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  La paternité divine
et la joie d’être enfant de Dieu
     
 

Notre cœur est insatisfait et vous connaissez certainement cette phrase de saint Augustin : « Tu nous as fait pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi ». Nous sommes une capacité d’infini, seul l’infini peut combler notre cœur. Nous sommes faits pour l’infini, et un idolâtre, c’est quelqu’un qui cherche, par la répétition, à trouver dans un bien fini cette complétude de l’infini. Forcément, il ne trouve pas, donc il n’a jamais assez.

Cet infini, c’est Dieu. Nous avons à chercher le visage du Père. Baptisés, nous savons qu’il est un Dieu Père, « de qui tout vient et par qui tout a été fait ».

Le Saint Père commence la Bulle d’indiction du grand jubilé par une citation de saint Paul : « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur, qui, du haut des cieux, nous a comblés de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans le Christ. Le Père nous a élus en Lui, avant la Création du monde, pour être saints, immaculés, en Sa présence, dans la charité ». Si nous voulons avoir une idée sur la paternité de Dieu, il faut reprendre cette phrase de saint Paul. « Avant la création du monde », nous étions déjà dans le cœur de Dieu. Non pas que nous existions comme nous sommes là mais Dieu nous connaissait. Chacun d’entre nous, Dieu a pensé à lui. Il nous a voulus, chacun d’entre nous. Il a craqué pour nous, et c’est pourquoi nous existons : ce n’est pas seulement à cause de nos parents ! Et le simple fait que nous soyons, réjouit le cœur de Dieu. Chacun d’entre nous est précieux aux yeux de Dieu. « Pour que nous soyons saints, immaculés, en sa présence, dans la charité ». Voilà la vocation : Dieu nous a appelés. Exister, c’est avoir été appelé. L’existence est le long chemin qui doit nous faire grandir en la sainteté en Dieu. C’est la vie de Dieu qui doit grandir en nous, cette vie qui vient du Père et qu’il veut nous communiquer pour que nous soyons des vivants avec Lui.

Comment imaginez-vous Dieu le Père ? Vieux ? Sur un nuage ? Avec une grande barbe ? Des cheveux blancs ? Ou préférez-vous ne pas L ’imaginer ? Ou est-ce que vous n’y avez jamais pensé ? Qui se trouve dans votre cœur quand vous priez ? Quand vous priez, à qui vous adressez-vous ? Au Saint Esprit ? À Jésus ? À Marie (j’espère beaucoup, mais ce n’est pas pareil) ? De temps en temps, vous adressez-vous à Dieu le Père ?

Le Fils tient tout ce qu’il est de son Père, Il lui ressemble. Pensez à La Trinité de Roublev. Or, nous connaissons le visage du Christ et Il nous dit donc quelque chose du visage du Père et du visage de l’Esprit Saint, qu’on ne connaît pas.

Nous aussi ressemblons pour une petite part à Dieu notre Père puisque nous sommes ses enfants, or, Dieu notre Père est infiniment beau. Et la beauté de Dieu nous élève, et c’est en nous révélant celle-ci et en nous conduisant à elle que Jésus restitue en nous la liberté des enfants de Dieu.

Nous connaîtrons Dieu, nous le verrons tel qu’il est au bout du voyage, et cela nous rendra merveilleusement heureux ! Désirez voir Dieu le Père sans en avoir peur !

Notre Père des cieux est saint. Cela peut nous faire peur car nous ne le sommes pas, comme Isaïe dans le Temple. De même, après la pêche miraculeuse, Pierre comprend cette sainteté du Christ et lui dit : « Éloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur ».

