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La mort dans l’âme et
après bien des efforts de compréhension et de patience,
deux Commissaires ont dû, au cours de ce trimestre, remettre
de l’ordre dans une troupe de leur Province. Ces deux troupes
n’ayant aucune proximité géographique ni aucun
lien entre elles, il s’agit donc d’une coïncidence
de cas très limitée et pas d’un complot général
comme certains ont essayé de le faire croire. Le seul point
commun qui unit ces deux groupes était de pratiquer un scoutisme
où certaines traditions « militaro—baroudeur »
affichées, dans les attitudes et dans l’uniforme, tenaient
en grande partie lieu de pédagogie. Ils avaient aussi en
commun d’avoir un environnement d’anciens, jeunes adultes
ou parents, très influents qui entretenait cette vision du
scoutisme que nous considérons comme une déviance.
Les unités de ce type ne sont, bien entendu,
pas majoritaires dans notre mouvement mais, pour le public qui ne
peut pas ne pas les remarquer tant elles sont voyantes, ce type
d’unité donne de notre mouvement et du scoutisme en
général une idée peu avenante pour ne pas dire
inquiétante. Ces scouts sont des contre-témoignages
qui alimentent une réputation dont la grande majorité
de nos garçons et de nos filles doivent supporter le poids.
Le mouvement ne peut pas ne pas réagir quand, d’aventure,
certaines bornes sont franchies.
Les quelques-uns qui partagent cette vision erronée
du scoutisme ne veulent généralement pas se remettre
en cause au prétexte qu’ils sont certains d’avoir
raison. Ils prétendent que, de tout temps, le scoutisme a
été fait pour cela et que leur tradition pure et dure
est la seule valable. Or, en la matière, ils se trompent.
Trompent-ils les autres, ce n’est pas certain, nous ne rejetons
pas l’idée qu’ils peuvent être de bonne
foi dans la mesure où, peut-être, personne ne leur
a jamais précisé ce qu’était un scout.
Faute de références, ils se sont forgées les
leurs.
Pour lever toute ambiguïté nous décrivons
ci-dessous nos critères de scoutisme. C’est le modèle
garanti B.P., la seule référence qui nous semble objectivement
valable. Sachant notre vision du scout, ceux qui désormais
ne sont pas d’accord, doivent en tirer les conséquences
qui s’imposent… Ils ne sont peut être pas à
leur place dans le scoutisme.

Un scout c’est avant tout un enfant ou un jeune qui joue joyeusement
à un jeu
Certes, ce jeu n’est pas qu’un loisir.
On sait combien il est riche en possibilité éducative
s’il est joué correctement. Mais il ne faut pas le
rendre trop sérieux. En l’investissant de missions
qui ne sont pas les siennes et qui ne sont pas du ressort de l’enfance
(sauvez la France, la chrétienté, la tradition, la
société) on risque de le faire dévier vers
le seul but d’être, un levier social ou politique. Cette
tendance conduit à la constitution de traditions rigides
et fabrique un scoutisme pseudo adulte, triste, sclérosé
et sans imagination.
Le meilleur de l’éclaireur c’est
sa joie et son rire. C’est par ce moyen qu’il témoigne
le plus efficacement de la pertinence de sa culture et de sa foi
chrétienne et pas en multipliant à l’envi les
gardes-à-vous et les cérémonies en gants blancs
et drapeaux au vent.
Il serait bon dans une telle perspective que certains
adultes cessent de projeter leurs phantasmes socio-politiques sur
ce jeu d’enfance tout simple et d’inciter les jeunes
à les suivre sur ce chemin.

Un scout, ce n’est
pas un militaire en modèle réduit
Si B.P. a doté à l’origine
les scouts de tenues et de quelques principes d’organisation
de type militaire, c’est qu’il était lui-même
militaire et qu’il savait que ces choses étaient propices
à l’apprentissage des vertus humaines. Mais il a bien
précisé, lui, le Général de l’armée
des Indes, que le scoutisme n’était pas une activité
militaire, ni l’antichambre de la caserne.
Donc, les uniformes
non conformes, les nuques rasées, les chèches kaki
ou blanc, les chaussures de para, les garde à vous rigidifiés
et les saluts hypertrophiés et plus ou moins brandis, ne
font pas partie du jeu scout. Là encore, il s’agit
de phantasmes, de romantisme dévoyé et d’un
affichage de virilité, qui ridiculise et le scoutisme…
et l’armée.

