Rechercher : 
La bibliothèque des Guides et Scouts d'Europe
 
 

CONSULTER
 barre
Bibliothèque
  Textes de base
  Maîtrises
  Le Relais de Poste
  Scout d’Europe
  Scoutorama
  Trace Ta Route

Médiathèque
Ludothèque

 

RUBRIQUES
 barre
• Découvrir
• Accueillir
• Grandir
• Progresser
• Communiquer
• Consulter

UTILES
 barre
Nouveautés
Plan du site
» Forum
Actualité des Guides et Scouts d’Europe

BONUS
 barre
Cartes virtuelles
Écran de veille
Fonds d’écran 

ABONNEMENT
 barre
Liste de diffusion
env. 1 envoi / mois

Adresse e-mail*

Prénom et nom

Inscription

Désinscription

Confidentialité
  Le Père Sevin      
 

Tu as souvent entendu parler du Père Sevin, fondateur du scoutisme catholique en France et des religieuses de la Sainte-Croix-de-Jérusalem. Mais connais-tu vraiment sa vie ?
Il nous a semblé bon de t'en reparler.

 

puce « On l'appellera Sevin »

Jacques Sevin naît à Lille, quartier d'Esquerme, le 7 décembre 1882, dans la maison de ses grands-parents maternels, 136, rue Colbert. Il est baptisé le lendemain 8 décembre, en la paroisse Notre-Dame de Consolation, dite paroisse Vauban.

Son père, Adolphe Sevin, né à Amiens en 1852, était l'arrière-petit-fils d'un émigré qui n'avait jamais voulu dire son nom et s'était contenté, lorsqu'il avait été interrogé sur l'état civil de son fils Jean, de répondre « On l'appellera Sevin ». Il se rattachait probablement à la famille Sevin de Quincy, dont un aïeul fut compagnon de Jeanne d'Arc et un autre général des armées de Louis XIV. Sa mère, née à Lille en 1856, s'appelait Louise Hennion.

Lors de sa naissance, les parents du petit Jacques habitaient Tourcoing. Son père était courtier-juré, une très importante profession dans l'industrie textile de l'agglomération de Roubaix-Tourcoing. Sa famille s'établit bientôt à Dunkerque. C'est à ce port que se rattachent les souvenirs de première enfance de celui qui deviendra plus tard le Père Sevin.

Haut

puce Passionné par la marine et la chevalerie

En 1888, il revient à Tourcoing. D'abord élève des Franciscaines de Notre-Dame-des-Anges, le garçon entre ensuite en huitième au collège du Sacré-cœur, où il commence en 1890, l'étude du latin. Jacques Sevin est bientôt pensionnaire au collège de la Providence, à Amiens. C'est sans doute à son professeur de sixième, le Père Duvocelle, qu'il doit son enthousiasme d'enfant pour la marine et la chevalerie. Il racontera plus tard que la classe était divisée en deux camps ou en deux équipages de frégate : l'Alerte et la Joyeuse. Aux murs resplendissaient les armoiries d'un ordre de chevalerie dans lequel on pouvait devenir successivement chevalier, baron, comte, marquis ou duc et même grand-maître de l'ordre. Mais le Père Sevin n'a jamais dit quel titre a pu lui être un jour décerné ! 1893 est l'année de sa « première communion » et de sa confirmation.

Haut

puce Je serai prêtre

C'est deux ans plus tard, le 30 juin 1895, au cours d'une promenade de collège avec un camarade, que Jacques Sevin prend conscience de sa future vocation sacerdotale qui, dès ce moment, n'est pas autrement envisagée que dans le cadre d'un ordre religieux. La retraite de la rentrée du mois d'octobre 1897 est le tournant décisif de sa vie spirituelle, non seulement marquée par le renforcement de sa vocation sacerdotale mais aussi par une orientation, sinon déjà par un choix. Cette grâce lui est donnée le 15 octobre, en la fête de sainte Thérèse d'Avila, quinze jours après la mort de la petite sainte de Lisieux.

