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Si la plupart des actes de notre vie quotidienne sont posés de manière habituelle, certains nous engagent plus radicalement et demandent de notre part un discernement. Cela peut concerner un choix de vie, mais aussi un événement apparemment banal sachant que « tout acte d’un routier-scout engage ». Il s’agit alors de savoir si les aspirations qui sont nôtres sont bien conformes à la volonté de Dieu ou si, au contraire, elles vont nous éloigner de Lui.
Le discernement peut prendre des formes subtiles. Ainsi, par exemple :
• Une chose bonne en soi peut pour autant ne pas être opportune. C’est la caricature du scout qui aide une grand-mère à traverser la rue alors qu’elle vient d’effectuer à l’instant le même déplacement en sens inverse…
• Il se peut aussi que ce soit la manière avec laquelle nous utilisons une chose neutre en soit qui détermine l’acte que nous posons. Un bistouri dans la main d’un chirurgien va sauver une vie alors qu’elle la prendra dans celle d’un assassin !
Je te propose ici, de manière non exhaustive, quelques critères sans ordre établi pour mener à bien ce discernement. Il s’agit de repères et non d’une recette de cuisine. Chacun est unique et le discernement doit pouvoir s’effectuer en considération des personnes et des situations.

Préciser la question qui est l’objet du discernement et déterminer les choix à poser
Il s’agit d’une attitude lucide qui implique que tu détermines précisément de quoi il est question. Quelle est par exemple l’alternative possible à une question que tu te poses. Qu’en dit ta raison ? Dieu te l’a donnée pour que tu t’en serves. La solution qui est la plus raisonnable est souvent celle qui est divinement inspirée. Un rapide tour de la question te permettra également d’éliminer les objets immédiatement contraires à la volonté de Dieu. Saint Ignace proposait, une fois le discernement avancé, de mettre par écrit d’un côté les raisons qui me feraient pencher pour une solution et de l’autre les raisons qui me feraient refuser cette solution.

Rester au plus près de Dieu particulièrement dans la vie sacramentelle
Il s’agit en effet de réaliser la volonté du Seigneur ayant au cœur que Dieu désire profondément notre bien. Dieu ne s’impose pas à la liberté de l’homme, il la sollicite. Sa voix se mêle à la brise légère. Elle est un murmure et pour l’entendre il faut demeurer proche du Seigneur et incliner « l’oreille de notre cœur ». Cela nécessite donc une intimité avec le Seigneur, une intimité à l’image de celle de l’apôtre Jean reposant sur le cœur de Jésus au soir de la Cène. Cette intimité réclame d’être entretenue dans la vie de prière et sacramentelle. Saint Ignace invitait celui qui désirait discerner à se confesser pour avoir la conscience et l’esprit libérés de toutes les mauvaises influences qui fausseraient le discernement et fermeraient la personne aux inspirations de l’Esprit Saint.

Entrer dans une indifférence de principe
On peut se sentir très attiré par une solution qui semble aller de soi, mais est-elle la bonne ? N’est-ce pas la facilité et la peur de certaines exigences qui commandent mon discernement en l’espèce ? Tout a priori demande à être vérifié et, pour cela, il faut entrer dans une neutralité de principe par rapport à l’alternative qui s’offre à toi. Pour cela, je t’invite à ne rien chambouler radicalement dans ta vie. En effet, certains actes sont capables de peser sur le discernement au point de le déterminer. Pour autant, il faut, en sens inverse, savoir poser les actes qui maintiennent l’alternative. Si tu hésites entre une inscription en faculté ou une en classes préparatoires, il faut que tu remplisses à temps les dossiers nécessaires sous peine de réduire à néant l’alternative. Demeurer dans une indifférence de principe, c’est également remplir au mieux ton devoir d’état. Celui qui se pose, par exemple, la question de savoir s’il va entrer au séminaire et qui néglige ses études ne sert pas sa liberté. Enfin, pour pouvoir choisir, il faut exiger de soi « un calme intérieur ». La fébrilité et l’agitation, le « tout, tout de suite », si propres à notre société actuelle ne sont pas des guides sûrs dans le discernement.

Se tenir dans l’humilité
Discerner, ce n’est pas en effet faire ce que je veux mais réaliser ce à quoi Dieu m’appelle. Il faut donc accepter une forme de dépossession de soi au profit d’une plus grande confiance en Dieu. L’homme trop rempli de lui-même ne l’est pas assez de Dieu pour recevoir ce que le Seigneur veut lui donner.

