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Le jour de l’inauguration de mon pontificat,
le 22 octobre 1978, à la fin de la liturgie, j’ai tenu
à dire aux jeunes depuis la place Saint-Pierre : « Vous
êtes l’espérance de l’Église et
du monde. Vous êtes mon espérance. » Ce
sont des paroles qu’il ne faut surtout pas oublier.
(…) Certes, à chaque époque
de sa vie, l’homme désire affirmer sa personnalité
et rencontrer l’amour. Mais au moment de sa jeunesse, ces
deux aspirations fondamentales s’expriment avec une intensité
accrue. Cependant, le désir de s’affirmer ne saurait
autoriser à légitimer tout et n’importe quoi.
En fait, les jeunes ne demandent pas que tout leur soit permis :
ils sont prêts à accepter qu’on les guide ;
ils attendant qu’on leur dise « oui »
ou « non ». Ils se cherchent des
conseillers et ils les veulent disponibles. S’ils se confient
volontiers à des personnes qui ont de l’autorité,
c’est parce qu’ils les sentent riches de chaleur humaine
et capables de les accompagner sur la route qu’ils ont choisie
de suivre.
Il est clair que le problème essentiel
qu’affronte la jeunesse reste fondamentalement celui de la
personne. La jeunesse est le temps de la personnalisation de la
vie humaine. Elle est aussi la période de la découverte
de la communion. Les jeunes, garçons et filles, prennent
progressivement conscience qu’ils devront vivre pour les autres
et avec les autres ; ils sentent bien que leur vie n’aura
de sens que dans la mesure où ils en feront le don gratuit
à leur prochain. Toutes les vocations trouvent leur origine
dans cette découverte, qu’il s’agisse des vocations
sacerdotales et religieuses ou des vocations au mariage.
Car l’appel au mariage est aussi une vocation,
un don de Dieu. Je n’oublierai jamais ce garçon, étudiant
à l’École polytechnique de Cracovie, qui aspirait
fermement à la sainteté. C’était son
projet de vie ! Il avait conscience d’avoir reçu
la vie « pour la plus haute des destinées »,
comme le disait saint Stanislas Kostka. Et, en même temps,
il avait acquis la conviction qu’il n’était appelé
ni au sacerdoce ni à la vie religieuse. Il savait que sa
vocation était d’être laïc. Il était
passionné par son travail, par ses études d’ingénieur.
Il cherchait une compagne pour la vie et il la cherchait à
genoux, dans la prière. Je ne puis oublier ce qu’il
me dit, au terme d’une journée de retraite, il me dit :
« Je crois que je dois recevoir telle jeune fille
pour femme, c’est le Seigneur qui me la donne. »
Comme s’il ne se laissait pas seulement guider par ses désirs
personnels, mais aussi par la voix de Dieu Lui-même. Il savait
bien que tout bonheur vient de Lui, et il avait admirablement bien
choisi son épouse. Il s’appelait Jerzy Ciesielski.
Il est mort prématurément dans un accident au Soudan,
où il avait été invité pour enseigner
à l’université. Son procès de béatification
est déjà lancé…
La vocation des jeunes à l’amour
constitue, naturellement, la réalité de leur vie la
plus accessible aux adultes. Pendant mon ministère sacerdotal,
je m’en suis immédiatement rendu compte. Je sentais
comme une force intérieure qui me poussait : il faut
préparer les jeunes au mariage, il faut leur parler de l’amour.
L’amour ne s’apprend pas, et pourtant il n’existe
rien au monde qu’un jeune ait autant besoin d’apprendre !
Quand j’étais un jeune prêtre, j’ai appris
à aimer l’amour humain. C’était un des
thèmes sur lesquels j’ai axé tout mon sacerdoce,
mon ministère dans la prédication, au confessionnal
et à travers ce que j’écrivais. Si l’on
aime vraiment l’amour humain, on ressent le besoin urgent
de s’engager de toutes ses forces en faveur du « grand
amour ».
Car l’amour est grand et beau. Au fond,
les jeunes cherchent toujours la beauté dans l’amour,
ils veulent que leur amour soit beau. S’ils cèdent
aux tentations, s’ils suivent des modèles de comportement
qui peuvent apparaître comme le « lieu d’achoppement
du monde contemporain » (et les modèles aberrants
ne sont, hélas, que trop répandus), au fond de leur
cœur les jeunes rêvent toujours d’un amour pur
et beau. Ce n’est pas moins vrai pour les garçons que
pour les filles. Et finalement ils pressentent bien que personne
ne peut, en dehors de Dieu, leur offrir un tel amour. Alors ils
sont prêts à suivre le Christ, sans se soucier des
sacrifices que ce choix peut impliquer.
