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  La loi du sourire      
 

Elle serait bien longue à évoquer la procession des saints qui, au fil des siècles, ont donné place au sourire dans leur vie. François d’Assise et Philippe Néri, Vincent de Paul et François de Sales ont, avec bien d’autres, fait du sourire un témoignage, et de l’humour une vertu chrétienne.

En notre temps, Jean-Paul Ier ne fut pape que quelques semaines, « le temps d’un sourire » a-t-on écrit. Mais il eut le temps de rappeler lors d’une audience solennelle : « En faisant de la plaisanterie et de la gaieté une vertu, saint Thomas d’Aquin était en parfait accord avec l’Heureuse Nouvelle prêchée par le Christ, avec l’hilaritas recommandée par saint Augustin. Il abattait le pessimisme, habillait d’allégresse la vie chrétienne et nous invitait à puiser le courage et la force dans les petites joies saines et pures que nous rencontrons sur notre chemin ».

Revenons au scoutisme pour constater que la loi, quand elle dit que « le scout sourit », ne se contente pas d’ajouter un article aux neuf autres. Elle les récapitule tous dans une affirmation qui donne son sens à l’ensemble.

Le scout sourit parce qu’il « met son honneur à mériter confiance » et que c’est, à la fois, demander et accorder confiance que de sourire à quelqu’un, que d’échanger avec lui ce signe de reconnaissance.

Le scout sourit parce qu’il « est l’ami de tous » et que le sourire est le premier signe de l’accueil amical. Parce qu’il est « courtois » et que la politesse sans le sourire n’est que geste de convenance et non générosité du cœur.

Le scout sourit parce qu’il « voit dans la nature l’œuvre de Dieu » et qu’on ne se promène pas, l’air morose, dans le magnifique jardin du Père. Le sourire est le signe visible de l’émerveillement.

Comment le scout pourrait-il « obéir sans réplique », sans devenir robot, s’il n’accompagnait son obéissance d’un sourire de libre acquiescement ? Et comment affirmer qu’il ne fait « rien à moitié » s’il oublie de signer ses actes avec un sourire ? Il est évident, aussi, que le scout ne peut se proclamer « maître de soi » que si un sourire vient nuancer ce qu’un tel défi pourrait contenir d’orgueil.

Le scout sourit parce qu’il « prend soin du bien d’autrui » et que le sourire est la meilleure manière de rendre au prochain la joie, qui est le plus précieux des biens. C’est pourquoi, si le scout « est économe », il ne le sera jamais de ses sourires !

Le scout, enfin, sourit parce qu’il est « pur » et que, évitant les ricanements équivoques, il sait que le sourire est une transparence qui laisse voir la vérité du cœur.

C’est ainsi qu’en souriant, en ayant le courage de sourire, le scout n’est pas seulement fidèle au septième article, mais à la loi entière, dans sa lettre et son esprit.

Modeste en apparence, le sourire est en fait une « arme absolue ». Il dégonfle l’orgueil des forts et renforce le courage des faibles. On imagine le petit David souriant quand il marchait, la fronde au poing, vers Goliath. Et il devait sourire encore, un peu narquois, quand il vit le géant s’effondrer dans la poussière !

Si puissant que soit le sourire, il est accessible à tous : « un sourire, a dit l’Abbé Pierre, coûte bien moins cher que l’électricité, et donne plus de lumière ». Il est vrai qu’un sourire éclaire un visage et peut illuminer une rencontre. Un visage sans sourire est comme un mur, alors que « le sourire d’une personne est comme une fenêtre ouverte » (Jean Debruyne).

Sourire, ce n’est pas seulement montrer qu’on a du courage, c’est aussi le meilleur moyen de s’en donner et d’en donner aux autres. Le meilleur moyen de louer Dieu et de lui faire confiance. Et le meilleur moyen, pour un scout, de tenir sa promesse et de vivre sa loi.

 
 Parution
 
Maîtrises n°126
 2001
 pages 8 à 9
 

 Auteur
 
Jean-Pierre Normand
 

 Le savais–tu ?
   
Cet article fait partie des lectures conseillées dans le cadre du programme de formation générale des chefs et cheftaines
 

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