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 Introduction
Je voudrais ici développer ce que j'ai amorcé
aux pages 232-234 de mon dernier livre « Jacques Sevin
une identité » (Le Sarment
Fayard 1999), sur des points trop conjoncturels pour figurer
dans un ouvrage général, mais qu'il importe aujourd'hui
de tirer au clair.
Il est d'abord évident que Baden-Powell a voulu créer
un scoutisme religieux, et que les diverses laïcisations infligées
çà et là à son Mouvement trahissent
son idéal, réduit alors à une pédagogie
sans âme. Si l'Organisation Mondiale du Mouvement Scout (OMMS)
se proposait de coiffer le tout pour mieux gommer la foi en Dieu,
d'une façon élégamment internationale, elle
viderait le mot « scout » de son sens profond. Et elle
commettrait un grossier contresens en voulant priver de ce terme
des Fédérations jugées trop religieuses, ce
qui serait le monde à l'envers. C'est toujours l'cuménisme
du plus petit commun multiple qui ramène le poisson à
son arête et la pomme à son trognon, en l'occurrence
le sport et le campisme.
Il est évident aussi que BP a reconnu dans le scoutisme
catholique de Jacques Sevin une particulière réussite,
donc, sans s'imposer à tous, ce scoutisme n'est pas une altération
de l'idéal, bien au contraire. Il serait donc insensé
que, de l'extérieur, voire au sein même de l'Église,
certaines tendances dénoncent comme « scoutement incorrect
» un catholicisme authentiquement vécu, et qu'elles
infligent au mot « scout » une « labellisation
» discriminatoire.
Toutes ces manuvres seraient un déni opposé
à l'histoire, et B.P. se retournerait dans sa tombe…
Ceci dit ce n'est qu'un préliminaire
le scoutisme catholique en France se trouve fissuré, ce que
le Père Jacques Sevin n'avait pas prévu, et, de ce
fait, le créateur se trouve désormais remplir plusieurs
rôles face aux diverses Fédérations. J'en vois
quatre principaux : le fondateur, l'inspirateur, le créateur
d'identité, le trait d'union.

Le
fondateur
- Au sens strict, Jacques Sevin a fondé les Scouts
de France, et eux seuls. Juridiquement, car il a mis en place
l'Association portant ce nom, avec ses statuts, ses insignes et
ses textes majeurs. Substantiellement, car il a créé
une pédagogie bien typée, reprise à BP et
christianisée de façon radicale avec son accord.
Jacques Sevin ne s'est donc pas contenté de lancer
un esprit sans lui donner une structure. Saint Benoît, lui,
a composé une Règle sans fonder un Ordre précis.
Après lui, cette Loi spirituelle a donné lieu à
plusieurs interprétations, sans pour autant créer
une scission, même si les monastères se sont fondés
les uns à partir des autres. Cette multitude de bourgeonnements
n'a pas vraiment morcelé l'uvre bénédictine
elle l'a plutôt enrichie.
Il n'en va pas de même pour le scoutisme catholique
français, auquel Jacques Sevin a voulu donner une structure
centralisée, à une époque où les troupes
scoutes surgissaient dans le désordre, chaque prêtre
rassemblant des jeunes autour de sa personne (d'Andrei, Cosson,
Doncur lui-même…). Quand il sera évincé
de ses responsabilités, le 15 mars 1933, Sevin n'ira pas
créer un scoutisme dissident, comme tant d'autres le feront
après lui : il s'effacera et passera à d'autres
activités, conscient que, depuis la mort de Jésus,
« un chef qui souffre sert encore ». Donner le branle
à un émiettement sauvage n'entrait absolument pas
dans ses vues. Car et l'histoire de la Réforme nous
le montre les déboîtements successifs appauvrissent
la substance et favorisent le culte dangereux de la personnalité.
- Se pose alors un problème grave : les représentants
légitimes de l'Association, détenteurs du sigle
et des droits qu'il comporte, ont-ils été totalement
fidèles à l'intuition du Fondateur, puisque certains
ont cru devoir se séparer du Mouvement ? Certes, toute
institution est, comme l'Église, appelée à
faire son aggiornamento, mais cette opération n'est véridique
que si elle fait retrouver, de manière neuve, le charisme
des origines. Qu'en aurait pensé le Père Sevin ?
