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Un jeune est-il encore capable d’engagement au XXIe siècle ? L’engagement n’est pas une affaire d’époque, mais de cœur.

Une époque d’incertitude et de relativisme peu propice à l’engagement
Les observateurs de la vie sociale qui auscultent la jeunesse nous le disent sur tous les tons : les jeunes d’aujourd’hui ne sont plus prêts à s’engager.
Ils naviguent à vue et ne font de projets qu’à court terme. Ils vivent dans l’instant et ne se projettent plus dans l’avenir.
Ils « zappent », passent d’une action à l’autre, au gré de leurs émotions, de leurs désirs, de leurs envies du moment.
Plusieurs explications peuvent être avancées :
• La précarité professionnelle et l’apparition durable du chômage dans la vie professionnelle. Il n’y a plus aujourd’hui de métier à vie ; la mobilité, le changement font partie du paysage. Qui peut dire qu’il va garder toute sa vie le même emploi, voire le même métier ?
• La précarité affective et familiale : divorces, mariages, cohabitations. Alors qu’en 1970, il y avait un divorce pour 10 mariages, on en est à un pour trois aujourd’hui. Le phénomène de la précarité des unions conjugales peut être constaté par tous, souvent de façon douloureuse : des camarades, des amis, des frères et sœurs, quelquefois même des parents sont touchés. Envisager de donner sa vie à un(e) seul(e) autre relève de l’héroïsme… ou d’une morale désuète, tournée en dérision par les médias qui véhiculent les normes de la nouvelle pensée.
• La montée du relativisme religieux : toutes les religions se valent. Il n’y a qu’à se servir dans les grands supermarchés des croyances ; chacun est invité à composer la sienne à sa convenance, en piochant ce qui lui convient. Il n’y a pas de vérité, chacun peut se fabriquer la sienne.
Ainsi, la génération des 16/25 ans n’est pas seulement marquée par l’indétermination et la recherche, propres à la jeunesse, mais aussi par la montée des incertitudes et du doute.
Pourtant, les jeunes sont, dans une certaine mesure, prêts à se mobiliser, sinon à s’engager vraiment.
C’est le titre d’une enquête réalisée en 1999 par l’IFOP sur les jeunes de 16/25 ans à la demande du Ministère de la Jeunesse et des Sports.
Entre autre a été examinée la question de la mobilisation et de l’engagement des 16/25 ans. Ils sont décrits comme formant « une génération de l’avoir, qui invente une nouvelle forme d’être : le zapping moral ».
En effet, selon l’enquête, les jeunes portent sur eux-mêmes un regard lucide et sans complaisance. Critiques à l’égard de la société, ils le sont aussi sur eux-mêmes. Amenés à décrire leur génération, ils la qualifient avant tout de « génération consommation » (45 %) plus que « génération solidarité » (35 %) ou « génération révolte » (27 %).
Mais, bien qu’attachés aux valeurs individualistes, les jeunes n’optent pas pour autant pour une attitude de repli sur soi. Il s’agit plutôt d’une réarticulation de l’individuel et du communautaire, qui se traduit par la volonté de s’impliquer ou de se mobiliser, un engagement vécu comme un moyen de corriger l’isolement, le chacun pour soi dans la société. Le militantisme associatif est ainsi valorisé par 83% des 16-25 ans.
Cette mobilisation, lorsqu’elle existe, est soumise à conditions :
— en termes de causes : elles doivent les concerner directement : l’engagement, c’est aussi pour soi, pour se faire plaisir, être en phase avec ses idées… c’est un tremplin pour accéder à un rôle dans la société ;
— en termes de modalités : elles doivent être à la carte, souples et ponctuelles. Chacun peut à tout moment s’y soustraire.
Dès lors que ces conditions sont respectées, les causes de mobilisation sont plurielles. Elles concernent :
• La sphère familiale. C’est la première des causes pour laquelle on se mobiliserait (89%). Loin d’être rejetée, la famille (au sens moderne, presque clanique du terme, c’est-à-dire la famille élargie) est le lieu du ressourcement, que l’on défendrait coûte que coûte s’il était menacé.
• La santé : elle est devenue une vraie préoccupation des jeunes, dont 78% seraient prêts à se mobiliser sur la question du SIDA.
• La protection contre l’environnement (60%) : il s’agit d’une cause concrète, et d’autant plus valorisante qu’on peut en palper les résultats.
• La violence, sous toutes ses formes (71%) : enfants maltraités, racisme, violence.
• La sphère sociale, et notamment la misère en France (63 %).
En revanche, ils sont peu enclins à s’intéresser et à s’investir dans l’action politique : 77% s’y intéressent peu ou pas du tout.
Ainsi sollicités sur cette notion d’engagement, les jeunes lui découvrent des qualités auxquelles ils sont sensibles : le moyen de se sentir utiles, le moyen également d’affirmer ses responsabilités.
À l’occasion du centenaire de la loi sur les associations de 1901, plusieurs enquêtes ont été conduites. On s’est aperçu qu’un quart des bénévoles avait entre 18 et 24 ans. La majorité des jeunes intéressés avaient choisi de s’investir dans des aides de proximité (soutien scolaire d’enfants défavorisés, visite d’enfants malades ou de détenus, collecte de fonds pour des exclus, etc.) plus que dans des actions à l’étranger. Pour les jeunes, être bénévole, c’est le moyen de lutter contre une société trop individualiste et de mettre en pratique des valeurs auxquelles ils croient.
En résumé, on peut dire que les jeunes sont prêts à s’émouvoir pour des causes, à se mobiliser ponctuellement pour les défendre, mais rechignent à s’engager durablement au service d’une personne ou d’une idée.

