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Voici
un conte suivi de quelques remarques que je livre a ta réflexion.
Lettre ouverte…
Chers Amis,
Non, cela suffit ! Cela a assez duré ! Regardez-moi
bien ! Je suis tout déformé, plein de boue et
de savon noir. J'ai les flots arrachés et la doublure
déchirée. Ce n'est pas une vie ça, que
voulez-vous ! Moi qui étais si content lorsque j'ai
quitté l'usine pour aller à Carrick. Je me disais
que j'avais vraiment de la chance d'atterrir là
car j'aurais pu être obligé de m'engager
dans l'armée ou rester toute ma vie au pays natal…
Mais je voulais vivre au milieu des jeunes, parcourir la nature,
voir du pays, suivre un bel idéal de vie au service des autres.
Alors, vous imaginez mon bonheur lorsque j'ai été
présenté à mon nouveau propriétaire.
Je débordais de joie et j'essayais vraiment de me montrer
sous mon jour le plus favorable. Je pensais vraiment que nous serions
soudés l'un à l'autre par une amitié
solide, que nous deviendrions rapidement inséparables.
Malheureusement, j'ai très vite déchanté.
Toute l'année, je suis resté dans le placard,
seul, au milieu des pull-overs. Et lorsque enfin, Florence pensa
à m'emporter en week-end avec elle, je servis à
tout sauf à ce à quoi j'étais destiné.
Elle m'utilisait comme poignée pour se protéger
des gamelles brûlantes, comme coussin pour s'asseoir
confortablement dans l'herbe, comme balle pendant les grands
jeux… etc… Tout à son service, je m'efforçais
d'être fidèle à la devise des scouts :
toujours prêts. Mais au lieu de me remercier pour mon dévouement,
FLorence me laissait traîner par terre, m'oubliant indifféremment
dans une flaque de boue ou au fond d'un gamelle ! d'où
le nom qu'elle m'a donné :
Jamais là quand il faut, orthographié
ainsi JamélaquantiIfo.
Cependant je reconnais que je n'avais pas trop à
me plaindre par rapport à certains de mes camarades car pendant
les cérémonies, Florence ne m'oubliait presque
jamais. Lorsqu'il y avait une promesse,
par exemple, elle me recherchait frénétiquement pendant
trente minutes, me donnait un rapide coup de brosse pour me porter
enfin avec fierté. Et elle avait raison, Florence, car toute
modestie mise à part, je fais partie de l'uniforme et
suis en même temps un élément important. Je
porte en effet un insigne de grande valeur : une croix d'argent,
symbole de la promesse
scoute. Capital, non ?!!
Ce n'est ni pour me plaindre ni pour m'envoyer des
compliments que je prends aujourd'hui la plume. Bien que je
me sois laissé emporter au début de ma lettre, je
suis réservé, timide même et il n'est pas
dans mon tempérament de m'exprimer aussi ouvertement.
Aussi, si j'ai décidé d'écrire cette
lettre, c'est parce qu'on me l'a demandé.
Qui ça « on » allez-vous me dire ?
Tous mes camarades d'infortune. Tous ceux qui forment avec
moi l'uniforme : ceinture, chemise, short ou jupe, foulard,
chaussettes et insignes. Tous ensemble, nous avons en effet de nombreuses
raisons de nous plaindre.
Perché sur la tête de Florence, le spectacle que
je vois lors de la messe de rentrée me désole. La
tenue de certaines guides ou certains scouts me choque. Quelques-unes
portent des foulards en soie autour du cou, ont des boucles d'oreilles,
des colliers de perles et sont même maquillées !! D'autres,
par contre, ont remplacé mes compagnons d'usine par
des bérets rouges et portent des chaussures de marche beaucoup
plus grosses et encombrantes que celles qui sont réglementaires.
Que veut dire tout cela? Un petit air de folie est-il passé
dans la tête de certains ? Est-ce le Vent d'Autan qui
dérègle leur esprit? Ne comprennent-ils pas que nous
tous (foulard, chemise, béret, insignes, short ou jupe),
nous représentons quelque chose d'important ?
Ne savent-ils pas que l'uniforme est :
- le signe d'un ESPRIT
- l'emblème d'une MISSION
- un appel pour les AUTRES
- un symbole de DÉPOUILLEMENT volontaire ?
Ont-ils oublié que l'uniforme est quelque chose
d'essentiel puisqu'il représente notre mouvement,
qu'il ne faut surtout rien y changer, rien y enlever, rien
y ajouter.
Ah ! mes amis, ne nous portez pas avec honte et n'essayez
pas de nous cacher sous vos vestes et vos manteaux ! Soyez fiers
de votre uniforme, prenez bien soin de nous, vous en serez récompensés.
Car, voyez-vous, nous ne sommes pas des ingrats. Nous rendons un
fier service à tous ceux qui nous aiment et nous respectent.
Nous les aidons en effet à mieux vivre et à mieux
comprendre l'idéal scout.
Ainsi,
- lorsqu'ils bouclent leur ceinturon, nous leur expliquons qu'ils doivent
toujours être prêts à partir,
- lorsqu'ils mettent leur foulard, nous leur montrons qu'ils
sont liés avec tous les membres de leur groupe,
- lorsqu'ils ouvrent leur col de chemise, nous leur rappelons
qu'ils doivent accueillir les exigences de la vie en plein air,
- lorsqu'ils relèvent leurs manches, nous leur faisons
comprendre qu'ils doivent toujours être prêts à
servir,
et enfin lorsqu'ils posent leur béret sur la tête,
nous leur rappelons le jour de leur promesse.
Mes amis, j'espère de tout c#156;ur que j'ai réussi
à bien me faire comprendre. C'est avec la plus grande
sincérité que je me suis exprimé sur ce problème
qui me tient particulièrement à cur. J'espère
que désormais chaque scout et chaque guide prendra soin de
son uniforme. Et si, un jour, l'un d'entre vous oublie ma
prière, il suffira de lui dire : Ne te souviens-tu pas de la
lettre de Jamélaquantilfo ?, pour qu'il change sa tenue
et la rende conforme au cérémonial. Je pourrai alors
vivre en paix, heureux d'avoir accompli fidèlement la
mission qui m'a été confiée.
Très amicalement,
Jamélaquantilfo

RESPECTER SON UNIFORME,
C'EST FAIRE PREUVE D'HUMILITÉ ET DE SIMPLICITÉ :
C'EST ACCEPTER D'ÊTRE UNE PARMI D'AUTRES.
- Je n'ajoute rien à mon uniforme : Il est le même pour
tous et je n'ai pas à me distinguer des autres. C'est le signe
vivant de l'UNITÉ de notre mouvement
- Je n'enlève rien à mon uniforme : Chaque élément
est à la fois symbolique et utile… C'est le signe d'un dépouillement
volontaire
- Mon uniforme est simple et net : Ce n'est pas un modèle de
mode ni une tenue de commando : on peut être à la fois
féminine et à l'aise.
- Mon uniforme révèle mon esprit scout : Je le porte
spirituellement et moralement en dehors de mes activités guides.
AS-TU DONC DE VÉRITABLES RAISONS DE NE PAS
AVOIR UN UNIFORME CONFORME AU CÉRÉMONIAL ?
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