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Ces derniers mois, on a beaucoup parlé des dérives
possibles du scoutisme. Curieusement, la presse s'est rarement
interrogé sur les raisons de son étonnant et persistant
succès depuis près d'un siècle : le scoutisme
a été construit par Baden-Powell à partir d'une
longue expérience des jeunes et de l'observation du
garçon, de ses besoins, de ses caractéristiques psychologiques,
mais aussi du constat de l'insuffisance du système éducatif
traditionnel et des difficultés rencontrées par certaines
familles. Il a cherché à former des jeunes citoyens
joyeux et utiles à leur pays. La méthode scoute a
ainsi contribué à former des millions de jeunes garçons
et filles. Enrichie par une expérience de près d'un
siècle, elle reste étonnement moderne et adaptée
aux jeunes d'aujourd'hui. Sans prétendre être
exhaustif, nous vous proposons d'en examiner les traits essentiels.

Un
mouvement pour les jeunes et par les jeunes
Pour Baden-Powell, les garçons ont tendance à
se créer un monde à eux, le « royaume des garçons
», distinct de celui des adultes, possédant ses règles
et ses références propres. En lui fournissant un cadre
de jeu et une méthode (le système des patrouilles),
le scoutisme répondait à ce désir spontané.
Cette tendance s'est accentuée au cours du XXe
siècle. Les sociétés occidentales ont ainsi
vu émerger l'adolescence, non seulement comme une classe
d'âge, mais aussi, depuis les années soixante,
comme une véritable classe sociale, pourvue d'une culture
spécifique.
Dans le même temps, les recherches psychologiques
les plus récentes ont mis en évidence l'importance
du groupe de pairs dans l'éducation des enfants ; celle-ci
résulte beaucoup plus qu'on ne le pense généralement
de l'influence des camarades de la même classe d'âge.
Enfin, les enfants forment spontanément des groupes
distincts de garçons et de filles. La tendance actuelle de
les faire grandir partout et systématiquement ensemble ne
nous paraît pas répondre aux besoins spécifiques
des garçons et des filles aussi, à côté
des lieux multiples où l'on rencontre une éducation
indifférenciée, les Guides et Scout d'Europe
proposent-ils de prendre en compte les besoins propres des uns et
des autres. C'est l'une des originalités d'une
seule association composée de deux sections. Permettre à
des jeunes de se retrouver entre eux et de faire vivre leur propre
mouvement reste une intuition géniale et moderne du scoutisme.

La
recherche du développement intégral de la personne
humaine
Baden-Powell assignait au scoutisme cinq objectifs de formation
: le caractère, l'activité manuelle, la santé
physique et le développement corporel, le bonheur (Baden-Powell,
« Le Guide du Chef Éclaireur » : «
le bonheur. Comment jouir des manifestations de la vie qu'on
trouve dans la nature… »), le service d'autrui.
Il ne négligeait pas pour autant la dimension religieuse,
souhaitant donner au garçon « un christianisme pour
la vie de tous les jours et pas seulement une religion du dimanche ».
C'est le Père Sevin qui a le mieux compris et su intégrer
la dimension spirituelle aux objectifs du scoutisme.
C'est ce double héritage que veulent assumer
les Guides et Scouts d'Europe, lorsque nous affirmons rechercher
le développement intégral de la personne humaine et
son unité de vie.
Cette affirmation conduit à considérer que
les cinq buts du scoutisme sont indissociables. Même si le
« sens de Dieu » oriente tous les autres, le scoutisme
doit veiller à un équilibre harmonieux, à ne
pas privilégier un but au détriment d'un autre
: trop d'activités physiques, trop de technique, trop
d'activités religieuses…, tout excès dénature
le scoutisme.

La santé et le développement physique
Les progrès médicaux et sanitaires n'empêchent
pas qu'il faut toujours apprendre à un enfant à
se laver, à être propre, à s'approprier
les règles d'hygiène… et tout chef sait que
le travail reste considérable à certains âges
!
Même si le sport s'est considérablement
développé, nombreux sont les enfants et les adolescents
qui manquent de tonus, d'énergie, qui sont difficilement
capables d'effort physique, d'endurance. La vie au grand
air les y conduit et leur permet de retrouver un équilibre
de vie en harmonie avec la nature.
À l'inverse, certains cèdent au phénomène
du « culte du corps », et il est nécessaire de
le remettre à sa juste place, de ne pas le sacraliser.
La maîtrise de soi est devenue un des aspects essentiels
de la santé aujourd'hui il faut apprendre aux jeunes
à lutter non seulement contre l'usage du tabac, mais
aussi contre la banalisation de la toxicomanie ou celle des expériences
sexuelles précoces !