Là, se trouve, à n'en pas douter, l'origine de la dévotion du Père envers les deux saintes Thérèse et de la spiritualité carmélitaine qu'il transmettra, en même temps que celle de saint Ignace, aux religieuses de la Sainte Croix de Jérusalem.

En juillet 1898, il passe avec succès la première partie du baccalauréat. En mars 1899, des maux de tête dus à la croissance l'obligent à quitter le collège. Son père l'envoie passer l'été en Angleterre, à Londres et à Wanstead, dans la banlieue, où, sans s'en douter, il se prépare au scoutisme. En octobre de la même année, il reprend ses études en philosophie, comme demi-pensionnaire au collège Saint-Joseph de Lille. En mars 1900, à la faveur d'une session extraordinaire, il réussit les épreuves de la deuxième partie du baccalauréat.

Sans désemparer, dès Pâques, il commence les études de la licence d'anglais à l'université catholique de Lille. Mais elles sont bientôt interrompues.

Depuis le 15 octobre 1897, la grâce, dans l'âme de l'étudiant Jacques Sevin, avait fait son chemin. Une première retraite, faite seul, en 1898, à Notre-Dame-du-Haumont, près de Tourcoing, l'avait davantage orienté vers la Compagnie de Jésus. Une deuxième retraite, faite avec des condisciples, en mai 1900, avait confirmé cette élection.

Haut

puce Son départ dans la vie consacrée

Jacques Sevin écrivait au Maître des novices. Son père avait fixé son départ au 26 août, lendemain de la fête des mères. En fait, il quitta ses parents le 3 septembre, à 6 heures du matin. Ses frères et ses s#156;urs ignoraient tout et le croyaient en villégiature chez un ami.

Le 3 septembre. à 10 heures du matin, il sonnait à la porte du noviciat de Saint-Acheul, et entrait en retraite. Le 9, fête de Saint-Pierre Claver, il fit pour la première fois son élection pour la Compagnie. Le 12, il commençait sa « première probation ».

Et, ses parents ayant répondu oui à la demande qu'il leur avait adressée de rester sans revenir faire d'adieux, il devenait novice le 15 septembre 1900, en la fête de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs.

Haut

puce La formation du père

Durant son noviciat à Saint-Acheul d'Amiens, il fait le catéchisme.

En septembre 1901, la loi sur les Associations chasse les religieux de France. C'est l'exil en Belgique qui durera jusqu'en 1919.

Le 5 septembre 1902, le novice prononce ses vœux de scolastique puis, dès la fin du mois, il lui est demandé de reprendre ses études de licence d'anglais. Reçu à l'écrit de la licence en juillet 1903, il est envoyé enseigner la langue anglaise à Florennes (Belgique). Il y restera jusqu'en octobre 1907. En plus des vingt-deux heures de classe par semaine et de leur préparation, il assure la surveillance d'un dortoir, la formation d'une équipe de théâtre et quelques autres occupations. Il sait déjà donner sans compter.

Après Florennes et le professorat, il faut bien faire sa philosophie. Cela durera trois ans, à Gemert, en Hollande. Il se distingue par son idéal très élevé, son enthousiasme vibrant, son sens exceptionnel de l'honneur et de l'héroïsme. Il écrit avec une surprenante facilité en prose et en vers, cultive le chant, le dessin, la musique.

1913. « À la suite de deux articles défavorables au scoutisme, parus dans les Études du 20 février et du 5 mars, j'obtiens la permission d'aller en Angleterre aux grandes vacances pour voir 'ce qui en est'.

Le 20 septembre 1913, au rallye du district nord de Londres, à l'Alexandra Palace, je prends ma première tasse de thé avec Baden Powell… et ce jour-là je forme la résolution de former les scouts catholiques de France et d'avoir un rallye semblable devant le cardinal de Paris. »

1914 est l'année de la grande étape de la vie religieuse du père. Sous-diacre le 25 mars, diacre le 3 mai, il est ordonné prêtre le 2 août à Enghien (Belgique). Il dit sa première messe le 3 août… alors que gronde la guerre.