Porter cet appel dans la prière
« Seigneur que veux-tu que je fasse ? » Voilà la prière qui doit habiter ton cœur dans la situation présente. Pour cela, il faut savoir solliciter les lumières de l’Esprit Saint, ce grand oublié de La Trinité. Il est pourtant l’hôte intérieur qui nous conduit. « Nul ne peut dire Jésus-Christ est Seigneur si ce n’est par l’Esprit Saint » nous enseigne saint Paul. Toute l’action de l’Esprit Saint est de nous faire accéder à Dieu, de nous mettre en communication avec le Seigneur, de nous introduire dans les profondeurs sacrées et de nous livrer les « secrets de Dieu ». En effet, nous avons reçu au baptême l’Esprit du Seigneur « afin que nous connaissions les dons de la grâce de Dieu ».

Laisser au temps l’opportunité de faire son œuvre en nous
Le temps est l’espace dans lequel l’Esprit Saint travaille notre cœur et lui donne de recevoir la volonté de Dieu. L’idéal serait que tu prennes le temps jusqu’au moment où tu sois habité par une intime conviction. Saint Ignace de Loyola faisait ainsi. En même temps, il faut savoir prendre en considération le facteur temps lorsqu’il s’impose à nous. À un moment donné, il faudra rendre un dossier sous peine de ne plus pouvoir prétendre à une inscription ou encore, on exigera de toi une réponse à une date fixée. En règle générale, plus le discernement va engager ta vie, plus il faut prendre le temps. Par ailleurs, certains actes ne demandent pas nécessairement un long temps de réflexion. Garde-toi d’abuser des délais sous peine de voir ta détermination se diluer ou ton discernement s’enliser.

Solliciter le conseil et se faire accompagner par un conseiller spirituel
Tout Pilote qui monte à la Route est appelé à choisir un père spirituel. J’ai déjà détaillé dans TTR n° 20 les critères permettant de le choisir et je te renvoie volontiers à cet article. Le Père spirituel n’est cependant pas le seul conseiller sur lequel tu puisses t’appuyer. Il peut arriver que, pour certains choix techniques, tu doives solliciter la compétence là où elle est. Attention néanmoins à solliciter le conseil de qui est qualifié pour le donner. La personne doit être compétente mais également posséder une certaine distance par rapport à l’événement (par l’âge, sa situation par exemple…) et une liberté suffisante pour dire ce que la vérité commande. Ce n’est pas parce qu’une personne connaît les mêmes difficultés que toi qu’elle est la plus à même de t’aider. Elle peut être trop empêtrée dans ses propres problèmes pour t’aider lucidement. Cependant, une personne qui a dû mener un discernement similaire et qui a suffisamment de recul peut t’aider utilement. Garde bien cependant à l’esprit que les paramètres ne sont pas forcément les mêmes, ne serait-ce que parce que la personne concernée, c’est toi et non elle. De surcroît, imiter ne veut pas dire dupliquer.
Ce conseil doit éclairer ton discernement mais pour autant ne doit pas te pousser à en faire l’économie. Il ne s’agit pas de démissionner dans ton cheminement. En effet, l’avis qui t’est donné, s’il est nécessaire, ne prend pas forcément en compte toutes les données du problème. En final, il te faut « boucler » ton discernement avec ton accompagnateur spirituel qui est constitué dans la grâce d’état pour t’aider à reconnaître la volonté du Seigneur là où elle est.

Vérifier si les fruits de l’Esprit Saint sont présents
« Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi ». Si notre décision est de Dieu, elle est le fruit de l’œuvre de l’Esprit Saint en nous. Ce fruit, on peut le reconnaître. Saint Paul nous le décrit dans son épître aux Galates. Si on constate sa présence multiforme dans les actes qui résultent de notre discernement, on peut considérer qu’on est sur la bonne route ! Attention cependant à le considérer avec le temps. Ce n’est pas forcément au moment même où tu as pris ta décision que tu vas te trouver envahi par ces dispositions données par l’Esprit Saint ; pour tout dire, c’est même assez rarement le cas. Ainsi, la paix peut ne pas apparaître immédiatement car il se peut que tu sois encore affecté par des renoncements qu’il t’a fallu consentir dans l’ordre des choix. Le court terme, l’immédiateté, ne permettent pas toujours de reconnaître la qualité de nos décisions.

Maintenir ses choix une fois le discernement posé
Si on a pris le temps de choisir les moyens d’un vrai discernement, il ne faut pas avoir peur de maintenir les choix posés. J’exclus de fait l’erreur grossière dans laquelle il ne faut pas s’enfoncer mais, si les critères plus hauts décrits ont été respectés, les risques sont limités. Je veux ici te mettre en garde contre une attitude qui consiste à tout remettre en cause de manière systématique et rapide. Pour qu’un choix porte des fruits, il faut lui laisser le temps d’en produire. Nous avons bien cette patience lorsque nous récoltons les fruits de la terre, pourquoi ne l’aurions-nous pas pour nous-mêmes ?
Bonne route au souffle de l’Esprit Saint !

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