|
À l’ère des villes nouvelles, des mégapoles et de la civilisation citadine, le scoutisme propose toujours une pédagogie de pleine nature. Il invite les « rats des villes » que nous sommes à rejoindre les « rats des champs ».
Qu’est-ce que le scout, la guide vont donc chercher dans cette nature alors que la ville offre tout un confort, des activités et même une « évasion » dans certains cas ?
Les guides et les scouts ont compris que la nature n’est pas seulement un « cadre de vie », un principe d’évasion mais que c’est une école de vie. Un lieu d’acquisition à la vitesse d’assimilation humaine, un lieu de vie basée sur les qualités fondamentales du caractère. Saint Bernard ne disait-il pas après bien d’autres illustres devanciers : « Croyez-en mon expérience, il y a plus à apprendre dans les forêts que dans les livres ». En pleine nature, le scoutisme redécouvre les gestes simples, non-assistés, qui font de l’homme un conquérant, un aventurier permanent. Sans artifice, il assume ses responsabilités, il se mesure et se forge un caractère dans les éléments qui sont inéluctablement (et parfois même en ville) depuis toujours ses compagnons.
Mais la nature éduque aussi le cœur et l’âme. « La nature est l’altitude d’emploi du scoutisme… Dans l’arbre il y a plus que l’arbre, et dans le cerf plus que la vie. La nature est l’itinéraire ascendant qui mène du désir de connaître au-delà des apparences… » (M. Menu). L’apprentissage de l’écoute, l’école du silence, de la paix n’est compréhensible, on pourrait même dire sensible, qu’en immersion en pleine nature.
Les bienfaits de la nature sont reconnus comme une nécessité vitale par tout le monde aujourd’hui. Des aventuriers qui nous font rêver du bout du monde jusqu’aux clubs de randonnée, en passant par les vacances vertes ou bleues : tout est prétexte à « l’évasion nature ». Si le scoutisme a, en son temps, mis le campisme à la portée de nos sociétés occidentales, il a surtout voulu montrer qu’il fallait se fondre dans la nature pour en comprendre les secrets. Les équipes techniques éclaireur (1) de la mer, de la montagne ou des rivières et lacs n’ont pas d’autre ambition que cette immersion, cette communion avec les différents milieux de vie naturelle, appelés aussi biotopes. Au constat de la désertification des campagnes et de l’hypertrophie des villes, le scoutisme veut un jumelage pratique. Son ambition, tout en étant modeste, a pour objectif de renvoyer vers les villes, au soir des sorties, des jeunes qui ont descendu la montagne, ont marché dans la forêt sombre ou ont parcouru une longue rivière. Le lundi matin, dans la cour des collèges et des lycées, ils n’ont pas que les aventures « stéréotypées » du film national du dimanche soir à raconter. Merci au scout des villes qui a vécu un camp sacré plutôt qu’une « sacrée soirée télévisée ».
Proposons aux « cités nouvelles » les plus denses, de les jumeler avec les secteurs de grand exode rural. Rejoignons les « forêts et les campagnes nouvelles » en partageant nos découvertes et nos explorations. Équilibrons la vie citadine avec l’attachement régulier et sensible à la terre. Toutes les thérapies contre le stress, les formations pointues des « décideurs » ou les grandes aventures développent l’hygiène de vie et le mental avec cette nécessaire plongée physique dans la nature.
Le scout des villes dont « la crainte ne veut corrompre le plaisir » (« Le rat des villes et le rat des champs ». La Fontaine) se dirige vers le scoutisme des campagnes. Face au mal des cités, le scoutisme propose de s’en sortir, dans tous les sens du terme.

(1)
NDLE : les équipes techniques éclaireur sont aujourd'hui remplacée par les équipes technique nationales.
|