En 1915, le père termine ses études en pays flamand.

En 1916, il est dirigé sur le collège français du Tuquet à Mouscron, tout près de la frontière, pour y exercer les fonctions de professeur de première. Huit jours après on arrivée, les Allemands ordonnent la fermeture de l'établissement. Le père Sevin profite de ce contretemps pour mettre noir sur blanc ses observations, réflexions et projets sur le scoutisme et essayer la méthode de B.P…

Le 2 février 1917, le père Sevin prononce ses grands vœux dans la compagnie de Jésus. À partir de l'été suivant commencent les réunions d'un petit groupe d'élèves. Essai difficile, sinon dangereux d'un scoutisme clandestin.

Le 13 février 1918, la 1ère Mouscron est fondée mais sans uniforme à cause de la guerre. L'occupation a pris fin sans qu'il y ait eu d'incidents pour la 1ère Mouscron.

En 1919, « la compagnie » - qui depuis quelques mois a pris a dénomination de « troupe » tiendra son premier camp au grand jour au Mont de Lenclu. la même époque, le Père Sevin avec X. Sarrazin a fondé « l'Association des Scouts de France  association régionale qui groupera assez rapidement trois troupes puis cinq.

Haut

puce La fondation du scoutisme

Au mois de septembre 1919, le Père Sevin est nommé professeur à Metz. En passant par Paris, il rencontre pour la première fois l'abbé Cornette qui le charge de fonder des troupes en Lorraine. Mais après un trimestre d'enseignement, le Père tombe malade et doit aller se reposer en Italie. Avant son départ, il repasse par Paris et y séjourne quelques semaines afin de faire aboutir le projet de création des Scouts de France. Durant son séjour en Italie, il mettra au point le règlement de l'association.

Le 25 juillet 1920, naît officiellement l'association des Scouts de France, le Père Sevin en est le premier commissaire général.

En 1921 et 1922, tout est à faire l'œuvre à bâtir, l'extension du mouvement, le recrutement des chefs et leur formation ; mener tout cela de front est considérable.

En 1922 est lancé le bulletin, Le chef, mensuel destiné aux aumôniers et aux chefs. La même année s'ouvre à Chamarande le premier camp national de l'association, organisé par une équipe de chefs, dirigée par le Père. C'est un succès. Toujours la même année, le Père Sevin part pour le camp école de Gilwell. Il en revient Deputy Camp Chief avec le pouvoir de décerner le brevet de capacité pour la branche éclaireur, plus connu sous le nom de Badge de bois.

Le 1er novembre 1922, se tient à Chamarande la première journée des chefs. En 1923, durant les grandes vacances, a lieu le premier camp de scoutmaîtrise. Le Père Sevin repart peu de temps après pour Gilwell et en revient Akela leader. Il peut délivrer le brevet de capacité pour la branche louveteau.

1924 apporte au Père une première épreuve au sein de l'association. A la suite de tensions internes, le Père Sevin abandonne ses fonctions de commissaire général, ce qui ne l'empêche pas de rester au service du mouvement.

Il part d'urgence pour Rome d'où venaient des rumeurs alarmantes de condamnation du scoutisme. Le Père, mieux que quiconque, connaissait son sujet et se fit l'ardent défenseur du scoutisme. Les rumeurs tombèrent vite. De retour en France, le Père va pouvoir se consacrer entièrement à ses uniques fonctions de commissaire national à la formation des chefs, à travers le camp école de Chamarande et la revue Le Chef.

Haut

puce Chamarande grandit et prospère.

L'influence du Père ne cesse de grandir tant sur le plan pédagogique que sur le plan spirituel. Les commissaires nationaux de branches voient leur autorité affaiblie et le 15 mars 1933, le commissaire national à la formation des chefs est déchargé de ses fonctions.

