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Il y a deux visions possibles de la hiérarchie. Vous avez une vision très classique et que vous connaissez sans doute tous, c’est la vision pyramidale avec le chef en haut qui émet ses ordres comme du haut vers le bas par le biais de ses premiers subordonnés et jusqu’à la base. L’avantage est une certaine efficacité. La communication peut perdre en clarté mais en général c’est un système qui marche assez bien quand il s’agit d’une entreprise de production, quand il s’agit d’une hiérarchie qui n’a qu’un but fonctionnel. L’information passe bien dans ce sens-là, et comme le chef a besoin de savoir comment a été reçue son information, il faut aussi qu’elle remonte. Et là c’est une grave difficulté, c’est le grave problème aujourd’hui de la plupart des hiérarchies. Je crois que cette vision de la hiérarchie est très importante, il faut toujours l’avoir en tête dans la mesure où toute hiérarchie doit garder cette unicité de direction.
Le chef qui est en haut a une vision d’ensemble du mouvement, ce qui fait qu’il a une capacité pour diriger l’ensemble du mouvement, qu’il connaît ses finalités d’ensemble et qu’il connaît l’ordre dans sa totalité. Il est évident que celui qui est à un échelon plus bas a une vue bien plus restreinte que le chef. Il est chef aussi de sa partie et il est évident qu’à l’intérieur de cette partie il sera maître, même si sa partie doit rentrer dans la totalité. Alors quand le chef s’aperçoit que l’ordre d’ensemble est en train de changer par un ordre du chef de tête, qu’est-ce qu’il va faire ? Il va se dire, c’est bien gentil mais ma petite partie qui est ici est gênée par l’ordre qui a été donné, je ne suis pas d’accord. Alors critique. Critique mais absence de vue d’ensemble. Celui qui est en haut a une vue d’ensemble qu’il doit sans cesse justifier. Quand il donne un ordre particulier, il essaie de faire comprendre que dans l’ensemble du mouvement, il y a peut-être quelque chose à réformer, à changer. Si c’est juste pour une province, c’est évident qu’on ne va pas donner un ordre en haut ; l’ordre se fera peut-être dans une autre section entre le chef et le haut. Il est très important que chacun puisse commander en proportion de la connaissance qu’il a du terrain. Même si vous pouvez demander des conseils à un chef de patrouille, en tant que chef de troupe, il est évident que vous n’allez pas lui demander de prendre une décision à votre place pour une question importante lors d’un camp. C’est vous qui avez connaissance de l’ensemble des problèmes à la fois de sécurité, des problèmes d’ordre spirituel, d’ordre affectif, de tous ordres dont vous êtes responsable et qui fait que vous êtes à même de prendre la décision.
La deuxième vision qu’on peut avoir de la hiérarchie, c’est un arbre avec des fruits. L’image de l’arbre est intéressante parce qu’à la différence de la pyramide, l’arbre ne part pas du haut, il part du bas. Le chef, où est-il ? Eh bien, il a disparu, il est nulle part. Dans cet ordre naturel, organique, qu’est-ce qui se passe ? Le chef va donner une impulsion qui sera, pour garder l’image de l’arbre, le courant de la sève qui va passer depuis les racines jusque dans les fruits, en passant par le tronc, les feuilles et les branches.
L’impulsion générale, la vie, et même l’âme de l’arbre au sens où il est animé, sera donnée par le chef, en tant qu’il est fondé sur une tradition. C’est très important. Le chef en lui-même n’a de l’autorité que par différents fondements qui lui sont accordés de par premièrement votre confiance mais aussi par la tradition des scouts. La tradition des scouts, ce sont les différentes couches de sédimentation qui font que l’arbre n’est pas planté dans rien. Alors les fruits qui sont recueillis ici, sont dus aux branches qui sont chacune des provinces, par exemple. Evidemment si l’arbre est coupé à la base et si à la base il y a un problème… bon, je vous laisse poursuivre l’image.
Je pense que l’image de la pyramide seule ne permet pas d’avoir une vue parfaitement ordonnée de la hiérarchie. Elle donne une vue beaucoup trop rigide pour ce qu’est la hiérarchie à l’intérieur du scoutisme. Dans ce cadre, on peut dire que c’est un ordre sans amour. Avec l’arbre, pour faire vite, ce serait l’amour sans ordre. Jean-Paul II montre que Vérité et Amour doivent toujours coïncider. L’Amour sans la Vérité (il ne l’a pas dit comme ça, mais ça revient à ça) est pourri et la Vérité sans l’Amour rigidifie et tue. Il faut donc essayer d’avoir toujours ces deux visions.

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