La
formation du caractère
Les progrès spectaculaires du bien-être et
du confort peuvent avoir pour effet d'affaiblir le caractère
appuyer sur des boutons ne forge pas la volonté… Par
les exigences de la vie communautaire à l'école
de la nature, le scoutisme développe les qualités
nécessaires à la construction d'une personnalité
solide : le courage, la volonté, la persévérance,
le dépassement de soi… Il conduit chaque enfant à
prendre progressivement confiance en lui. Il enseigne aussi la joie
de vivre et invite chacun à une bonne humeur contagieuse.
Mais la formation du caractère ne se limite pas à
ces vertus : aujourd'hui, dans une société surinformée,
il faut aussi apprendre aux jeunes à faire preuve de discernement,
développer leur jugement et leur sens critique. C'est
là un des objectifs essentiels de la pédagogie des
conseils.

Le sens du concret
L'allongement de la scolarité obligatoire jusqu'à
16 ans est certainement une bonne chose. Mais elle contribue à
accroître la part de l'aspect purement intellectuel dans
l'éducation. En insistant sur le développement
de l'habileté manuelle, de l'esprit pratique, du
travail avec ses mains, le scoutisme favorise le développement
d'autres qualités humaines qui, sans lui, risqueraient
de rester enfouies. Il épanouit, équilibre et enrichit
la personnalité.

Le don de soi
Le scoutisme est une école de service et de don
de soi. Dans toute l'éducation scoute, la priorité
absolue, c'est le service des autres. Cela s'apprend dès
le plus jeune âge par la pratique de la B.A., qui doit devenir
un véritable réflexe. Le scoutisme vise ainsi à
développer, à amplifier, à traduire en actes
les capacités de générosité des jeunes,
à éviter les replis égoïstes sur la pure
satisfaction des désirs personnels. Allant résolument
à contre-courant des préoccupations affichées
par les sociétés occidentales contemporaines, le scoutisme
fait découvrir que le véritable bonheur, c'est
le don. Cette découverte est progressive : la B.A. est
avant tout un « bon tour », pour faire plaisir. En grandissant,
les jeunes découvrent que prendre des responsabilités,
c'est se mettre au service des autres. Les aînés
sont ensuite amenés à assurer des responsabilités
au service de la Cité et de l'Église. Lors du
départ routier, ils affirment consentir « au don
de soi-même à tout venant ».

Le sens de Dieu
Le scoutisme veut fournir à chaque jeune une occasion
de découvrir Dieu :
- par la vie dans la nature, qui permet émerveillement
et contemplation.
- par la vie avec les autres : une patrouille qui vit la loi
scoute est un signe vivant de l'amour de Dieu ; les efforts
fournis ensemble en s'entraidant, les moments de joie, les
amitiés nouées par la vie fraternelle, sont autant
d'occasions de sentir Dieu à l'uvre à
travers les hommes. Le témoignage personnel des aînés
(chef de patrouille, chef, cheftaine) est essentiel dans cette
découverte.
- par les temps de prière prévus dans les activités,
la découverte du silence et du temps consacré à
écouter.
par la possibilité de rencontrer un prêtre, au camp,
ou pour la préparation des étapes de la vie scoute.
Aujourd'hui, où règnent le doute et la
désespérance, le scoutisme offre à chaque jeune
une chance de trouver un sens à sa vie. Pour nous, ce sens,
c'est le Christ, qui est « le Chemin, la Vérité,
la Vie ». Le scoutisme permet de le découvrir comme
compagnon de notre route d'homme.
Ainsi, si les cinq buts sont indissociables, ils sont unifiés
par le dernier. En fait, toute la vie scoute est une marche vers
la découverte et la réalisation de cette unité
de vie.

Une
méthode active fondée sur la confiance
La confiance
La confiance est le socle de la méthode. Le 1er
article, « le scout met son honneur à mériter
confiance » est le fondement de toute la
loi scoute.
Le scoutisme prend le jeune au sérieux :
- il le considère capable de s'engager en donnant
sa parole : c'est le sens de la promesse,
adhésion volontaire à un charte de vie : la
loi scoute ;
- parce qu'il croit en sa parole, le scoutisme fait grandir
chaque jeune en lui donnant des responsabilités à
sa mesure, de façon progressive et adaptée à
son âge, à ses compétences ; celles confiées
à un chef de patrouille ou à un chef de troupe restent
exceptionnelles et façonnent fortement et durablement la
personnalité.
Dans le même temps, le scoutisme conserve aux adultes
leur responsabilité spécifique : celle de la prise
de distance, du recul, mais aussi du contrôle et du témoignage.
Les adultes construisent le cadre dans lequel s'exerce le jeu
scout, dans la plus large confiance possible.