Cette décision fut bien pénible pour le Père. Il l'accepte malgré sa souffrance : « Nous aurons à souffrir non seulement pour le scoutisme (quelle est l'âme généreuse qui ne s'en réjouirait pas devant Dieu ?) mais aussi par le scoutisme, du fait que nous serons scouts et chefs, et peut-être d'autant plus que nous serons plus scouts que chefs… Croix de l'emploi trop lourd qui pose de redoutables problèmes de temps, de profession ou d'aptitude, croix de l'échec ou de la contradiction, questions de personnes, inévitables hélas !… croix de l'injustice parfois qui nous révolte ou de l'ingratitude qui dégoûte et désenchante ; croix de la désillusion sur les choses… désillusion sur les personnes… Ces visages multiples de la Croix scoute ne doivent ni nous scandaliser ni nous effrayer. Elle serait moins lourde si elle était différente mais c'est certainement celle-là que Dieu taille à notre mesure. Tollat crucem suam. Suam et non une autre. » (Pour penser scoutement p. 173, P. Sevin)

Le Père ne songe pas un instant à faire de polémique. Il rentre dans le rang avec dignité, dans un esprit de discipline intérieure et extérieure, dans un strict loyalisme à l'égard de l'association des Scouts de France.

Haut

puce La Sainte Croix de Jérusalem

Après avoir abandonné ses fonctions à Chamarande et au journal « Le Chef », le père Sevin dirige des retraites un peu partout en France. Il dirige aussi les réunions d'un cercle spirituel et des camps dont l'objectif, plus ou moins lointain, est la fondation d'un ordre religieux.

Pour toutes ces réunions, retraites ou camp, le père vient de Lille. Il est aussi aumônier d'un feu de Guides de France qui porte le nom de Saint-Louis. À partir de 1940, il vient de Troyes où il a été nommé supérieur de la résidence. En 1943, quelques cheftaines des Guides et des Scouts de France ont demandé au père Sevin, qui les connaissait depuis longtemps, de les réunir en une communauté religieuse.

La cheftaine qui n'allait pas tarder à assumer les charges de prieure a cessé ses activités professionnelles afin de rechercher le gîte indispensable à toute vie qui se veut communautaire. Après de nombreuses démarches, un petit pavillon est péniblement trouvé à lssy-les-Moulineaux. Nous sommes à la veille des fêtes de Noël.

Le 15 janvier 1944, le père Sevin fonde la Sainte-Croix de Jérusalem. Il y a bien 20 ans, au moins, que dans son esprit et dans son cœur, il en a formé le projet.

Durant l'exode de la guerre, les religieuses s'établiront provisoirement à Troyes où « l'on gagnera péniblement sa vie en faisant du tricot et en donnant des leçons particulières », racontera plus tard l'une d'elles.

En 1946, la communauté s'installe à Chantilly au domaine des Fontaines. Cette propriété est prêtée par la Compagnie de Jésus qui vient de l'acquérir. Au même moment, le père est déchargé de ses fonctions à Troyes et nommé à Paris. À partir de ce moment-là, il peut suivre de plus près leur formation à la vie religieuse selon l'esprit de leur vocation.

Enfin en 1949, après beaucoup de démarches et d'explorations, la décision, longtemps mûrie, d'acquérir un ancien prieuré à Boran-sur-Oise est mise à exécution.

