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  Chevaleresque ou rallyesque ?      
 

Le scout est courtois et chevaleresque
La guide est courtoise et généreuse

« Appelés à être libres » (Gal 5, 13). Liberté et esprit chevaleresque — et générosité — vont de pair (« libre pour servir »  !). La liberté à laquelle le scoutisme aspire est la liberté de la grâce, elle est celle de l’âme prête à donner sa vie. Elle est généreuse et détachée d’elle-même. Selon notre pape Benoît XVI, « la véritable expression de la liberté est en effet la capacité à se décider pour un don définitif, dans lequel la liberté, en se donnant, se retrouve pleinement elle-même » (Discours de Benoît XVI, 6 juin 2005). Cette liberté, le scoutisme l’appelle l’esprit chevaleresque.

Que signifie chevaleresque dans la loi scoute ?

Le père Sevin définit l’esprit chevaleresque en termes de générosité : « Par chevaliers, on entend, non des nobles batteurs d’estrade ou des guerroyeurs, mais des hommes d’honneur et de dévouement, façonnés comme tels par le christianisme. » (Père Sevin, Le Scoutisme, éditions Spes 1933, p. 43). Ainsi, les guides disent, pour « chevaleresque », « généreuse ». Cette magnifique traduction féminine donne la plénitude du sens masculin ! On se reconnaît donc guide ou scout lorsque l’on « donne à ses frères son âme et sa vie, quand on place l’honneur au-dessus de tous les biens de ce monde, dans l’amour des petits et des faibles. » (Père Forestier, L’esprit du scoutisme, Le Chef, n° 185 nov. 1941, p. 8 à 11). L’article 5 de la loi sent bon l’Évangile : « Ce n’est pas par hasard que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus avait une dévotion particulière pour sainte Jeanne d’Arc en qui elle admirait l’esprit chevaleresque. Ésprit dont le ressort est dans l’enseignement évangélique : ‘Que le plus grand parmi vous soit comme le plus jeune, et celui qui gouverne soit comme celui qui sert.’ (Luc 22, 26). » (Le livre d’Hermine, Rémi Fontaine, éditions Elor, p. 67).

Ceci n’est pas une nouveauté. Voici ce que l’on peut lire dans le traité sur L’éducation des princes attribué à saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle). Vous vous y reconnaîtrez : « L’homme véritablement noble donne généreusement, à l’exemple de Dieu qui est très noble et très libéral. Et sa libéralité est telle que non seulement il donne ses biens, mais encore il se donne lui-même, et qu’il les communique non seulement à ses serviteurs, mais encore à ses ennemis. Car s ‘il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et fait pleuvoir sur les justes et sur les pécheurs.’ (Mt 5, 45)... Ce qu’il y a de plus noble, c’est de donner. » (Livre I, chap. V : De la vraie noblesse)

De la conquête…

La guide ou le scout qui a cette noblesse de cœur selon Dieu est libre. Plus rien n’arrête le don de sa vie. Or cela s’apprend, se met en oeuvre. C’est même un combat car toujours la recherche de nous-mêmes vient diminuer la liberté. Impossible de se reposer sur nos lauriers : « Puisque l’homme demeure toujours libre et que sa liberté est également toujours fragile, le règne du bien définitivement consolidé n’existera jamais en ce monde. (…) La liberté doit toujours de nouveau être conquise pour le bien. » (Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi0 n° 24 b).

Des illusions…

Ainsi, ni la liberté ni la noblesse de cœur ne sont un droit acquis. En effet, certains ont cru qu’aristocratie ou naissance « de bonne famille » donnaient à elles seules le titre de noblesse… Erreur ! dit le traité sur L’éducation des princes qui débusque quelques illusions : « Une erreur est celle qui nous fait croire nobles à cause de la noblesse d’autrui. On n’est pas sage de la sagesse de son père (...) ; aussi n’est-on pas noble de la noblesse de ses parents, si on a dégénéré. De plus, les hommes sont tous également nobles : ‘Remontons à Adam et Eve, et nous verrons que nous sommes tous frères.’ (...) Nous ne sommes pas plus nobles les uns que les autres. » (saint Augustin) .

Lorsque l’esprit mondain s’empare de la noblesse…

Le scoutisme donc, est la belle conquête des vertus — franchise, dévouement, pureté —, ces forces intérieures qui nous permettent de penser et d’agir selon notre dignité, selon la volonté de Dieu. Il suffit cependant, pour rendre ridicule la plus belle des vertus, de la retourner sur elle-même. Un peu de flatterie et puis la crainte… et voilà l’oiseau en cage !