Pendant ces années où j’étais
jeune prêtre, je me suis fait cette haute idée des
jeunes et de la jeunesse. Par la suite, cet idéal ne m’a
jamais quitté, et c’est lui qui m’incite à
rencontrer des jeunes partout où je vais. Chaque curé
de Rome sait que la visite de l’évêque de Rome
dans sa paroisse doit se terminer par une rencontre avec les jeunes.
Et ce n’est pas vrai qu’à Rome : partout
où le pape se rend, il veut voir les jeunes et les jeunes
veulent le voir. En vérité, ce n’est pas lui
qu’ils cherchent, mais le Christ, Lui qui sait « ce
qu’il y a dans le cœur de l’homme »
(Jn 2, 25), surtout dans celui d’un jeune. Seul le Christ
sait répondre en vérité à ceux qui s’interrogent
et L’interrogent ! Et même si ces réponses
manifestent des exigences, les jeunes ne les esquivent pas ;
au contraire, on dirait plutôt qu’ils n’attendent
que ça !
Toutes ces évocations permettent de comprendre
comment sont nées les « Journées mondiales
de la jeunesse ». Les jeunes furent d’abord
invités à Rome à l’occasion de l’Année
jubilaire de la Rédemption, puis pour l’Année
internationale de la jeunesse, proclamée par l’Organisation
des Nations unies en 1985. Personne n’a inventé des
journées. Ce sont les jeunes eux-mêmes qui les ont
créées. Ces rassemblements correspondent à
une aspiration des jeunes dans tous les pays du monde. Ces journées
sont souvent riches en surprises pour les pasteurs et même
pour les évêques. Le nombre de jeunes présents
et la façon dont se déroulent ces journées
dépassent régulièrement toutes les prévisions
et tous les espoirs.
Les jeunes nous donnent là un merveilleux
témoignage de ce qu’ils sont en réalité.
Ces grands rassemblements internationaux sont devenus un extraordinaire
instrument d’évangélisation. En effet, les jeunes
sont porteurs d’un immense potentiel de bien et de créativité.
Quand je les rencontre, où que ce soit dans le monde, je
suis d’abord attentif à ce qu’ils veulent me
dire sur eux, sur la société dans laquelle ils vivent,
sur leur Église. Je leur dis : « Ce n’est
pas ce que j’ai à vous dire qui compte le plus :
l’important, c’est ce que vous me direz. Vous ne me
le direz pas seulement par des paroles, mais aussi par votre présence,
par vos chants, peut-être même par vos danses, par vos
jeux et vos mimes, en un mot par votre enthousiasme. »
Nous avons fondamentalement besoin de l’enthousiasme
des jeunes et de leur joie de vivre qui perpétuent la joie
originelle de Dieu lorsqu’Il créa l’homme. Les
jeunes ressentent en eux cette joie. Toute joie provient de la même
source, mais son expression dans la vie de l’homme est toujours
nouvelle et sans précédent. Les jeunes ont mille et
une manières d’exprimer leur joie. Il est donc faux
de prétendre que c’est le pape qui mène les
jeunes d’un pôle à l’autre du globe terrestre
pour s’imposer à eux comme leur guide. Ce sont plutôt
eux qui le mènent ! Plus j’avance en âge,
plus les jeunes m’exhortent à rester jeune. Ils me
permettent de ne pas oublier ce que la vie m’a appris, ma
découverte de la jeunesse et de son importance décisive
dans chaque existence humaine. Je crois que cela explique beaucoup
de choses…
Le jour de l’inauguration de mon pontificat,
le 22 octobre 1978, à la fin de la liturgie, j’ai tenu
à dire aux jeunes depuis la place Saint-Pierre : « Vous
êtes l’espérance de l’Église et
du monde. Vous êtes mon espérance. » Ce
sont des paroles qu’il ne faut surtout pas oublier.
Les jeunes et l’Église… Pour
résumer, je tiens à réaffirmer qu’au
fond d’eux-mêmes les jeunes cherchent Dieu, ils cherchent
un sens à leur vie, ils cherchent une réponse vraie
à la question : « Que dois-je faire pour avoir
part à la vie éternelle ? » (Lc
10, 25). Dans cette recherche, ils ne peuvent que rencontrer l’Église.
Et l’Église ne peut que rencontrer les jeunes. Il suffit
que l’Église comprenne en profondeur leurs véritables
aspirations. Il faut aussi que les jeunes fassent connaissance avec
l’Église, qu’ils découvrent en elle le
Christ qui marche à travers les siècles avec chaque
génération, avec chaque être humain. Il marche
avec chacun de nous comme un ami. Quel moment plus décisif
dans la vie d’un jeune que le jour où il acquiert la
certitude que Jésus est le seul ami qui ne le décevra
jamais, le seul sur lequel il pourra toujours compter ?

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