Vivre la fraternité Européenne

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C’est le thème choisi par la province Cœur de France à l’occasion de sa deuxième journée des chefs de groupe sur le modèle du colloque des Commissaires de Districts ou du Senamco pour les chefs de groupe sur le plan national.

« Nous avons réuni à Bourges les chefs de groupe et les équipes de district de la province autours du thème : « vivre la fraternité Européenne » confie Sylvie Jenner, commissaire de province guide. Toute l’année nous assumons diverses responsabilités sur le terrain et ce temps d’échanges, de retrouvailles, de partages est bienvenu pour la poursuite de nos missions.

Martin Hafner, commissaire fédéral est intervenu pour parler de la vocation européenne du mouvement. D’autres intervenants comme Laurent Wallut, contact Europe au niveau national, a pris un temps pour évoquer les échanges internationaux avec les autres unités de l’UIGSE et un certain nombre d’atelier « bonnes pratiques » a été proposé aux participants. Une belle occasion pour les chefs de groupe d’échanger entres eux et de poser des questions.

Une journée des chefs de groupe où l’on aura aussi noter la présence de Monseigneur Maillard évêque du diocèse et de Michel-Henri le commissaire général scout.

Photo à la UNE – Nicolas Crépelle © Guides et Scouts d’Europe

 

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Intervention de Martin Hafner à l’occasion de la journée des Chefs de groupe de la Province Cœur de France (Bourges – 07 01 2017)

Scouts d’Europe, comment vivre notre vocation européenne ? En pratiquant vraiment la méthode scoute.

L’Europe n’est pas une dimension supplémentaire de notre scoutisme, elle est sa vocation. Les Scouts d’Europe sont, avant même d’être un mouvement scout, un mouvement européen qui vit pleinement le scoutisme dans la totalité de la pédagogie développée par les fondateurs. Aussi, vivre et pratiquer réellement la méthode scoute est la première condition pour vivre notre vocation européenne.

Ma mission de commissaire fédéral m’amène à énormément voyager en Europe, auprès des associations de notre union mais aussi dans d’autres pays qui s’intéressent à la méthode des Scouts d’Europe et souhaitent nous suivre. Sans parler des pays hors d’Europe qui s’intéressent à notre méthode (contacts avec le Mexique, le Brésil ou l’Argentine où des scouts veulent s’associer à nous et demandent notre aide).

Je me suis toujours posé la question : quels sont les liens que ces associations de tant de pays et tant de cultures peuvent avoir entre elles ? Je suis persuadé qu’il ne s’agit pas de la pédagogie mais, en fait, de la vocation européenne qui nous rassemble. Le lien entre nous est essentiel et l’Europe fraternelle que notre mouvement souhaite construire, comme l’Europe toute entière en fait, doit se construire du bas vers le haut et non imposée du haut vers le bas.

Les liens peuvent exister et se tisser, bien-sûr, grâce aux camps à l’étranger ou aux rencontres fortuites. Je suis sûr que plusieurs d’entre vous ont découvert ainsi des pays différents par ces biais. Il n’est pas nécessaire d’être commissaire fédéral pour découvrir l’Europe.

Au niveau international, avec l’équipe fédérale et tous les commissaires généraux des associations, nous réfléchissons à des initiatives qui pourraient permettre de tisser ces liens, de façon durable : cela pourrait passer, par exemple, par la création d’un réseau entre les villes d’Europe, d’un jumelage entre les groupes scouts en Europe comme sont jumelées des villes européennes entre elles. Cela signifie que la pièce clé dans ce cas est le chef/la cheftaine de groupe.

Il faut que nous en soyons bien persuadés, l’Europe ne peut pas se concevoir comme une 16e dimension que notre mouvement aurait ajoutée aux 15 éléments du scoutisme. Elle est véritablement la vocation de la FSE et ce, depuis son origine, à la Toussaint 1956. Rappelons-nous cette rencontre à Cologne, rue des Maccabées, où de jeunes chefs scouts, de plusieurs pays dont la France et l’Allemagne, ont eu l’idée, pour vivre fraternellement après un conflit particulièrement meurtrier, de lancer les Scouts d’Europe. Wilhem Jung, un des chefs présents à la Toussaint 1956, que nous avons pu rencontrer lors de notre conseil fédéral à Cologne en octobre dernier, disait que tous ces jeunes chefs étaient bouleversés à l’époque par l’échec sanglant du soulèvement hongrois et que cet événement avait été un moteur pour cette idée d’un dynamisme d’une fraternité européenne à ce moment-là.