De tous temps, il y a eu des hommes capables de s’engager et d’autres incapables de le faire…
D’abord, il faut relativiser le tableau pessimiste que certains se complaisent à faire de la société actuelle : elle n’empêche pas des jeunes, les chrétiens et les catholiques en particulier, d’avancer, d’affirmer des convictions, des valeurs, de croire en une vérité qui les dépasse. L’exemple du succès étonnant des JMJ est là pour le démontrer.
Ensuite, il faut regarder notre histoire avec plus de lucidité : même si cela est aggravé par le contexte actuel, le refus de s’engager n’est pas propre à la société contemporaine ni aux hommes d’aujourd’hui. Plus qu’une affaire d’époque, l’engagement est une affaire de cœur propre à chaque homme.
Dans l’Évangile déjà, l’appel à un engagement clair « que ton oui soit oui » répondait à une abstention ou à une passivité habituelle chez l’homme.
À toutes les époques, il y a eu ceux qui disaient oui, qui faisaient preuve de volonté, qui entraînaient, ceux qui marchaient devant et ceux qui hésitaient, temporisaient, refusaient de s’engager, se laissaient aller au gré des courants ou de l’air du temps.
L’humanité a avancé grâce à quelques-uns qui ont osé dire « oui, je le veux », qui ont été des Hommes, des vrais, caractérisés par l’intelligence, la volonté, la fermeté, la persévérance.

L’engagement au cœur du scoutisme
Dès son origine, le scoutisme a voulu former des hommes capables de prendre des responsabilités, de s’engager. Aujourd’hui comme hier, le scoutisme veut former des hommes et des femmes capables de dire oui, capables de dire « je le veux ».
Pour cela, il affiche ses exigences et ses convictions :
Il croit dans la capacité d’un enfant et d’un adolescent de donner sa parole — et de la tenir — en son sens de l’honneur et de la parole donnée. La promesse est au cœur du scoutisme.

• Les engagements jalonnent la vie scoute
L’engagement est réaffirmé aux différentes étapes de la vie scoute, qui correspondent à autant d’étapes de l’évolution de l’enfant : mais c’est toujours le même engagement, formulé de façon adaptée, qui est pris par le louveteau, le scout, le raider, le pilote, le RS ; c’est aussi le sens du dicton : « scout un jour, scout toujours ».

• Les petits pas de la vie scoute quotidienne
Pourquoi cette pédagogie de l’engagement ?
Le monde ne se construit pas qu’avec des sentiments mais avec des actes de volonté clairement posés.
Le scoutisme forme un certain type d’hommes et de femmes, les hommes et les femmes du « oui », du « je le veux ».
Ce sont les oui de chaque jour qui construisent le oui de la vie et orientent toute la vie de chacun : la vocation personnelle.
Ce sont les oui de chacun qui construisent la vie de la cité : « as-tu compris que sur ta parole on doit pouvoir construire une cité ? » : exemple de l’engagement dans un service de chef, ou d’autres dans la cité. Ce sont ces hommes et ces femmes qui construiront le monde en marchant devant.
L’engagement comme chef ou cheftaine est une des formes d’engagement bénévole parmi les plus exigeantes et les plus motivantes…

• Les clés de l’engagement
• La conscience de l’importance de la mission : éducation, évangélisation.
Cette mission de chef correspond à la mission d’éducation et d’évangélisation des chrétiens. Aider les jeunes à grandir, à prendre leur vie en main, à l’orienter dans une bonne direction, pour qu’ils soient heureux et rendent le monde heureux autour d’eux, voilà la belle mission du chef scout. C’est à la fois une mission personnelle, orientée en direction de chaque jeune ; c’est en même temps, une mission sociale : elle contribue au progrès de notre société, en formant des garçons et des filles qui seront capables de générosité et de dévouement au service du bien commun. C’est une mission d’Église : le scoutisme est le lieu de rencontre et de découverte du Christ ressuscité.
Quelle belle récompense — la seule en vérité — que le regard dans tes yeux de ces garçons et de ces filles qui prononcent leur promesse !
• Le courage de faire des choix :
Bien sûr, on ne peut pas tout faire. Être chef ou cheftaine demande du temps, qu’il faut prendre ailleurs. S’engager, c’est choisir : donner moins de temps pour les loisirs, les copains, les copines, pour le donner à des enfants et des jeunes qui ont soif… ou dont il faut susciter la soif. Les attraits du monde sont multiples. Les raisons de ne pas s’engager aussi. Au premier rang desquels les études. C’est un faux prétexte. Faire du scoutisme n’a jamais conduit à renoncer à des études… mais exige simplement de l’organisation et de la méthode. C’est valable à 15 ans, comme à 17, comme à 20, comme à 25, comme à 40, comme à 60 ! On a toujours de bonnes raisons de ne pas pouvoir donner du temps, de dire : je n’ai pas le temps, je ferai cela plus tard. Mais celui qui, à 18 ans, n’est pas capable de prendre du temps pour être chef ou cheftaine à cause de ses études ne le sera pas plus à 25, lorsqu’il se mariera et engagera une carrière professionnelle, ou à 40, quand il devra s’occuper de ses enfants, ou à 60, quand il aura à prendre en charge ses petits-enfants !
• La communauté fraternelle pour soutenir : la promesse se fait devant les autres. On s’engage devant et avec les autres chefs et cheftaines. On ne peut « tenir » qu’avec le soutien d’une communauté fraternelle, lieu d’amitié, de partage, de joie. Toute équipe de maîtrise doit tendre à devenir une telle communauté.
• La grâce, et la certitude de la foi, grâce à la rencontre personnelle avec le Christ.

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