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  Les jeunes et la violence…
ou « pourquoi la haine ? »
     
 

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La violence est naturelle

La violence est inhérente à l’être humain ; dans les premiers temps de l’humanité et dans pas mal d’endroits du monde aujourd’hui encore, elle a été nécessaire pour survivre. Pour certains, l’agressivité est même une qualité fondamentale de l’être vivant ; elle lui permet d’assurer ses besoins vitaux et de se situer face aux autres.

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Elle a été progressivement canalisée dans les sociétés chrétiennes

Mais, toute l’histoire de l’humanité a visé à réduire, à limiter la violence dans les rapports humains. La civilisation chrétienne en particulier a agi dans ce sens, en réduisant progressivement la violence entre les groupes sociaux (« la trêve de Dieu » au Moyen Âge) ; en affirmant la dignité de tout homme, elle a aussi entraîné les sociétés christianisées à respecter de plus en plus la vie. L’individu a été dépossédé de son droit de faire usage de la violence au profit de l’autorité publique. La force reste en effet nécessaire et légitime quand il s’agit de défendre le droit.

L’éducation d’un enfant ou d’un adolescent vise à lui faire accepter des frustrations, en particulier la présence des autres autour de lui, autrement que par des réactions d’agressivité ou de violence : par la maîtrise de ses pulsions agressives, la découverte de la dignité de tout être humain, le respect de l’autre.

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La violence des jeunes aujourd’hui

Il ne se passe pas un jour sans que les médias ne braquent leurs projecteurs sur la violence des jeunes. Prenons garde à ne pas faire nôtre l’équation, due aux médias : jeunes = casseurs. Les adultes aussi sont violents. Toutefois, même si elles doivent être maniées avec prudence, les statistiques de la police et de la justice révèlent une incontestable montée du phénomène. De plus en plus d’actes de violence sont commis par des jeunes de plus en plus jeunes ; ces actes sont souvent graves, et commis avec l’aide d’armes, des armes blanches en particulier. Certains films, comme « La haine », ont illustré ce phénomène.

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Les facteurs

L’expression « j’ai la haine » traduit bien le désarroi et la détresse de ces jeunes en même temps qu’elle souligne le caractère socialement insupportable de ces comportements.

La violence est le fruit d’une véritable désespérance et d’une grande souffrance, je le constate tous les jours dans mon cabinet de juge des enfants :

  • Dans les familles d’abord : un grand nombre de ces jeunes vivent très vite, très tôt, trop tôt, sans famille ou hors famille, parce que celle-ci n’est plus capable de remplir ses fonctions affectives et éducatives : elle n’est pas un lieu d’amour dans lequel l’enfant et le jeune se sent aimé et compris ; les recompositions familiales obligent les jeunes à recréer des liens avec des « beaux-pères » ou « belles-mères » qu’ils n’ont pas choisis et pas envie d’aimer. Le père est cruellement absent. L’autorité affectueuse mais ferme qu’il doit manifester à l’adolescence fait défaut. Dans nombre de familles, la violence est un mode habituel de relation entre homme et femme, entre parents et enfants, comme en témoigne aussi l’accroissement inquiétant du nombre d’enfants signalés comme étant en danger.
  • Dans la société ensuite. Les jeunes en situation familiale difficile sont ceux qui ont le plus besoin d’être soutenus ; or, l’école ne parvient pas à leur apporter ce soutien ; une part importante d’entre eux est trop tôt déscolarisée, à 12/13 ans. Pendant des années, des jeunes se retrouvent en fait sans statut social. Pour les plus âgés, le drame du chômage accroît ce phénomène. Comment aimer et respecter une société qui exclut ? Comment défendre et protéger les valeurs d’une société dans laquelle on n’a plus de place et dont on ne se sent pas membre à part entière ?
  • Dans l’idéologie ambiante : les modèles culturels proposés cultivent la violence, font l’éloge de l’individualisme, de la satisfaction de ses plaisirs immédiats ; la violence est étalée à longueur de films, de cassettes vidéo, de jeux informatiques, d’albums pour enfants. Pour des jeunes incapables de faire la différence entre le monde virtuel, le monde des images, et la réalité, la violence apparaît comme naturelle, banale, peu grave en fait comme un jeu.

Face à ce problème, notre société est bien démunie. Depuis plusieurs mois, la délinquance juvénile est devenue un enjeu essentiel du débat public. On commence à se rendre compte de l’urgence nécessité de réagir sur de multiples plans, qu’il serait trop long d’évoquer ici.

Parmi les différentes actions possibles, je voudrais en signaler une qui illustre bien l’un des aspects du problème : très souvent, la solution qui permet à un jeune de se rendre compte de la gravité de son comportement consiste à le mettre en relation avec la victime. C’est ce que l’on appelle une mesure de réparation. On est frappé de constater l’effet de cette mise en présence ; la victime n’est pas un objet qu’on a frappé, c’est une personne qui a un visage, un nom, qui a souffert de l’acte commis. Le rétablissement de liens sociaux est un des plus sûrs moyens de freiner la violence et de permettre aux jeunes de retrouver des comportements adéquats.

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Que faire

  • Éduquer ! Une humanité sans éducation retourne à l’état sauvage.
  • Donner des repères ; rappeler les limites de ce qui est permis et défendu, aider à comprendre par des moyens appropriés, sanctionner quand c’est nécessaire ; la justice le fait déjà, plutôt bien.
  • Aimer ces jeunes au lieu de crier «haro sur le baudet » avec les médias, considérer leur souffrance, savoir qu’ils sont comme tous les enfants du monde et qu’avec un peu - beaucoup d’amour, ils peuvent, eux aussi, réussir leur vie…
  • Croire, parce que ce sont des enfants et des jeunes, qu’ils peuvent grandir et changer. Eux aussi sont porteurs d’espérance et aimés de Dieu.

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Quelques données chiffrées

(Extraites d’une enquête de 1994 de l’INSERM sur les adolescents, effectuée sur plus de 14000 adolescents scolarisés.)

Parmi les 11/19 ans, 37,4% des jeunes n’ont jamais eu de conduites violentes (participer à des bagarres, casser ou frapper quand on est en colère, faire du racket), mais 41,7% en ont occasionnellement, 18,6% en ont régulièrement.

Les garçons sont plus violents que les filles.

La violence est une conduite qui diminue régulièrement avec l’âge parmi les scolaires : pour les garçons, elle passe de 32% à 19% entre 11 et 18 ans.

Les violences subies :83,1% déclarent ne jamais avoir été victimes de violences, mais 15,1% déclarent avoir été victimes de violences physiques et 3,8% de violences sexuelles.

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 Parution
 
Maîtrises n°117
1999
pages 6 à 8
 

 Auteur
 
J.-M. PERMINGEAT
Commissaire Général
Scout Adjoint
 

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