Etudions la situation, celle d’un groupe de jeunes gens d’une vingtaine d’années pour la plupart, dans une ville encore en ruines, qui ont connu la seconde guerre mondiale. Ensemble, ils veulent alors construire quelque chose et l’idée d’un mouvement scout leur a paru naturelle. A cette époque, en 1956, il n’y avait pas d’idée scoute nouvelle, le scoutisme était compris comme il avait été créé par Baden Powell et, pour le scoutisme catholique, par le Père Sevin, Jean Corbisier et le Comte di Carpegna. Il n’y avait pas de remise en question de la foi, nous étions loin encore de la contestation de 1968. L’œcuménisme était encore très ténu, suivi par un simple secrétariat, au Vatican, pour le dialogue entre les religions. Or, dès le début, ces jeunes, parmi eux certains étaient catholiques, d’autres protestants ou orthodoxes, veulent créer quelque chose en commun, à plusieurs confessions. L’idée première était la paix d’abord. N’oublions pas que la guerre n’était terminée que depuis 9 ans et que la confrontation des deux blocs Ouest-Est (la guerre froide) était très forte en 1956.

Donc, à l’origine, les Scouts d’Europe ne sont pas d’abord un mouvement scout mais bien un mouvement européen[1] et c’est ce qui fait son originalité.

Ensuite, bien sûr, très vite après en fait, sont venues les réflexions sur les nécessités pédagogiques issues des crises dont la crise spirituelle. Ce sont ces crises, ces évènements post 1956 qui ont assuré le développement de notre mouvement, notamment en France et en Italie, car il voulait pratiquer un scoutisme fidèle aux intuitions originelles et s’appuyant sur une foi solidement ancrée dans les enseignements du Christ. Même en Allemagne où les Scouts d’Europe ne sont pas aussi nombreux qu’en France ou en Italie, ils sont la plus importante association de jeunes catholiques. Ils sont souvent contactés par les responsables de l’Eglise catholique pour aider au catéchisme tant leur catholicité est considérée comme solide. Leur scoutisme est aussi considéré comme exemplaire.

Alors, posons-nous la question : comment vivre l’Europe et comment la construire pour nous, Scouts d’Europe ? Parfois, un responsable d’association peut mettre en avant qu’il a beaucoup à faire pour sa propre association et qu’il ne peut, pour l’instant, se consacrer à l’Europe. Pourquoi-pas ? Mais alors, devons-nous continuer à porter cette bande sur nos uniformes ? Non, je crois qu’il faut construire l’Europe comme tout le reste de notre éducation scoute. Pour nous c’est vital. Comme nous l’avons vu auparavant, il faut s’appuyer sur l’idée de 1956.

[1]Cf. article 1er des statuts fédéraux de 1956 : La « Fédération du Scoutisme Européen » est une communauté scoute internationale originale dont « le but est de pratiquer le scoutisme de Baden-Powell dans le cadre de l’idée européenne et sur les bases chrétiennes que postule l’idée d’Europe unie » – In Commentaires du directoire religieux de la fédération des Scouts d’Europe (2000). Note du rédacteur.

 

Concrètement, pour un louveteau, un scout ou une guide, comment leur faire découvrir l’Europe ? En vous interrogeant, je vois qu’il y a plusieurs pistes que vos unités ont explorées, comme faire connaître les autres cultures par un concours de cuisine «menus  internationaux » ou des échanges épistolaires entre 2 unités, voire des échanges et accueils en familles scoutes au sein de l’UIGSE. L’un d’entre vous me disait aussi que l’on pouvait voir aussi un des fruits de l’Eurojam de 2014 qui a été un véritable déclencheur pour bien des jeunes de l’appréhension concrète de cette fraternité européenne. Les échanges sont de plus en plus importants, nous voyons des chefs d’unité qui commencent à penser à vivre cette fraternité vraiment. Tout cela est très prometteur et les pistes sont vraiment intéressantes. En tant que commissaire fédéral, je ne reçois bien évidemment pas toutes les informations des unités et je ne sais rien de ces activités. Aussi, apprendre que de telles initiatives se développent me confirme bien dans l’idée que cette fraternité est en marche.