Le petit troupeau qui n'avait jamais eu grande crainte avait prospéré. De quatre, deux cheftaines de louveteaux et deux cheftaines de guides, il était passé, en dépit de toutes vicissitudes, à onze. Le 16 juin 1949, Mgr Roeder, évêque de Beauvais, Noyon et Senlis, les érige canoniquement en pieuse association après avoir approuvé leurs constitutions. À la même époque, à la demande du cardinal Suhard, les religieuses de la Sainte-Croix-de-Jérusalem ouvrent à Suresnes, dans la paroisse du cœur Immaculé de Marie, un centre d'œuvres féminines qui prend en charge catéchismes, patronages, colonies de vacances et accueil aux mouvements d'action catholique. Elles fondent en même temps un foyer de jeunes ouvrières, ainsi qu'un dispensaire avec service de soins médicaux à domicile. Pendant ce temps, sous l'impulsion du père Sevin qui vient plus souvent à la maison mère, un pensionnat de jeunes filles est créé à Chantilly, qui sera transféré et se développera à Boran. L'enseignement secondaire qu'il assure est complété par une éducation profondément inspirée des vertus recherchées par le scoutisme. Le pensionnat porte un nom qui, à lui seul et dans sa concision, résume toutes les aspirations, tout le programme du père pour la formation de la jeunesse « La maison française ».

Haut

puce Retour à la maison

En 1950, le Père Sevin, à la résidence de Paris, rue Franklin, et aussi à Troyes, qui ne l'avait pas oublié, fêtait son jubilé de cinquante ans de vie religieuse. Au soir de ces réunions, il écrivait: « Je recommande à vos prières la dernière étape, longue ou brève, qui va commencer. Plaise à Notre-Seigneur qu'elle soit toute A.M.D.G. » Longue… ou brève… Toute « Ad Majorem Dei Gloriam ».

Elle devait prendre fin, moins d'un an plus tard, certainement ainsi qu'il le désirait dans son for intérieur, c'est-à-dire accidentellement et providentiellement, au milieu de ses filles, à Boran-sur-Oise.

Il venait d'arriver en visite à la Maison mère des religieuses de la Sainte-Croix de Jérusalem, lorsqu'il apprend aussitôt qu'on est fort ennuyé. Une enfant de « La Maison Française », malade, a besoin d'un médicament qui fait défaut à l'infirmerie. Le réflexe du Père est immédiat. Ce médicament, il ira le chercher à la pharmacie la plus proche, à Précy-sur-Oise, bourg distant de quelques sept kilomètres. On veut l'en dissuader. Peine perdue. Il se fait prêter un vélomoteur ; et il part dans la fraîcheur du soir.

Quand il revient, heureux comme un jeune scout qui a fait sa B.A. et satisfait car il a trouvé ce qu'il était allé chercher, il se rend compte qu'il a pris froid. Le lendemain matin, sous le coup d'une forte grippe, il est déjà fatigué.

Nous sommes en février, et malgré le printemps qui approche, il doit longtemps garder la chambre.

Comme le pense son ami le médecin qui le soigne de tout son cœur autant que de toute sa science (ou de tout son art), le Père Sevin espère fermement sortir, à bref délai, de ce mauvais pas.

Mais son organisme est usé, parce que mis sans cesse à contribution sans compter, depuis la fondation des Scouts de France, au travers de tribulations qui ne lui ont pas été épargnées, et la maladie poursuit son œuvre destructrice. Le Père devient intransportable. Il est alors, jour et nuit, soigné et veillé religieusement, avec le plus haut dévouement, dans une atmosphère de très haute spiritualité.

Le Père reçoit de fréquentes visites du Supérieur du scolasticat jésuite de Chantilly (qui lui administrera les derniers sacrements) ainsi que de quelques familiers et amis très chers.

Le corps s'effondre, malgré des sursauts d'énergie, mais l'esprit reste clair et l'âme ardente. Durant les derniers jours, le Père Sevin demande souvent l'heure. Il précise : « C'est pour le bréviaire. Je ne puis le réciter mais je m'unis aux Heures ». Et il se plonge alors dans un recueillement plus intime. La fin approche. Le Père repose dans le plus grand calme , sans doute dans la parfaite indifférence que demande saint Ignace.

Il apparaît comme détaché de la terre, dans un très grand abandon surnaturel de son propre corps.

Cependant, dans la pénombre de sa chambre aux volets clos, pour lui éviter de subir la grande chaleur et faciliter son repos, le Père perçoit jusqu'à la fin de sa vie les attentions dont il est l'objet et cherche à reconnaître ceux qui l'approchent de plus près.