Un scout ce n’est
pas un surhomme, un chercheur d’héroïsme à
tout prix, un surpasseur forcené des limites
Le scout, c’est un garçon qui sait
être courageux quand c’est nécessaire mais qui
sait avant tout être pragmatique et faire preuve de bon sens
et d’astuce… à la ressemblance de B.P. Je ne
vais pas illustrer mon propos par de glorieux récits guerriers,
mais par un exemple pris dans la gamme de l’héroïsme
du quotidien.
Certes un scout ne se laisse pas arrêter
par la froid hivernal pour sortir en jeu ou en activité,
mais pour autant il ne se met pas en chemise par moins dix pour
monter les couleurs afin de bien montrer à tous qu’il
offre toute son endurance et son viril courage à la France,
c’est de l’héroïsme inutile. S’il
a un pull, il le met et en utilisant toutes ses astuces de vieux
campeurs, il allume un feu pour réchauffer la compagnie.
En revanche si, vieux CP aguerri, il remarque (car le scout et surtout
le CP est attentif aux autres) que son petit novice qui a été
imprévoyant grelotte de froid, il lui passe son pull et accepte
le sourire au lèvre de se geler… héroïquement,
mais pour la bonne cause.

Un scout c’est gentil
et serviable
Les attitudes de vieux baroudeurs rouleurs de
mécanique, c’est agressif et provoquant, ce n’est
pas scout. C’est même surtout très… bête
et vaguement inquiétant. Et ne cherchez pas dans BP des arguments
pour soutenir cette attitude prétendument traditionnelle
: il n’y en a pas. Le vieux général dans son
génie d’éducateur avait d’autres ambitions
pour la jeunesse que celle de fabriquer des petits matamores.
Le meilleur compliment que peut recevoir un Chef
scout c’est de savoir qu’un village entier après
le départ de sa troupe du lieu de camp est unanime pour dire
: « ils étaient rudement gentils et polis
ces p’tits gars ».

Un scout c’est fraternel,
bienveillant et ouvert aux autres
Non, le vidage de tentes et la virée nocturne
sauvage dans le camp voisin ne font pas partie de la tradition scoute.
C’est inamical, anti-fraternel et potentiellement dangereux.
Ce type d’entreprise ne fait surtout que démontrer
l’imbécillité de ceux qui la pratiquent. C’est,
en effet, plus difficile que de monter une veillée en commun,
de s’inviter à un repas ou de décider de monter
un jeu.
Dans un autre registre, mais en lien avec l’ouverture
aux autres, il m’est arrivé ici ou là d’entendre
quelques propos et quelques chants un peu tendancieux, qui ne transpirent
pas la fraternité universelle, si vous voyez ce que je veux
dire. Je précise très clairement qu’ils ne font
pas partie du répertoire Scout d’Europe et qu’ils
desservent sa cause. Méfie-toi garçon du racisme de
la parole, au début il n’est souvent qu’un jeu,
une histoire drôle racontée ici ou là, un chant
qu’on pense anodin mais à la longue il pollue la pensée.
Et si d’aventure les circonstances sont « favorables »
on risque de ne plus trouver en soi les barrières qui empêchent
de passer à l’acte.

Un scout c’est loyal
et confiant
Si par exemple les cérémonies de
totémisation
sont interdites de façon impérative dans l’association
française des Guides et Scouts d’Europe : alors on
n’en pratique pas, un point c’est tout (même à
la Route ou en inter maîtrise… à partir d’un
certain âge ça devient d’ailleurs ridiculement
puéril). Et on fait confiance aux chefs qui ont promulgué
cet interdit en pensant qu’ils ont des raisons de l’avoir
fait.
Alors que cesse cette pitrerie nouvelle mode (car
là aussi c’est de la tradition qui date de peu) des
foulards coupés au ras de la bague de foulard. Ce n’est
pas d’uniforme et c’est le signe visible de la désobéissance
à une consigne absolue du mouvement. Petite révolte
sans danger car il n’y a pas de punition prévue dans
le scoutisme. Il est basé sur la confiance. À toi
de voir si ce que tu fais est bien.

En conclusion
Mes propos ne sont pas faits pour lancer une polémique,
mais pour conduire certains, Dieu merci minoritaires mais hélas
trop voyants, à réfléchir sur l’attitude
qu’ils doivent avoir vis à vis de leur pratique du
scoutisme. Il faut qu’ils comprennent que le modèle
scout que nous proposons n’affadit pas le scoutisme, il le
recentre sur l’essentiel. Essayez d’être gentil,
accueillant, attentif aux autres, joyeux, loyal… bref d’être
scout, c’est ça la vraie aventure et c’est ça
qui demande de la force et du caractère.
Ces propos sont aussi faits pour remercier et
rassurer tous ceux qui jouent et font jouer correctement notre magnifique
jeu scout dans la loyauté et la confiance. Nous sentons leur
présence rassurante à nos côtés quand
il nous faut monter au créneau pour le défendre contre
les rigueurs du temps.
Dernier petit conseil : Si tu te sens un peu en
porte à faux par rapport à notre « scout
idéal » ne saute pas tout de suite sur ton clavier
d’ordinateur pour faire entendre tes raisons et pour affirmer
que tu as raison aux quatre coins de l’horizon Internet. Prends
le temps de réfléchir pour laisser parler en toi…
la raison.
Bien fraternellement à tous,
Pierre LONCHAMPT
Commissaire National Général Scout

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