L’Europe, actuellement, n’est pas très appréciée et beaucoup lui reprochent de s’imposer aux gens. Or, pour construire quelque chose, il faut aller vers elle. Il faut aller vers l’Europe et vers les autres. Voilà l’idée que doivent mettre en avant nos jeunes guides et scouts : ils apprennent à grandir pour devenir des chrétiens citoyens responsables. Ils doivent marcher ensemble. Leur point commun, c’est le Christ[2]. Il leur faut construire tout d’abord une Europe des cœurs. L’Europe, en dehors de toutes les définitions possibles, a pour mission première de témoigner, témoigner qu’il est possible de se sentir unis à plusieurs pays (plus de 100 langues au Conseil de l’Europe…).

Les fondateurs de 1956 ont eu l’intuition de la vocation européenne, face à un conflit latent. Aujourd’hui, c’est non seulement encore pertinent mais plus urgent qu’en 1956. Il faut construire une Europe des cœurs réconciliés, celle qui était en filigrane lors de l’Eurojam de 2014 qui a débuté 100 ans jour pour jour après le déclenchement de la 1ère guerre mondiale, l’Eurojam de la réconciliation. Or, on ne peut construire qu’avec des différences et en les mettant bien en avant dans leur complémentarité. La différence permet de construire l’unité et elle en est même un signe. Pour construire l’Europe, il faut donc être nous-mêmes. Au sein d’une patrouille, chaque scout, chaque guide a sa place car il est lui-même, différent des autres et donc complémentaire de chacun d’eux. La patrouille est unie car tous ses éléments se complètent. Il ne peut en être autrement pour notre mouvement. Nous devons être nous-mêmes, rejoignant nos frères pour s’enrichir de nos différences et faire un tout complet et uni.

Enfin, pour construire l’Europe, il faut du concret, des « moments jalons et fédérateurs », comme le fut le service des guides et scouts de l’UIGSE lors des JMJ de Cracovie l’été dernier, ou la rencontre des Hautes Patrouilles de plusieurs pays à Bruxelles en novembre. Bien évidemment, l’Euromoot en 2019 avec les routiers et les guides aînées sera un moment important pour notre mouvement. Ces moments forts montrent la réalité de ce qui peut se construire au niveau européen. Les jeunes qui étaient en service aux JMJ, ceux qui étaient à la rencontre des Hautes Patrouilles à Bruxelles et ceux qui marcheront lors de l’Euromoot sont les commissaires de demain. Ils auront vécu des choses fortes ensemble et ces liens seront solides. Par eux, la fraternité européenne des scouts d’Europe sera réalité.

Pour terminer, si notre vocation est de construire l’Europe des cœurs, elle ne se construira pas imposée par le haut. En fait, c’est bien quand nous pratiquons vraiment le scoutisme, dans toutes ses dimensions, dans toute sa beauté, que nous sommes scouts d’Europe et que nous répondons à notre vocation de construire l’Europe fraternelle. Quand nous pratiquons vraiment la pédagogie des conseils, celle qui permet de donner à chacun sa place, d’être pris au sérieux et comme quelqu’un qui compte, alors nous construisons l’avenir et l’Europe de demain, solide et forte par ses citoyens engagés et unis pour un but commun. Il faut donc, au-delà même des rencontres dont nous venons de parler, en premier lieu s’efforcer à pratiquer de notre mieux la méthode scoute. Elle est un témoignage pour l’Europe.

Donc, pratiquons bien la méthode scoute pour vivre notre vocation européenne.

[2] Avec le « troisième principe”, la F.S.E. a tracé, dès ses débuts, le chemin vers la sainteté pour chaque scout et guide, après leur avoir rappelé la beauté de l’héritage qu’ils ont reçu, en tant que filles et fils de la chrétienté. Ainsi, la F.S.E. propose à chaque scout et guide d’être « fier/fière de sa foi » et de travailler à « établir le Règne du Christ dans toute leur vie et dans le monde qui les entoure ». (Commentaire du directoire Religieux OP. Cité)

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Propos recueillis par Michel-Henri Faivre (CNGS)