Comme le Jésuite qui le communie ressemble quelque peu de profil à Monseigneur Lallier, qui fut son très cher assistant, laïc puis clerc, au camp-école de Chamarande, il lui arrivera de prononcer plusieurs fois son prénom: Marc… Marc…

Il ne cesse de presser entre ses mains son grand crucifix, reçu au matin de ses vœux et qui ne le quitte jamais. Beaucoup de ses murmures sont pour Lui « Mon Compagnon…!  C'est mon Compagnon… »

Sans doute le Père Sevin prévoit-il que la charge de la Sainte-Croix de Jérusalem sera lourde, très lourde, sur les jeunes épaules de Mère Jacqueline, la Prieure générale.

Mais lui et elle ne s'en entretiennent pour ainsi dire pas. Le Père vit vraiment sa « dernière messe » toute d'offrande et de communion à la Volonté divine. Et son entourage ne peut qu'en silence, et avec ferveur, s'y unir.

Son dernier message à ses filles, la veille de sa mort, il le formulera très simplement, en quelques paroles : « Soyez toutes des saintes. Il n'y a que cela qui compte. » Il meurt dans le plus grand calme. Il s'éteint doucement, comme la lampe du sanctuaire qui a jusqu'à la dernière goutte, épuisé sa réserve d'huile.

Il part dans la paix des hommes et du Seigneur, au cours de la nuit du 19 au 20 juillet 1951.

Il « rentre à la maison » au moment de l'Heure Sainte qu'il pratiquait régulièrement, journellement, depuis de longues années.

Haut

puce Sa mort est édifiante.

Tous ceux qui sont là près de lui en sont profondément bouleversés et sanctifiés. Le médecin, son ami, restera près de trois heures durant, debout et immobile au pied de la dépouille du Père, lorsqu'on l'aura, immédiatement ou presque, après la mort charnelle, exposée dans la salle d'honneur de la Maison - sa Maison. Trois heures, comme s'il ne pouvait pas s'en détacher.

« Mort d'un saint », dira-t-il, avant de s'éloigner. Quelques jours plus tard, l'une de ses filles, exprimant le sentiment de tous les témoins des derniers moments du Père, de son ultime étape, dira : « La mort ne fait plus peur quand on a vu mourir le Père.

Tant de sérénité, d'abandon reflets de son âme totalement possédée par la Trinité.

Mais quelle vie transformée en “volonté de Dieu” suppose une telle mort ! C'est la grande paix de celui qui fut tellement l'ami, le compagnon de Notre Seigneur. C'est le suprême message tout silencieux, mais combien exigeant, du Père mort “pour que sa mort serve à quelque chose.” »

Nota : Grâce à une délicate attention des Pères du scolasticat de Chantilly et aux démarches entreprises par eux à la veille de la mort du Père Sevin, sa dépouille repose dans le cimetière de Boran-sur-Oise, non loin du Prieuré général de ses filles dans le Seigneur.

(D'après le livre de G. Tisserand « Le Père J. Sevin, fondateur »)

 
 Parution

 
SCOUT D'EUROPE
N°127

janvier 1990
pages 25-26

SCOUT D'EUROPE
N°128

mars 1990
pages 29-32

SCOUT D'EUROPE
N°129

mai 1990
pages 29-30

SCOUT D'EUROPE
N°130

octobre 1990
pages 30-31

SCOUT D'EUROPE
N°131

décembre 1990
pages 38-39
 


 En savoir plus
 
Le Père Sevin
Le scoutisme catholique
 

 Sur la toile
 

Un jésuite
Correspondances
Ste Thérèse et le Père Marcel Callo
Bx Marcel Callo
 
Proposer un lien

Lien brisé
 
 
© Site officiel des Guides et Scouts d’Europe — Droits de reproduction réservés — 1999-2007 — Infos légales — Nous écrire