Adam et Ève ont cru le démon, son mensonge qui présentait Dieu comme un Dieu jaloux, ne voulant pas vraiment le bonheur de ses enfants. Ils ont mis en doute l’amour et la bonté de Dieu. Ils ont vu comme effrayante sa sainteté, séduits qu’ils avaient été d’une plus grande domination sur le monde. Et nous en avons en nous les conséquences : nous avons un peu peur de Dieu parce qu’au fond de nous-mêmes, nous avons le sentiment que nous ne sommes pas vraiment bien. Alors, souvent, on se durcit secrètement dans la solitude, on va fuir la présence de Dieu, la présence des autres, et se fuir soi-même, et on tombe dans l’isolement, c’est tout le contraire du plan de Dieu.

La sainteté de Dieu nous fait peur alors que Dieu est communion. Les trois personnes divines sont un seul Dieu : tout ce que connaît l’une, les autres le connaissent aussi. Nous, nous avons du mal à nous connaître les uns les autres. On ne va pas raconter ce qui ne va pas, au plus profond, parce qu’il y a une humilité que nous n’avons pas. Et pourtant, il y a des choses qu’on aurait besoin de dire. De même, on ne veut pas parler de ce qui est très profond et très élevé, très beau. On n’arrive pas à livrer notre cœur ni dans le très haut ni dans le très bas. Cette communion qui n’est plus possible, c’est une conséquence du péché originel. Tout cela explique que nous n’arrivions pas à regarder Dieu sans en avoir peur. Or, il s’agit pour nous de retrouver l’intimité avec Dieu, avec l’aide du Saint Esprit qui est le lien du Père et du Fils. Et nous avons besoin d’être reliés à tout moment à Dieu notre Père, dans la confession que nous sommes dépendants de Lui, que nous avons reçu de Lui la vie, la croissance et l’être et que nous avons à retourner vers lui dans le don complet de nous-mêmes. C’est l’image du yo-yo : la main, c’est Dieu le Père ; le yo-yo, c’est nous ; la ficelle, c’est la foi. Le but, c’est toujours qu’on remonte vers la main de Dieu. C’est raté si on reste en bas.

Comprendre notre dépendance vis-à-vis du Père comme un bonheur : le jour où l’on arrive à cela dans un sentiment de paix, sachant que nous retournons à Dieu, à ce moment-là on peut commencer à regarder Dieu notre Père avec un regard qui s’apaise et à vivre en intimité avec Lui. En même temps, on va retrouver une paix avec nous-mêmes et une paix avec les autres. Or, nous avons été créés pour cette communion qui nous est si difficile. La communion des cieux, ce sera cela ; nous nous connaîtrons profondément et nous connaîtrons profondément Dieu.

Dieu notre Père met sa grande sainteté, sa grande puissance au service de notre vie. Un Père, c’est celui qui veut nous communiquer sa vie afin que nous lui soyons semblables. Dieu n’a pas voulu garder pour lui ce qu’Il est. Il a voulu que nous soyons heureux du bonheur de sa vie. Nous craignons Dieu Notre Père et pourtant, Dieu c’est la douceur même, la simplicité sans détour, il n’y a aucune méchanceté en Dieu. Dieu est innocent de tout mal. Le croyez-vous vraiment ?

Le Notre Père est composé de sept demandes. J’espère que vous demandez plein de choses à Dieu ! Si vous ne demandez rien à personne, c’est l’isolement. Mais demander quelque chose à quelqu’un, c’est accepter de dépendre de lui. C’est lui montrer qu’il compte pour nous. Savez-vous demander ?

Nous avons besoin de demander à Dieu de comprendre quelque chose de sa bonté. Nous avons besoin de faire cette expérience de goûter que le Seigneur est bon. Il faut lui demander de faire cette expérience-là afin que nous puissions confesser sa bonté parce que c’est une merveilleuse œuvre d’apostolat de pouvoir chanter la bonté de Dieu. Et notre monde aujourd’hui en a grand besoin.

Quand peut-on prier Dieu le Père ? Il y a un moment où nous le faisons : la prière eucharistique.