Le Père Sevin n'a évidemment pas connu ce débat,
sa destitution ne visant que sa personne et le rôle qu'il
remplissait, même s'il a pressenti le danger qui commençait
à menacer les SDF : la scission entre la pédagogie
et la foi. Mort en 1951, dans les tout premiers remous de l'après-guerre,
il ne connaîtra pas les drames causés par le marxisme,
par la guerre d'Algérie, par l'après-Concile et
par les événements de 1968. On peut deviner ce qu'il
n'aurait sûrement pas fait (se politiser, se séculariser,
se séparer de l'Église, se saborder en reniant sa
pédagogie…), mais pas plus les remaniements de sa
bâtisse risquent d'être du Violet-le-Duc si l'imagination
force trop, d'autant qu'il n'y a pas de Magistère pour
contrôler les initiatives.
- Il est inévitable que le scoutisme subisse les
contrecoups de la conjoncture socio-politique, mais des mutations
plus profondes se sont produites à l'intérieur même
de l'institution. Au niveau des documents fondateurs (la Loi…)
qui ont été remaniés. Au niveau de la pédagogie
qui a vu s'introduire la mixité et surtout se scinder la
patrouille unitaire, que Jean-Paul II, dans son discours du 14
septembre 1998, range parmi les éléments de la méthode
et des intuitions du Père Sevin. Au niveau de la spiritualité,
dans la mesure où la promesse
tend à se déconnecter du baptême.
- Alors ? Est-on autorisé à fonder un autre
Mouvement, et qui peut le faire ? Est-on autorisé à
emporter avec soi, non le sigle de la première Fondation,
mais l'étiquette « scout » et surtout la référence
à Jacques Sevin, auquel on estime être plus pleinement
fidèle que l'Association dont on se sépare ? Et
qui arbitre le débat, au plan pédagogique et au
plan religieux ? Il me semble que l'Église a quand même
son mot à dire dans l'affaire, dans la mesure où
un groupe entend porter le nom de catholique (Christifideles laïci
n° 30). Elle le fait d'ailleurs avec beaucoup de réticence
et de prudence, sans se presser, comme nous le savons.
- Il est compréhensible que cette « reconnaissance
» officielle trouble ceux qui, jusque là, étaient
les seuls et qui doivent maintenant compter avec d'autres. Surtout
si, profitant de l'occasion, des « ultra » se mettent
à multiplier les déboîtements pour des raisons
douteuses, à la fois politiques et ecclésiologiques
(Vatican II…). La tentation est grande alors de faire des
amalgames (les « tradi »…) et, face à
des événements tragiques comme celui de Perros-Guirec,
de vouloir pousser le législateur civil à labelliser
le mot « scout », de façon à l'ôter
à tous les dissidents sans exception, sous prétexte
qu'ils le dénaturent et le déshonorent. Devant une
chose aussi grave, je fais plusieurs remarques dans la plus amicale
franchise :
- B.P. n'a pas labellisé le terme « scout »,
dont il savait pourtant l'exacte définition : il s'est
réjoui de le voir se répandre.
- Les divers sigles des Fédérations comportent
le mot « scout », mais englobé dans
une formule. C'est la formule globale qui appartient au Mouvement,
pas un mot tout seul.
- Quand le Père Sevin a fondé ses Scouts de
France en 1920, il arrivait en France en quatrième
position, après les Scouts laïcs, les Scouts protestants
et les Scouts israélites. Ces trois Fédérations
ne l'ont pas empêché d'utiliser un mot déjà
employé, qu'elles n'avaient pas pris la précaution
de monopoliser.
- Comment, pour définir ce terme chargé d'idéal,
pourrait-on recourir aux organismes d'une société
libérale qui se montre allergique à tout «
ordre moral » et incapable de descendre au profond des
choses ? Une société qui, de son propre aveu,
n'a pas été capable de définir ce qu'était
une secte ni même en quoi consistait sa « dangerosité
» ? Qu'elle s'abstienne donc de légiférer
dans ce qui lui échappe.
