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Des hommes et des femmes de « caractère »
Le scoutisme est porteur d’une méthode pédagogique particulière, originale, en vue de former l’homme de foi, fils de l’Eglise (art. 2 de la charte des principes naturels et chrétiens du scoutisme européen) et autant la personne que l’homme social, enseignant ainsi : l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, la vraie fidélité, le respect de l’engagement pris et le goût des responsabilités civiques dans le cadre des communautés naturelles (art. 8 de cette même charte). Bref, dit la charte, à l’article 10, le scoutisme forme des hommes et des femmes de caractère. Il suffit de relire les textes du départ routier et de l’engagement guide-aînée pour en être pleinement convaincu : « Si jamais la route te manque, fais-la. (…) Rappelle-toi qu’un scout qui n’a pas tout donné n’a rien donné ; un routier scout qui ne sait pas mourir n’est bon à rien. Mais souviens-toi qu’il est parfois tout aussi difficile de vivre, et maintenant, frère, à Dieu vat » « As-tu compris que tu dois commencer par sortir de ta maison et de toi-même, renoncer à ton égoïsme, à ton confort, à ta sécurité et accepter ce qui est difficile ? (…) As-tu le désir de faire fructifier ce don merveilleux qu’est la vie ? Je veux aider les autres et faire de ma vie une chose simple, belle et droite ».
En guise d’illustration, voici la figure bien connue d’un homme de caractère, Guy de Larigaudie, dit le « Routier légendaire », qui relisait très souvent le texte du départ routier pour s’en imprégner : « Pour moi, la vie est une marche vers Dieu », affirmait-il ; « une marche » , ajoutait-il, « qui est à la mesure de l’infini, nous dirions de l’absolu qui habite notre cœur, et cela légitime tous nos rêves » . On peut donc en conclure que, en tant que méthode d’éducation, le scoutisme et le guidisme forment, pour le service de l’Église et de la cité, un type d’hommes et de femmes certes nullement uniforme ou monolithique mais, toutefois, identifiable à partir de l’appartenance à une même communauté d’hommes, ou à un même feu de guides-aînées, avec comme références communes : les principes, la loi scoute ou guide, et la promesse.
Des hommes et des femmes « d’action »
La loi scoute incite à l’action dans un double mouvement indissociable et complémentaire bien exprimé par le troisième principe : Le scout ou la guide travaillent à établir le règne du Christ : 1) dans toute leur vie ; 2) dans le monde qui les entoure .
• L’unité de vie
L’unité de vie correspond à la première partie du troisième principe : travailler à établir le règne du Christ dans toute sa vie. Baden Powell écrit dans Éclaireurs : « Un scout est actif en faisant le bien, et non passif en étant bon » ; et aussi dans Le livre des chefs : « La loi scoute est faite de façon à constituer un guide pour les actions du garçon, et non un système de sanctions pour ses erreurs ». La loi scoute constitue bien l’idéal commun, comme l’affirmait lui-même le Saint Père aux guides et scouts d’Europe lors de l’Eurojam de 1994 : « La loi scoute est votre idéal de sainteté. Elle vous appelle à développer les valeurs humaines fondamentales : l’honnêteté, la loyauté, le sens du devoir bien fait, l’amour de la nature et le service du prochain ». Cet idéal de sainteté est exprimé dans chacun des dix articles de la loi scoute ou guide, à savoir : la confiance, la loyauté, l’esprit de service, l’amitié et la fraternité, la courtoisie et l’esprit chevaleresque (pour les scouts), la générosité (pour les guides), la capacité de s’émerveiller face à la création et donc de la protéger, la joie en toutes circonstances et la maîtrise de soi, le respect des biens et la pureté. Cet idéal est intériorisé, non pas d’abord à partir d’une démarche contemplative, mais à travers l’action : il s’agit de la fameuse Bonne Action (B.A.), qui est déclinée différemment selon les branches et donc les tranches d’âges : ainsi, cela va du service gratuit quotidien de l’éclaireur ou de la guide jusqu’à l’engagement pilote… Ce moyen pédagogique, qui privilégie l’action, a pour but de développer l’esprit de service, c’est-à-dire l’amour désintéressé du prochain pour l’amour de Dieu, que l’on appelle aussi la charité : en effet, la bonne habitude de rendre chaque jour au moins une fois un service à quelqu’un développe le véritable amour oblatif, le don de soi gratuit, source de vraie joie, et cette bonne habitude aboutit, chez le routier et la guide-aînée au choix d’un service précis, qui les aide, en se connaissant mieux face à Dieu et aux autres, à réaliser leur unité de vie. Ils découvrent alors leur vocation au sens large de ce terme, en privilégiant cet aspect de don de soi qui est inhérent à cette réalité : la vocation au mariage, c’est-à-dire le don de soi sans partage à un époux ou à une épouse, et, bien sûr la vocation à la vie consacrée, dont le germe, pour se développer, trouve un terrain favorable dans l’âme du scout ou de la guide, d’où le nombre très important de séminaristes et de religieuses issus des guides et scouts d’Europe.