« Toi qui es vraiment saint, Toi qui est la source de toute sainteté, Dieu, nous te prions ». « Toi », ici c’est le Père. Et dans la première prière eucharistique, c’est encore plus évident : « Père infiniment bon, Toi vers qui montent nos louanges… » Pendant toute la prière eucharistique et ça commence à la préface, où le prêtre vous dit : « Le Seigneur soit avec vous » et vous répondez : « Et avec votre esprit » et après, le dialogue continue : « Élevons notre cœur », « Nous le tournons vers le Seigneur… » le Seigneur, là, ça n’est pas Jésus, le Seigneur, c’est Dieu le Père. Et nous nous tournons vers Lui. Après, le prêtre continue au nom de vous tous. Le baptisé a, par le ministère du prêtre cette capacité d’offrir le Christ à Dieu le Père. « Regarde Seigneur le sacrifice de Ton Église » ce sacrifice du Christ a été fait nôtre. « Daigne y reconnaître celui de ton Fils ». Vous devez être actifs pendant la messe et, effectivement, par le prêtre, réellement, chacun d’entre vous devez offrir à Dieu le sacrifice du Christ, vous offrir avec, tournés vers la première personne de la sainte Trinité. Si on réalisait ça, on serait peut-être un peu plus plein de révérence. Avoir cette révérence vis-à-vis de Dieu, pas la peur, mais cette confiance pleine de respect ! Prenez de temps en temps ces textes de la prière eucharistique pour votre moment-lumière ou votre heure-route. Ils nourriront votre prière. Et, à la messe, lorsqu’ils sont dits par le prêtre, faites-les vôtre, cela vous nourrira et fera grandir votre foi.

Le Père vous connaît. C’est normal, nous venons de Lui, le Créateur. Il nous connaît parfaitement. Réalisant cela, on pourrait avoir un premier mouvement : essayer d’échapper à ce regard. Quand découvrirons-nous que cette connaissance de Dieu est ce qu’il y a de plus apaisant ? Nous sommes connus par quelqu’un parfaitement et il ne détourne pas les yeux de ce que nous sommes ! Le regard de Dieu nous rejoint en nous respectant. Nous avons à demander au Seigneur de comprendre que sa connaissance est précisément ce dont nous avons besoin, ce que nous cherchons.

Dieu nous connaît, Dieu sait notre beauté. En même temps, il y a les taches. Mais ça n’est pas le fondamental et, surtout, il y a un sacrement contre les taches.

C’est Dieu qui nous a fait. Alors, si nous pensons que nous sommes nuls, ça n’est pas faire un compliment à Dieu. C’est plutôt lui faire injure que de penser qu’on ne vaut rien. Et même, au contraire, on vaut très cher puisqu’Il a envoyé son Fils donner sa vie pour Dieu nous aime, et c’est pourquoi, il nous envoyé son Fils, qui nous a dit : « Tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître ». Le Christ nous dit qui était notre Père.
Aimer, c’est livrer quelque chose de son intériorité, de son intimité. C’est se donner à connaître. Et, quand on aime quelqu’un, le mouvement de l’amour vis-à-vis d’une personne porte à entrer dans son intimité, c’est normal. Et vis-à-vis de Dieu ? Cherchez-vous à Le connaître ? Dieu veut habiter le cœur qui l’aime qui l’invite : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons en lui et nous ferons chez lui notre demeure. »

Je voudrais maintenant reprendre la parabole du Prodigue. Le « gamin » a 20 ans, quelque chose comme ça. Il s’ennuie. Il est maussade avec tout le monde. Il n’a pas dû être marrant, surtout avec son frère aîné, qui faisait son travail, qui ne disait jamais rien, toujours à travailler.

