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Étymologiquement, servir
vient du latin servire, « être assujetti à », « obéir à ». L’homme,
servus, est un esclave. Mais, dès le latin classique,
servire prend le sens d’ « être utile à » . Dans le latin médiéval, le service est le
lien juridique qui attache le vassal à son seigneur. C’est
aussi le lien entre l’homme de Dieu et son Seigneur, homme
attaché au plus haut service. C’est d’ailleurs
l’Église qui a donné progressivement à
ce mot son sens actuel. L’idée d’esclavage disparaît
au profit d’un lien d’homme à homme, si fort
à l’époque médiévale. Ce détour
nous permet de réfléchir sur deux points fondamentaux
du service : le service implique une action concrète — être
utile à — et une rencontre. Le service est utile et des liens
humains en découlent.
Action concrète
Le service fait partie
de nos vie de feu. Il prend des formes variées : de la vaisselle
d’équipe au grand jeu pour le rallye de province, du
ménage chez des personnes âgées, de la réfection de l’hôtellerie chez
des sœurs, au cours de soutien pour des enfants… Aucun
service, si petit et simple soit-il, n’est à dénigrer.
Il n’y a pas de petit ou de grand service, de vrai ou de faux service.
Il peut par contre y avoir des erreurs d’appréciation
dans le choix du service.

À
la base du service, il doit y avoir un choix réfléchi.
En effet, il doit être pris en fonction du temps, des capacités
et des compétences de chacune, du nombre que l’on est,
de la nature même de ce service. Inutile d’aller à
dix-huit faire le repassage d’une vieille dame ou retaper
à trois l’hôtellerie d’un monastère.
Dans les deux cas, l’ennui et l’inefficacité
règneront.
Qui plus
est, un service ne s’improvise pas, il se prépare.
Inutile d’aller un week-end dans une communauté de
personnes handicapées si vous n’avez pas au préalable
rencontré les personnes qui s’en occupent, pour faire
leur connaissance. Même le repassage implique de savoir
repasser autre chose que des mouchoirs ! On ne fait pas un service
« parce qu’il faut en faire un dans une activité
route ». Préférez la qualité. Un service
bien préparé et bien mené, donc réellement
utile, vaut mieux que dix vagues B.A. (« Bonne Action »
) baclées.
Par ailleurs,
l’éternel dépoussiérage de l’église
peut en lasser plus d’une. Mais il y a aussi des équipes
qui auront besoin de ce genre de service pour se construire, dans
la simplicité, porter le regard sur les petites choses, etc.
Ne jugez jamais du service des autres… À courir derrière
les services extraordinaires, on rate beaucoup d’occasions
d’être vraiment les serviteurs de nos frères.

Rencontre
Mais,
au-delà du geste même, il y a la rencontre. Nous avons
choisi librement de servir notre prochain, fidèles dans la
loi scoute aux préceptes évangéliques. De notre
propre chef, nous nous sommes fait les vassaux de nos frères
! C’est aussi pour cela que nous ne pouvons fermer notre cœur
à aucune forme de service. La différence même
des services ouvre notre cœur, notre intelligence, notre esprit.
C’est à chaque fois une porte sur un monde nouveau,
en rencontrant les personnes.
Car le
service ne se fait pas ex nihilo. Il est demandé
par quelqu’un. On ne repeint pas une barrière, pas
seulement : on permet aux sœurs d’avoir un monastère
accueillant.

Tout le monde a le souvenir d’une conversation
à bâtons rompus, entre deux kilos de patates à éplucher, avec quelqu’un encore inconnu hier. Une conversation
où l’autre vous partage sa vie, une idée, une
aspiration et où vous faites de même, portées
par une grâce que vous ignoriez peut-être. D’ailleurs,
on ne sait pas trop qui reçoit le plus. Et c’est dans
cet abandon à l’autre que notre service prend tout
son sens. Nous sortons de nous-mêmes. Nous ne sommes plus
centrées sur notre petite personne. Ce qui lui permet de
grandir, selon la loi des paradoxes humains…
Les conséquences
d’un service sont nombreuses. D’abord, avoir fait œuvre
utile est bon en soi. S’y ajoutent ensuite des richesses humaines
: la découverte de ses capacités manuelles, de ses
dons d’accueil, d’écoute, de sourire, le goût
du travail bien fait, la victoire contre une peur personnelle, des
amitiés nouvelles… C’est aussi un moyen de souder
l’équipe à travers une belle action commune.
Quant à ceux que nous avons rencontrés par ce service,
il est fort probable qu’ils en tirent autant de bonheur et
de richesses que nous, si nous avons su allier le geste utile à
la rencontre.

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