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À l’heure du triomphe de l’individualisme, on peut se demander quel est l’avenir de la communauté ? Y a-t-il antagonisme entre ces deux notions ? S’excluent-elles ?

L’individualisme, aboutissement du libéralisme ?
Les doctrines politiques libérales des XVIIe et XVIIIe siècles ont placé la liberté individuelle et l’autonomie de l’individu au cœur de leur projet d’émancipation. La lutte contre le pouvoir de l’Etat n’avait d’autre but que d’accroître la sphère de la liberté de chacun. Emporté par sa logique et son dynamisme, le processus libéral n’a pas tardé à déborder la sphère du politique. L’individu devient lui-même sa propre norme ; pas plus qu’il ne peut subir le pouvoir d’un prince, il ne peut être soumis aux contraintes de lois naturelles. Le libéralisme aboutit ainsi au rejet des contraintes religieuses.
Le XXe siècle voit le triomphe de l’idéologie libérale sur les autres systèmes. Emporté par son succès économique, il aboutit au triomphe de l’individualisme. Ainsi, le monde contemporain est celui du règne du « chacun pour soi ». C’est l’individu qui est la référence suprême, il n’obéit qu’à ses propres désirs, obsédé par la recherche obligatoire et sans joie d’un bonheur normalisé, que Pascal Bruckner a récemment appelé « le devoir de bonheur » (Pascal Bruckner, L’Euphorie perpétuelle, essai sur le devoir de bonheur, mars 2000).

Personne et communauté
Bien avant le libéralisme, la pensée chrétienne avait mis en exergue l’importance et la dignité de la personne humaine. Mais, à la différence de l’individu libéral, la personne chrétienne est un être de relation et de dépendance.
Au XXe siècle, les philosophes personnalistes ont ainsi montré qu’il existe un rapport essentiel entre la personne et la communauté où elle vit et où elle s’épanouit. Pour Emmanuel Mounier, concepteur du personnalisme, c’est l’ouverture aux autres qui caractérise la personne. L’homme se fait en s’ouvrant à la communauté dans laquelle il vit et à l’univers tout entier. Sa présence au monde implique un engagement de tout son être (Emmanuel Mounier, Le Personnalisme, 1949).
Jean-Paul II résume cette pensée : « C’est par le libre don de soi que l’homme devient authentiquement lui-même et ce don est rendu possible parce que la personne humaine est essentiellement capable de transcendance. En tant que personne, l’homme peut se donner à une autre personne ou à d’autres personnes et, finalement, à Dieu (…) L’homme est aliéné quand il refuse l’expérience du don de soi et de la formation d’une communauté humaine authentique orientée vers sa fin dernière qu’est Dieu » (Jean-Paul II, Encyclique Centesimus annus, 1991, § 41).

La relation aux autres dans l’éducation scoute
Aux enfants-rois de notre temps, souvent des enfants uniques ou issus de familles peu nombreuses, le scoutisme donne la chance de connaître les contraintes et les joies de la vie dans une équipe. En effet, s’il considère l’enfant et le jeune comme un être unique et comme l’objet de toute l’éducation, le scoutisme agit toujours par l’intermédiaire de l’équipe à laquelle il appartient. L’enfant est toujours considéré comme membre d’un ensemble : la meute ou la clairière, la patrouille, l’équipe. Ce sont ses relations aux autres et avec les autres qui le font grandir et progresser.
Dans toute communauté, la première contrainte est celle de l’attention aux autres, à travers les multiples tâches quotidiennes. La liberté de chacun est limitée par l’obligation de s’occuper des autres, de les respecter, de se mettre à leur service.
La communauté ne peut vivre que par la participation active de chacun à un projet commun. L’engagement actif est nécessaire pour souder une équipe, participer aux jeux, aux actions, créer un esprit d’équipe qui stimule et dynamise chaque membre du groupe.
Dans chaque groupe, les aînés reçoivent la responsabilité particulière d’établir des relations avec tous les membres de l’équipe, de s’assurer qu’ils se sentent bien dans le groupe, de les faire progresser par des contacts personnels.

Une communauté utopique ?
La communauté scoute est le lieu privilégié d’accomplissement de la personne par la pratique concrète de l’Évangile. La loi est un ensemble de préceptes positifs qui règlent les rapports entre les membres du groupe. L’équipe scoute est, de ce point de vue, une communauté chrétienne authentique, dans laquelle l’enfant et le jeune peuvent faire l’expérience concrète de relations profondes, vraies, qui épanouissent et font grandir. C’est cette expérience qui marque durablement et profondément les jeunes et explique l’impact affectif considérable du scoutisme à l’adolescence.

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