Dans les années 50, dans la crainte de voir leurs enfants se corrompre au contact d’une société déstabilisée moralement, des parents ont constitué les rallyes, afin d’y conserver les bonnes manières de la courtoisie et de permettre à des jeunes issus du même milieu social — aristocrates et bourgeois — de se rencontrer… Cela s’appelle la mondanité : le fait pour un milieu de vivre pour lui-même, oubliant sa raison d’être, celle de servir. Or, imaginez une princesse qui ne vivrait que pour elle-même, pour qu’on la regarde. Elle deviendrait ridicule. « Le mondain est comme un voleur qui m’a dérobé mon honneur, à moi son Créateur », dit Dieu à sainte Catherine, « pour se l’attribuer à lui-même. (...) Tout d’abord, le mondain me juge, moi, (...) il condamne tout, suivant son petit avis ; et comme il a aveuglé lui-même l’oeil de son intelligence, (...) il ne peut voir ni connaître la vérité. Puis, il entreprend de juger le prochain selon l’amour-propre et l’orgueil. » (Sainte Catherine de Sienne, Dialogue).

Mus par la crainte, les rallyes enferment les personnes sur leurs petits acquis et stérilisent les intelligences. La crainte de voir des enfants avoir de mauvaises fréquentations ou de ne pas avoir de fréquentations ne devrait pas conduire à la nécessité de la mortifère mondanité. Comme si cela allait régler le problème !

C’est tout le contraire, car la mondanité est à l’opposé de la vérité et de l’amitié. Il est naturel que les rallyes produisent des fruits de vanité : cela correspond à la nature de leur principe. Les fruits de débauche et d’instabilité sentimentale y sont érigés en quasi-vertus. Ils sont du moins considérés comme une fatalité quasi nécessaire. En effet, puisque le vernis (les apparences) y est la loi suprême, la liberté dans la vérité y est bannie. Garçons et filles y sont là, livrés à eux-mêmes, sans qu’aucune connaissance d’eux-mêmes ne leur soit transmise par leurs aînés qui ne sont là que pour sauver les apparences. Alors, allons-y franchement, « choppons » gaiement ! Ne parlons même plus de courtoisie…

Mus par la prétention sociale, les rallyes donnent des fruits de servitude mondaine. Combien de fois ai-je eu cet aveu du manque total de liberté dans les relations mondaines, alors que les mêmes disaient pouvoir trouver dans le scoutisme une école de liberté intérieure et de croissance humaine et spirituelle ! Vivre pour soi-même — en mondain — ou en homme libre selon la grâce, pour beaucoup le choix est fait d’avance, hélas ! Les jeunes qui refusent l’engrenage des rallyes ne le font pas parce qu’ils sont « coincés » mais justement parce qu’ils ont cette belle liberté intérieure qui leur permet un sain discernement et un acte courageux.

Mais alors la question rebondit : ne peut-il pas y avoir tout de même de bons rallyes ? Certains rallyes se tiennent mieux que d’autres, oui, sans doute, et grâce à de bonnes volontés. Mais cela ne suffit pas à les rendre bons ! Nous pouvons seulement dire que certains rallyes résistent à leur propre principe de décomposition. Ce ne sont pas les membres qui font que le principe des rallyes est bon ou mauvais. Le principe des rallyes est mauvais en lui-même parce qu’il ne vise qu’à la conservation d’acquis sociaux et qu’il ne garde de la noblesse que la dimension mondaine, alors que c’est justement là son tendon d’Achille ! Ce principe ne pouvait conduire qu’à la décadence.

Le scoutisme purifie de l’esprit mondain ! Il prend en effet les moyens pour que chacun puisse conquérir la noblesse d’âme dans le don de soi-même. Le scoutisme n’a pas pour but de fonder « le petit monde des scouts », mais il prend les moyens pour que chacun puisse accomplir sa vie dans l’épanouissant service de Dieu et des frères par un concret don de soi.

Scoutisme et rallyes, il faut donc choisir ?

Nous entendons dire parfois que scoutisme et rallyes se complètent… Allez comprendre ! Leurs buts respectifs et leurs moyens sont opposés. Il ne s’agit pas ici de complémentarité car — l’expression est forte, mais elle permet de comprendre — la maison close ne peut pas être complémentaire (!) de la maison familiale… En attendant, l’esprit des rallyes corrompt l’esprit de bien des patrouilles de scouts et de guides, lorsque CP et seconds sont préoccupés de leurs soirées et des ragots mondains. L’esprit mondain, vivant pour lui-même, a énormément de mal à donner de son temps, de sa personne et à s’engager, à être vraiment libre. Le don ou son contraire, il faut vraiment choisir !

 
 Auteur

 
Père Michaël Bretéché
 


 Parution
 
Trace Ta Route n°51
Février - Avril 2009
page 3 à 5
 

 Le savais-tu ?
   
Cet article fait partie des lectures conseillées dans le cadre du programme de formation générale des chefs et cheftaines
 

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