- Et si l'Église catholique labellisait le mot «
chrétien » pour l'interdire aux protestants et
aux orthodoxes ? On en entendrait parler.
- Que pourrait dire la Hiérarchie en voyant des mouvements
catholiques se disputer un mot, pédagogique certes,
mais que Jacques Sevin avait baigné dans les eaux du
baptême et qui n'est la propriété de personne
? Que pourrait penser le Pape, qui nous invite à la
réconciliation et à la marche vers l'unité ?
Celui qui dénonce son frère et suspecte son
identité se condamne lui-même : il risque, derrière
le « tradi », de critiquer finalement le chrétien
comme tel.

L'inspirateur
Pour ceux qu'il n'a pas explicitement fondés, Jacques
Sevin demeure un inspirateur, et son influence déborde de
beaucoup sa création initiale. Ici, chacun doit faire son
examen de conscience, au négatif comme au positif.
- Il est des choses auxquelles le Père Sevin tenait
absolument : dans sa spiritualité, le lien à
Jésus-Christ et à son Église, la Promesse
greffée sur le baptême et ne pouvant être à
géométrie variable. Il a même voulu faire
des scouts en état de grâce et mourant comme des
saints, à n'en point douter. Dans sa pédagogie,
il a mis en place des éléments fondamentaux que
chacun possède en mémoire. Et un apolitisme rigoureux
tous azimuts, qui peut se mettre a mal à gauche comme à
droite. Je vois mal un Sevin laïc ou un Sevin raciste ou
un Sevin nationaliste.
- Il est des choses qu'on ne peut faire avaliser par le
Père Sevin, non qu'elles soient mauvaises, mais parce qu'elles
n'entrent pas dans son projet.
- Jacques n'a pas créé un scoutisme mixte, ni
même deux mouvements juxtaposés : il n'a mis
en place qu'un mouvement de garçons où les seules
femmes sont des cheftaines de louveteaux.
- Il n'a pas non plus créé un Mouvement unique
où, tout en ayant des activités séparées,
scouts et guides appartiennent à la même Fédération,
comme cela se passe à la FSE. Il n'a pas fondé
un scoutisme européen, même si son âme
et ses chansons sont délibérément internationales
et très largement fraternelles. Il n'a pas fondé
un scoutisme à dimension cuménique comme
l'est la FSE au plan européen, mais sans faire aucun
amalgame, comme le souhaite aussi Jean-Paul II.
- Il n'a pas voulu non plus un scoutisme décentralisé.
Il désirait un Mouvement très unifié,
pour une efficacité supérieure. Il aurait même
souhaité un Ordre religieux scout pour assurer l'encadrement
solide et permanent des meutes, troupes et clans, sans parler
d'activités extérieures.
Chaque Mouvement doit donc accepter son originalité,
tout en vérifiant que son inspiration profonde vient bien
du Père Sevin, même s'il n'a pas été
fondé par lui. Cela suppose que chacun étudie les
écrits et l'uvre de Sevin, au lieu de s'en servir
simplement comme d'un drapeau, comme d'un prétexte masquant
une ignorance.
- Jacques Sevin n'aurait soutenu aucune révolte
contre l'Église, de quelque côté qu'elle vienne.
Il a recherché l'approbation du Pape Pie XI et les évêques
et n'a donné sa caution à aucun des mouvements désapprouvés
par la Hiérarchie, Sillon ou Action Française. Il
a toujours adhéré aux encycliques des Papes et pratiqué
aussi un scoutisme populaire dans les banlieues. Il a vécu
fidèlement la liturgie du moment sans se marginaliser d'aucune
manière. On le voit mal casser en deux les camps-écoles
de Chamarande en instituant le pluralisme rituel à parité.
En se hasardant à dire la messe en plein air, il a montré
même une hardiesse étonnante qui en a surpris plus
d'un. Il s'est habillé comme tous les prêtres de
son époque, mais en réduisant une soutane encombrante
à une curieuse maxi-jupe de couleur kaki que je défie
quiconque de porter sans faire éclater de rire !…
Il a eu l'idée d'un diaconat permanent et, sur ce point
comme sur d'autres, le concile l'aurait enchanté. En tout
cela, il a chéri passionnément l'Église sans
se réclamer d'une « sensibilité » particulière
pour échapper au loyalisme des articles 2 et 7 de la Loi
scoute. Il s'est montré aussi un Jésuite soumis,
dût son cur souffrir de certaines décisions
venues d'en haut.
