de vie de ses habitants et aussi les différentes époques.

Variations de la ville en fonction des lieux et modes de vie
Le mode de vie des habitants, forgé lui-même par le climat, la culture, etc. affecte autant la forme de l’agglomération que celle de la maison : comment vivent les gens dans la ville ? Se rencontrent-ils chez eux, dans la rue, ou sur la place ? Autour du puits ou au café ? La manière dont l’homme utilise la ville lui donne sa forme.
Dans certaines régions (pays anglo-saxons entre autres), le lieu de rencontre est la maison. Par contre, il suffit de se promener dans le sud de la France (ou plus généralement dans les villes latines ou méditerranéennes), pour constater que c’est alors plus volontiers dans la rue ou sur la place que se tiennent les discussions, que se développe la vie sociale. Il faut bien alors une place publique centrale, accueillante et ombragée…

Variations de la ville au cours des époques
La disposition des rues, des places, des espaces verts, le maillage à l’intérieur duquel se distribuent les constructions — le plan de la cité — est aussi l’expression très globale de toute son histoire, c’est-à-dire de chacune des étapes de son évolution, de son organisation.
Par exemple, au Moyen Âge, chacun voulait avoir un accès direct à la rue ou à la place, parce que cela conditionnait les activités de commerce ou d’artisanat — avoir pignon sur rue. La majorité des parcelles étaient donc perpendiculaires à la voie publique, le petit côté donnant seul sur la rue. Les demeures étaient donc construites en hauteur, en bordure de la rue, largement ouvertes sur elle et à l’alignement les unes des autres.
Du XIIe au XIVe siècle, la croissance démographique et l’intensité des activités économiques étaient telles que, par manque d’espace, d’autres corps de logis furent construits dans la profondeur des parcelles, avec des cours intermédiaires. Inversement, quand la demande faiblissait, les bâtiments intérieurs étaient les premiers abandonnés.
Par la suite, le plan des villes anciennes, avec leurs rues étroites et sinueuses, devenait inadapté aux besoins de la vie urbaine. On élargit les rues, on perça des avenues, en expropriant, détruisant les constructions qui se trouvaient sur le tracé de ces nouvelles voies. Ainsi, sous le Second Empire, Haussmann dota Paris d’un certain nombre de grandes avenues rectilignes, telles que le boulevard Saint-Michel, l’avenue de l’Opéra ou les Grands Boulevards. À Toulouse, la rue de Metz et la rue d’Alsace sont les réalisations les plus éclatantes de cette époque.
De nos jours, préparer une extension urbaine, c’est rechercher une composition en continuité et en accord avec l’existant, c’est tenter d’inciter la fréquentation du nouveau quartier par les habitants de la commune, en y intégrant par exemple un équipement utile également aux autres quartiers (commerces, école, centre sportif…).
De ces étapes, la plupart des grandes agglomérations actuelles ont gardé des traces, que l’on peut retrouver en passant d’un quartier à l’autre. Qu’en est-il de ta ville ?
- Multiple par ses activités,
- variée suivant les lieux, différente suivant les époques, la ville est aussi multiple dans ses activités,
- lieu où l’homme produit et consomme,
- lieu où l’homme étudie, cherche et conquiert,
- lieu où l’homme médite et prie,
- et bien d’autres choses que je ne sais dire ou auxquelles je ne songe point dans l’instant.

La ville pour l’homme
De tous temps, les pouvoirs publics ont essayé de donner aux villes une organisation pratique, et aussi agréable. Les Romains avaient des thermes, des places et des marchés… De nos jours, les espaces verts ont généralement remplacé les thermes. Mais ce « confort urbain », cet agrément en quelque sorte, est-il suffisant ?
Si l’histoire nous enseigne que les villes ont été et sont des foyers de rayonnement de l’art, de la science, de la civilisation, elle nous enseigne aussi que de tout temps elles peuvent être lieux de corruption.
À quoi ressemblent les villes de l’Italie du Nord, aux XIIe et XIIIe siècles, lorsque, à l’initiative de saint François d’Assise, s’y développent les ordres mendiants ? Une civilisation matérielle et culturelle avancée, une vie intellectuelle et des universités florissantes d’une part, et aussi des écarts sociaux considérables, un exode rural comparable, en beaucoup de points, à celui de l’époque moderne… Il suffit d’ouvrir les yeux sur nos villes modernes où le bien, le beau, côtoient si souvent le pire…
Cette ambiguïté de la cité tient peut-être à sa nature même, lieu d’intense circulation de biens et d’argent, d’échanges et de rencontres, pour le meilleur et le pire, mais insuffisant à faire le bonheur de l’homme.
« Là où les biens sont en plus grand nombre, il est offert aux hommes plus de chances de se tromper sur la nature de leurs joies. (…) La question que je me pose n’est point de savoir si l’homme, oui ou non, sera heureux, prospère et commodément abrité. Je me demande d’abord quel homme sera prospère, abrité et heureux ».
En construisant la ville, « vous me dites : "Nous répondons aux besoins des hommes". Oui. Comme l’on répond aux besoins du bétail que l’on installe dans l’étable sur sa litière. Et l’homme, certes, a besoin de murs pour s’y enterrer et devenir comme la semence. Mais il a besoin aussi de la grande Voie Lactée et de l’étendue de la mer, malgré que ni les constellations, ni l’océan ne lui servent de rien dans l’instant ».
Pie XII disait : « De la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes ». Phrase très forte si l’on y prend garde.
Il semble bien que ce qu’il écrivait à propos de l’organisation sociale d’un pays puisse être transposé sans trahir, à l’échelle, certes plus modeste mais similaire, de la cité. Et de cette organisation toute matérielle, le successeur de saint Pierre ne fait pas dépendre un confort matériel et un bien-être temporel. Il lui soumet rien de moins que le salut de nos âmes.
Parce que nous sommes « un » — corps et âme. Et que les conditions matérielles de notre vie ne sont pas sans influence sur notre croissance spirituelle.

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