• La mission
« Le scout ou la guide travaillent à établir le règne du Christ dans le monde qui les entoure », dit la deuxième partie du troisième principe. De fait la pédagogie scoute, qui est une pédagogie de l’action, est ordonnée à la mission. En d’autres termes, le garçon ou la fille, qui, par le moyen du scoutisme ou du guidisme, construisent leur personnalité propre en réalisant leur unité de vie, découvrent en même temps qu’ils sont appelés à porter le trésor de la foi au monde qui les entoure. Voici deux exemples de scoutisme missionnaire chers aux guides et scouts d’Europe.
« Construire une Europe unie et fraternelle » (deuxième principe et dernier couplet du chant de la Promesse), ce qui n’exclut pas bien évidemment, mais au contraire inclut la fidélité à sa propre patrie. Cette conception chrétienne d’une unité européenne, fondée sur des valeurs spirituelles et respectueuse des peuples qui la composent, est bien exprimée dans la récente homélie prononcée par Mgr. Pikus, évêque auxiliaire de Varsovie, durant la messe qu’il célébra lors du dernier conseil fédéral de novembre dernier : « L’Église lance un avertissement devant la vision de l’Europe réduite seulement aux aspects économiques, politiques, et devant une relation sans critique vis-à-vis du modèle de la vie de consommation. Nous devrions bâtir la nouvelle unité de l’Europe, si l’on veut qu’elle soit durable, sur ces valeurs spirituelles qui l’ont autrefois créée, en tenant compte de la richesse et des différentes cultures et traditions des peuples respectifs. Car il faut que ce soit une grande communauté spirituelle européenne. » Dans ce domaine, le champ d’apostolat est effectivement immense : « l’Église, dit le Saint Père dans une allocution aux évêques européens en 1982, pour répondre à sa mission aujourd’hui en Europe, doit avoir conscience que loin d’être étrangère à l’homme européen, elle porte au contraire en elle-même les remèdes aux difficultés et l’espérance du lendemain. » Quels sont ces remèdes ? Pour « révéler l’Europe à elle-même, montrer et rendre à l’Europe son âme et son identité » (Jean-Paul II dans ce même discours aux évêques européens), les guides et scouts d’Europe veulent participer à la nouvelle évangélisation du continent européen qui comporte, à partir des enseignements pontificaux : la sanctification par l’obéissance et la vérité, dont le pape nous entretient dans Veritatis Splendor : « cette splendeur de la vérité qui se reflète dans les œuvres du Créateur, spécialement dans l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu », le respect de la personne humaine et, donc du mariage et de la famille, source de droit qui passe avant l’état, de l’enfant, sujet de droit dès sa conception (Evangelium Vitae), de la dignité de la femme, à la fois égale, différente et complémentaire de l’homme (Mulieris Dignitatem) (d’où l’existence spécifique d’un guidisme), l’importance du travail humain, qui n’est pas qu’une source de profits, mais contribue à ennoblir la nature humaine (Laborem Exercens) (d’où la pédagogie des installations qui enseigne le sens de l’effort par le travail manuel, ainsi que le respect de la nature).
L’opération Grand Large en direction de tous les jeunes, en particulier les plus défavorisés. Il s’agit de revenir à la source du scoutisme, à cette intuition première de Baden Powell, qui le conduisit à organiser le premier camp de Brownsea. Le Père Forestier l’a bien exprimée dans son ouvrage scoutisme missionnaire : « Le scoutisme utilise, certes au départ, l’instinct de bande des jeunes adolescents mais cherche, par le jeu de la responsabilité, des personnalités capables de liberté » . Dans les mini-camps Kim, ce sont des personnes et non des individus qui sont accueillis. Le camp réalise l’ébauche d’une communauté de vie qui vise à montrer à ces adolescents qu’ils sont utiles à leur cité ou leur village… Certes, la vie de prière irrigue ces camps et spécialement, la sainte Eucharistie nourrit les âmes des chefs qui les encadrent et celles des jeunes volontaires qui veulent s’y associer ; comme le dit le Saint Père, dans un texte de 1980, adressé aux religieux contemplatifs : peut-être qu’aujourd’hui les théologiens, les discours sur Dieu ne suffisent plus… Il faut des existences qui clament silencieusement la primauté de Dieu. Nul doute que cette dimension de l’adoration, dans la prière, puisse toucher, par exemple, un jeune musulman.

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| Parution |
Maîtrises n°122
2000
page 20 à 23
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| Le savais-tu ? |
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Cet article fait partie des lectures conseillées
dans le cadre du programme de formation
générale des chefs et cheftaines
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