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  Les saints patrons de l’Europe      
 

Extrait de l’homélie de Mgr Olivier de Berranger, à Vézelay 1999.

Parmi les patrons de l’Europe, le premier qui fut désigné ainsi par Paul VI en 1964 c’est Benoît, de Nursie en Italie, dans les Apennins. Vous savez que sa vocation lui fut donnée très jeune. C’est lorsqu’il faisait ses études à Rome que, dès l’âge de 15 ans, il fut attiré par la prière et le silence, et très vite, il se retira à Subiaco. Après une épreuve, celle d’avoir pris en charge un monastère qui ne sut pas se laisser réformer et qu’il dut abandonner, il fut rejoint en 520 par un groupe important de jeunes gens qui désiraient imiter sa vie. Sa vie se résume dans sa devise, celle qu’il a laissée dans la fameuse Règle de saint Benoît : « ora et labora » (« prie et travaille »). C’est donc un saint d’équilibre, un saint non pas pour faire de l’équilibre, mais un saint pour équilibrer notre existence, un saint qui nous montre comment on peut vivre dans la juste mesure devant Dieu et devant les hommes en donnant toute sa part à Dieu dans la prière, en donnant toute sa part aux hommes dans le travail, et ainsi notre vie, qui n’est pas nécessairement monastique, devient une vie chrétienne.

Ensuite, vous savez que le Pape Jean-Paul II, lui-même un Slave, a voulu donner un « deuxième poumon à l’Europe » en 1980, en désignant deux autres patrons : Cyrille et Méthode. Deux frères, nés en Grèce. Ils ont annoncé l’Évangile d’abord aux habitants de la Crimée, et ils ont été envoyés en Moldavie. Au cours de leur mission, en 863, ils ont traduit les Écritures et ce fut vraiment le grand ouvrage de Cyrille et Méthode, ils ont traduit toutes les Écritures, tous les textes liturgiques, et le catéchisme catholique en langue morave, et c’est pour cela qu’on emploie aujourd’hui dans les langues slaves et dans la liturgie orthodoxe de ces pays, la langue cyrillique, l’alphabet cyrillique, la langue des Slaves, ce peuple nombreux que nous avons retrouvé après la chute du mur de Berlin, et qui est parmi nous aujourd’hui et que nous saluons avec affection. Méthode, avant de mourir, prononça cette prière : « Développe ton Église, Père, en nombre et rassemble tous ses membres dans l’unité, fais-en un peuple choisi, unanime dans la vraie foi et la doctrine authentique ; mets dans leur cœur ta Parole afin que tous glorifient ton Nom ».

Et maintenant, je vous dirai quelques mots des trois saintes que le Saint-Père vient, à l’occasion du Synode pour l’Europe, le 31 octobre 1999, de désigner comme « co-patronnes » de l’Europe.

D’abord, il a choisi une femme qui fut longtemps une mère de famille, qui a élevé huit enfants, qui a vécu une vie de couple exemplaire, dans l’amour des pauvres, et qui est devenue ensuite une moniale, fondant l’ordre de Saint Sauveur, il s’agit de sainte Brigitte de Suède. À travers elle, c’est tout le nord de l’Europe que nous saluons, c’est tous nos frères de Scandinavie, toutes ces populations qui sont, pour la plupart, au XVIe siècle, passées de l’autre coté de la rive de l’Église, et cependant ils restent nos frères par le baptême, et sainte Brigitte de Suède les protège et nous aidera à trouver avec eux le chemin de la réconciliation.

La deuxième sainte que le Pape a voulu désigner pour patronne de l’Europe, c’est santa Catarina di Sienna, sainte Catherine de Sienne : elle a été tertiaire dominicaine. Elle n’a pas vécu en communauté. Elle a constamment défendu l’unité aussi bien dans la société civile que dans l’Église ; elle a appelé, vous le savez, le pape d’Avignon : son « doux Christ de la terre ». Elle a tout fait par la prière, c’était une grande mystique, mais aussi par la parole, pour que le Pape retourne là où il devait être, c’est-à-dire auprès des tombeaux des apôtres à Rome. Elle y est parvenue, c’est une sainte qui nous montre, elle aussi, le chemin de l’unité et de la communion.

Et enfin, le pape a désigné une sainte qui a été beaucoup plus récemment canonisée car les deux autres dont j’ai parlé étaient du XIVe siècle, tandis que celle dont je vais parler maintenant est de notre temps. Elle a été gazée à Auschwitz en 1942 : il s’agit de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, sancta Teresa Benedicta a Cruce, Edith Stein. Là nous sommes dans notre siècle, au cœur de notre siècle tourmenté, comme le dit le Saint Père, et en elle s’exprime la recherche et l’effort du pèlerinage de toute une vie, de tout notre temps. Même après être parvenue à la vérité dans la paix, elle qui était née juive, dans la vie contemplative comme carmélite, elle dut vivre jusqu’au bout le mystère de la croix, s’offrant avec son peuple, s’offrant pour son peuple. Et le Saint-Père nous dit à son sujet quelque chose que je voudrais laisser pour vous, scouts d’Europe, comme un appel :

« Déclarer aujourd’hui Edith Stein co-patronne de l’Europe signifie déployer sur l’horizon du vieux continent un étendard de respect, de tolérance, d’accueil qui invite hommes et femmes à se comprendre et à s’accepter au-delà des diversités de races de cultures et de religions afin de former une société vraiment fraternelle ».

Vous comprendrez pourquoi ce témoignage me tient particulièrement à cœur. Je suis dans un diocèse où se trouvent cent soixante-treize ethnies différentes, un diocèse planétaire, peut-être à l’image de ce qu’est en train de devenir l’Europe. Et vous, scouts d’Europe, à l’image de ces saints patrons de l’Europe, vous devez devenir de plus en plus des hommes de communion, des hommes de fraternité. Avec le Pape, n’ayez pas peur d’être tolérants, d’être des artisans de paix. Mais encore une fois, pour cela, une seule chose est nécessaire, connaître le Christ, aimer le Christ et vous laisser aimer par le Christ. Que l’Esprit Saint, le Paraclet, vous donne de comprendre ces paroles et de les garder en vos cœurs avec Marie, Mère de Jésus.

 
 Parution
 
Maîtrises n°122
2000
pages 24 à 28
 

 Auteur
 
Mgr Olivier de Berranger
 

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Cet article fait partie des lectures conseillées dans le cadre du programme de formation générale des chefs et cheftaines
 

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