Le père le voit venir. Il se prépare car il sent que ça va mal. « Donne-moi mon bien ! » Ce qui m’a toujours sidéré, c’est que le père va partager ses biens. Ni procès, ni résistance : c’est quand même curieux ! Pourtant la demande du fils est parfaitement insolente et la réaction du père qui s’exécute tout à fait étonnante. Car les paroles du fils prodigue reviennent à dire « Tu n’en finis pas de mourir, on va s’arranger quand même ». Pour le père, le fils passe avant l’argent et il leur fait la répartition de ses biens et il ne dit rien du tout. Je pense que le fils a dû se trouver un peu bête. Il était sûrement prêt à se justifier. Or, il trouve douceur et acceptation. Le père s’était préparé et avait choisi de donner la liberté, dût-il en souffrir. La liberté : ce que Dieu veut absolument que nous ayons.

Le « gamin » prend l’argent et part. Pas une formule de politesse. Il a filé, peut-être un peu honteux, avec un certain malaise qui s’est probablement dissipé aussi vite que ses deniers.

Le fils parti, l’activité du père grandit. Il souffre beaucoup, il prie beaucoup et il espère. Il souffre mais il se tait. Il n’a pas dit : « Et ne refranchis jamais la porte ! ». Il se tait quand les voisins lui parlent du gamin « Alors ? ça va ? ça fait longtemps qu’on l’a pas vu, il est malade ? ». Il se tait pour que la voie soit libre, pour que ce retour qu’il espère soit possible. Le père ne lui a pas fait de chantage moral. Il ne l’a pas exhorté à son devoir, il n’a pas dit « fais-moi plaisir », ni quoi que ce soit. Mais il va l’espérer. C’est ce qui construit la personne.

Et lors de son retour, du plus loin qu’il l’aperçoit, donc il l’attendait, il le rejoint. Et lui, qui avait gardé sa peine, va partager sa joie.

Ce père est notre Père des cieux : il ne nous fait pas de reproches, il ne nous fait pas la morale, il ne nous fait pas de chantage. Il veut notre liberté. Ce qui est précieux pour nous, c’est notre décision. Dieu nous attend, il nous espère et nous rend toujours l’accès possible. Et dès qu’il nous aperçoit, vite « Réjouissons-nous car j’ai retrouvé celui qui était perdu. »

La grandeur de Dieu, c’est de donner sa vie, sa grâce.

Nous avons à réaliser que tout ce qui nous arrive, à chaque instant de notre vie, est un don de notre Père des cieux. Chaque instant de notre vie a été voulu par Dieu pour qu’il soit le moment où nous lui répondions. Vivre sa vie dans la conscience d’être l’objet de la constante sollicitude d’un Père, c’est ça la vie chrétienne. Cela ne veut pas dire sans souffrance, sans épreuves, car l’épreuve est nécessaire. De même que la poterie doit passer par le feu si on veut qu’elle puisse servir à quelque chose, sinon ça ne tient pas, notre foi doit aussi passer par l’épreuve pour être affermie.

Dernier mot : Jésus vit dans la conscience d’être le bien-aimé. Si le Christ a eu tous ces disciples, c’est qu’Il était profondément heureux. Quand quelqu’un vous dit : « Tu es mon Fils bien-aimé, j’ai mis en toi tout mon amour », il y a de quoi être heureux. Alors, la joie de vivre en enfant de Dieu, c’est demander au Père de comprendre qu’Il dit à chacun d’entre nous : « Tu es mon fils, ma fille bien-aimé. En toi, je veux mettre tout mon amour ». Et la sainteté c’est, au fur et à mesure, le Seigneur qui arrive à mettre en nous tout son amour. Et à ce moment-là, nous découvrons que nous ne sommes jamais seuls. Lorsque nous sentons que nous sommes isolés, c’est peut-être qu’on a un peu coupé la communication avec Dieu le Père. Il faut refaire le numéro !

 
 Parution
 
Maîtrises n°122
2000
pages 24 à 28
 

 Auteur
 
Père Christian-Marie Gallois
 

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Cet article fait partie des lectures conseillées dans le cadre du programme de formation générale des chefs et cheftaines
 

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