L'action
Le scoutisme est action, jeu, aventure. Loin des bancs de
l'école, loin des manettes d'un jeu vidéo
ou d'un écran de télé, il lui propose
du concret, du réel. Pour aider un jeune à être
vrai, il propose de vraies aventures, à sa mesure, bien sûr.
Il aide ainsi le jeune à quitter le monde du virtuel, pour
poser les pieds sur terre, tout en donnant corps à ses rêves,
à son imagination, à sa soif d'aventure. Aujourd'hui
la concurrence est vive et il est souvent difficile de motiver les
adolescents. Sans doute faut-il faire preuve d'imagination,
parvenir à renouveler nos thématiques de jeux et ne
pas rester prisonniers de thèmes exaltants, mais situés
historiquement et moins motivants. Sans doute faut-il aussi approfondir
notre maîtrise des techniques de vie dans la nature. Elles
constituent un élément essentiel du jeu scout, car
elles traduisent une compétence réelle du jeune dans
la nature ; le scout s'adapte, est capable de vivre bien avec
des moyens simples, de parvenir à de belles réalisations
dans des domaines variés. C'est l'une de ses fiertés.
Mais l'action ne se déroule pas que dans nature
ou que par le jeu et la technique. La motivation et l'intérêt
naissent aussi d'un sentiment d'utilité pour les
autres. Nos activités doivent aussi comporter des actions
de services concrets, efficaces et utiles, adaptées à
chaque âge, et formatrices. La route s'y est engagée
largement, mais les éclaireurs aussi, à travers la
remarquable expérience des patrouilles cimes.

Former des citoyens utiles à leur pays et à
l'Europe
En affirmant que le scoutisme, c'est le civisme à
l'école des bois, Baden-Powell soulignait que la vie
scoute dans la nature conduisait à s'engager au service
de la cité. Notre
charte, dans son article 8, rappelle l'importance que le
scoutisme attache à la formation de « l'homme
social : il enseigne l'amour de la patrie, le sens de l'honneur,
la vraie fidélité, le respect de l'engagement
pris, le goût des responsabilités civiques dans le
cadre des communautés naturelles. » Le scoutisme conduit
progressivement à la découverte d'une conception
chrétienne de la vie sociale, exprimée dans la doctrine
sociale de l'Église, qui place au premier plan la dignité
de tout homme.
La construction de l'Europe est une autre dimension
de notre scoutisme. Nous sommes convaincus que la redécouverte
et la prise en compte de ses racines spirituelles communes est une
chance pour construire l'Europe d'aujourd'hui. Les
Scouts d'Europe ont été d'étonnants
précurseurs avec la relance du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle
en 1975… Il ne s'agit pas de reconstruire la chrétienté
du Moyen Age, mais bien d'engager chaque jeune à participer
à la Nouvelle Évangélisation de l'Europe
à laquelle nous appelle Jean-Paul II. À notre modeste
place, nous y contribuons.

Chefs
et cheftaines, soyons fiers de notre mouvement et
de notre mission !
Je n'ai pas pu tout balayer, ni tout reprendre. Chacun
des quinze éléments de la méthode justifierait
de vastes développements. Les Guides et Scouts d'Europe,
grâce à leur expérience enracinée dans
la tradition scoute, à la qualité pédagogique
de leurs équipes nationales, donnent les moyens de vivre
à fond tous les éléments de cette méthode,
harmonieuse et équilibrée. Nous y croyons trop pour
bousculer un de ses fondements. Pour autant, nous ne sommes pas
figés ni sclérosés. Sur de nombreux points,
des nouveautés ou des précisions l'ont enrichie
(les postes d'action dans les patrouilles, le système
des épreuves de classe avec MIBP et TA, l'heure Route
ou le moment lumière, etc.). La méthode vit. Le mouvement
aussi. Il doit tenir compte du contexte social et culturel dans
lequel vivent les jeunes aujourd'hui. Le scoutisme ne peut
se retrancher dans une tour d'ivoire ou une forteresse assiégée.
Des adaptations ou des évolutions ont été et
seront encore indispensables pour continuer d'intéresser
les jeunes au scoutisme. Tout l'enjeu est de rien faire qui
puisse dénaturer ou dévoyer une méthode qui
reste pertinente et moderne, qu'il faut avant tout nous efforcer
de connaître et d'appliquer le mieux possible. C'est
la première mission de tout chef.
N'ayez pas peur !
Pour le reste, ne cédons pas à la morosité
ou à l'inquiétude devant les agressions extérieures.
Restons confiants et sereins. Affirmons haut et fort que le scoutisme
est une chance et une richesse pour les jeunes d'aujourd'hui,
pour notre société, pour l'Église. Lançons-nous
résolument dans notre mission d'éducateurs. Faisons
confiance à un mouvement qui a montré sa maturité
et travaillons ensemble à construire le scoutisme du 3e millénaire.
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