- Je me permets d'insister sur ce dernier point. Au sein
de la même Église catholique, chaque Fédération
a le droit de préciser la manière exacte dont elle
entend vivre sa foi chrétienne: au beau milieu ou sur la
marge. Ce n'est pas une question de « sensibilité
» (mot misérable), mais de spiritualité ecclésiale,
et cela commande la largeur (ou l'étroitesse) des relations
dans la grande communauté, dans le diocèse en particulier.
Chacun fait comme il l'entend, mais il serait déloyal pour
une tendance marginale et minoritaire de venir semer le trouble
dans une Fédération soit pour la noyauter, soit
pour y séduire quelque jeune plus fragile, soit simplement
pour profiter de ses avantages au plan logistique ou législatif.
Déloyal et méprisant d'assister à une liturgie
commune en se croisant les bras ostensiblement. Je ne vois pas
le Père Sevin laisser faire une telle chose. Sous le prétexte
de réclamer une liberté, ne veut-on pas ôter
la liberté aux autres en faisant intrusion dans leur espace
?

Le
créateur d'identité
C'est l'expression que je préfère, car, en
sa profondeur, elle nous élève bien au-dessus du juridique
et nous convie tous à un examen de conscience.
Dans les décennies précédentes, on
a souvent parlé d'une crise d'identité subie par certains
chrétiens, devenus tout à-coup incapables de reconnaître
leur spécificité et de lui faire honneur. Identité
du fidèle, identité du prêtre : il en va de
même pour le scout catholique.
Qu'a voulu faire le Père Sevin, avec l'aval de BP
d'ailleurs ?
- Baptiser pleinement ce qui était encore déiste
et purement éthique, en intégrant le scoutisme dans
le milieu vital de la foi, dans l'irrigation du Corps mystique
du Christ. Pour cela, le Fondateur a remanié la formulation
de la
Loi, en passant du pragmatisme (« aider, être
utile ») à l'évangélique (« servir
et sauver »). Il a créé la liturgie de la
promesse,
alignée sur l'ancienne chevalerie. Il a composé
les Principes,
la prière scoute et de très nombreux chants qui
demeurent notre patrimoine en profondeur. Il a placé la
Promesse
dans la continuité du baptême et sous l'influence
de la grâce de Dieu. Du coup, l'ascèse propre au
Mouvement est sortie du domaine stoïcien, naturiste, pratico-pratique
ou altruiste, pour découler de l'amour du Christ, nécessiter
les sacrements et préparer (« être prêt
») à la vision de Dieu. De cette manière,
le Fondateur a créé une spiritualité scoute
branchée sur l'Église et apportant à l'Église
une bénéfique nouveauté.
- Unir intimement la pédagogie et la vie spirituelle,
sans juxtaposer la technique éducative avec la foi, dans
une sorte de « politique d'abord » appliquée
à l'humanisme. À la FSE, les Routiers réclament
souvent qu'on leur parle de cette unité de vie qui est
leur souci premier, au lieu de séparer les Brevets Techniques
Nationaux d'avec le « bitume-chapelet ». Jacques Sevin
a payé cher, très cher, cette intuition fondamentale
qui l'a fait exclure, même s'il y a d'autres raisons à
son éviction. Mais il a eu le temps de créer ainsi
un scoutisme catholique qui a été le propre de la
France. Faute de quoi le Mouvement a sombré dans le campisme
et dans l'hygiène, toutes choses facilement récupérables
par le nazisme et par le stalinisme, comme on l'a vu en Europe
centrale.
- Différencier la méthode scoute de toutes
les autres, en prenant position parmi les réalisations
anciennes ou futures le patronage, le cercle, la Croisade eucharistique,
la JOC, puis les Curs Vaillants. Tout en imaginant qu'on
pouvait créer une Troupe à partir d'un patronage
ou d'un collège. Tout en faisant que des passerelles puissent
s'établir de la Croisade au scoutisme et du scoutisme à
la JOC, comme en témoigne Marcel Callo. Cela doit être
bien clair pour qu'on ne fasse pas n'importe quoi, et pour que
le Scoutisme demeure un Mouvement de laïcs animés
par des laïcs, ce qui n'est pas toujours le cas dans certains
milieux cléricaux du monde « tradi ». Il n'en
reste pas moins que Jacques Sevin a su camper, aux SDF, une Aumônerie
pleinement sacerdotale et pleinement efficace, sans que le prêtre
soit réduit à n'être qu'un conseiller religieux
mal défini ou qu'un bénisseur de promesses.

Le
trait d'union
Jacques Sevin est une identité qui rassemble ou
du moins fait converger. En demeurer aux affrontements signifie
qu'on n'a pas compris l'essentiel, ou bien qu'on s'attarde à
des périodes révolues où il a fallu se positionner
rudement.
Nos séparations ont été conjoncturelles,
c'est-à-dire non prévues dans un calendrier et de
fait douloureuses, pour certains du moins. Elles ne se sont pas
faites de la même manière. Les SUF se sont déboîtés
pour des raisons pédagogiques, encore qu'on ait tout fait
pour les retenir… ou pour les rallier. Les Scouts d'Europe
sont nés hors du Mouvement et hors de la France, pour se
trouver rejoints par un chrétien orthodoxe de notre pays,
puis par P.Géraud-Keraod, venu des SDE. Deux histoires bien
différentes.
À partir de quoi se sont succédées
aux commandes des générations bien différentes,
chacune ayant de la difficulté à passer la main à
la suivante, qui lui semblait risquer de dénaturer l'intuition
première. Éternel problème des aînés
craignant un fléchissement posthume. Mais peut-on éterniser
des époques, surtout des moments critiques où l'on
ne faisait pas de quartier ? Ce phénomène affecte
les diverses Fédérations, dans lesquelles une vieille
garde veille au grain, surtout quand il s'agit de réaliser
une rencontre entre mouvements, donc de perdre une identité
acquise dans le combat et qui se dissoudrait dans l'amitié.
Cessons donc de nous définir en nous opposant nos vraies
marques sont ailleurs que dans nos déchirures, où
le politique interfère largement. Au diable les anciens combattants
de tout bord pour lesquels l'identité se trouve dans la pugnacité.
C'est l'union qui différencie, disait Teilhard.
Jean-Paul II vient de nous inviter aux retrouvailles, et
tant mieux Mais il faudrait être naïf pour croire que
cela se réduit à une poignée de mains ramenant
l'unité administrative. Ce n'est pas à ce simplisme
que songe notre Pape, trop habitué aux lenteurs et aux profondeurs
de la démarche cuménique.
Le dernier concile demandait aux religieux de retrouver
le charisme de leur Fondateur : la même chose s'impose aux
scoutismes catholiques. Il ne leur est pas défendu d'avoir
leur conviction propre, mais celle-ci demeurerait bien fragile si
elle ne se confrontait pas loyalement à la grâce de
Jacques Sevin. Il s'agit de savoir si leur fractionnement a donné
un bourgeon viable ou bien une cassure navrante. Les bourgeons s'alimentent
à la même sève et peuvent retrouver leur source
commune. Après, à la grâce de Dieu, comme l'Esprit
voudra !
En attendant, ne serait-il pas fraternel que les scoutismes
se soutiennent les uns les autres quand le malheur accable tel ou
tel d'entre eux, au lieu que les plus chanceux profitent d'un drame
pour le verser au compte de l'idéologie et publier dans la
presse des déclarations peu courtoises, à moins qu'ils
ne s'en tiennent à un silence accusateur ? Comme si les accidents
et les erreurs n'arrivaient qu'aux autres. « Le scout est
l'ami de tout autre scout » : nos réconciliations futures
commencent aujourd'hui par cette bienveillance fondamentale, me
semble-t-il.

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| Parution |
Maîtrises n°118
juin 1999
pages 15-18
Maîtrises n°119
octobre 1999
pages 24-28
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| Auteur |
P. MANARANCHE, s.j.
Conseiller Religieux
de l'Équipe
Nationale Route
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