A peine le sac à dos posé que la rentrée s’annonce cartable sur le dos. La tête pleine de souvenirs de grands jeux, d’installations, de concours de cuisine, d’explorations, de marches et de découvertes, qu’il faut se reconcentrer sur son devoir d’état.

Pas simple… Et pourtant indispensable à notre quotidien. École, cours, travail chacun à sa mesure pour grandir, apprendre et contribuer à la vie des femmes et hommes sur terre.

Fidèle à ma patrie, je servirai !

Voilà c’est dit, c’est clair, net et précis. Le thème d’année lancé par les commissaires généraux du mouvement donne le ton de cette belle année scoute à venir. Servir c’est « l’ADN » des guides et scouts. De la « Bonne action quotidienne » au service des malades à Lourdes, il y a un vaste champ d’action d’investigation autour de chacun. Au cœur même de notre pays divisé, bousculé, abimé, la seule réponse est celle de l’amour voulu par le père : « Aimez-vous les uns les autres ». Aidons-nous les uns les autres pour, ensemble, relevez le pays.

C’est à Château-Landon que se sont retrouvés ce week-end, les Commissaires de Provinces, les Équipes Nationales de branches et les Chefs d’Équipes Techniques Nationales, pour mettre en marche la nouvelle année scoute. Au programme ; rencontres et échanges, nouvelles du mouvement et pré-bilan des camps d’été, grandes orientations et axe de travail de l’année, application des orientations 2020, grands projets du mouvement en cours, le tout sous la nouvelle bannière « Fidèle à ma patrie, je servirai », thème de l’année le « Pourquoi et le Comment » de ce choix, agrémenté de pistes de réflexion.

Convivialité, bonne humeur était de la partie sous les bons auspices d’un soleil radieux, les chefs ont « planché » avec sérieux pour mieux servir.

LG.

Reportage photos réalisé par L’ETN photo – © tous droits réservés

 

« Fidèle à ma patrie, je servirai »

par l’Abbé Cyril Gordien, CRN +

Cher Chef, chère Cheftaine,

Souviens-toi de ta promesse. Ce jour-là, l’âme vaillante et pleine d’ardeur, tu as prononcé une parole d’engagement pour toute ta vie. Avec une vive émotion, conscient de la portée de l’acte que tu posais, devant ton unité rassemblée, en t’appuyant sur le Beaussant, fortifié par la bénédiction de Dieu, tu as fait cette promesse : « Sur mon honneur, avec la grâce de Dieu, je m’engage à servir de mon mieux Dieu, l’Eglise, ma patrie et l’Europe, à aider mon prochain en toute circonstance, à observer la loi scoute ».

Quelques années après, cette parole tient toujours car elle est une promesse. Certes, tu perçois davantage les difficultés liées à la fidélité à la parole donnée. Les défaillances, les chutes, les lâchetés ne doivent jamais te décourager. Le grand saint Pierre est lui-même tombé, trois fois de suite…Mais notre Seigneur l’a relevé en lui pardonnant. Toi aussi, notre Seigneur te relève, t’accompagne, t’encourage par les sacrements. Alors avance. La fidélité se gagne et se fortifie chaque jour. Dieu, l’Eglise, la patrie…

En général, on comprend bien ce que signifie servir Dieu et l’Eglise. Mais la patrie ? Le mot même semble suranné, trop marqué par l’époque de la révolution française qui voulait faire table rase du passé. Alors voici quelques pistes de réflexion pour t’aider à raviver un juste amour de la patrie et un désir de la servir.

  1. Aime ton pays

Car tu as des raisons de l’aimer ! Outre la beauté des ses régions si variées, la France a une histoire, un passé riche et glorieux, dont tu dois être fier. Apprends à connaître ce passé, approfondis tes connaissances, étudie avec intérêt ce qui a fait de la France un grand pays. Bien sûr, en écrivant cela, je n’ignore pas les vicissitudes de l’histoire, les épreuves et les guerres qui ont ensanglanté notre pays. Mais de grâce, ne te laisse pas enfermer dans la logique de culpabilisation permanente diffusée dans les programmes officiels et dans les médias. Sans cesse, il nous faudrait faire repentance et s’excuser d’être Français : la féodalité, les croisades, l’Inquisition, la colonisation sont autant de périodes qui jettent définitivement sur la France un sempiternel discrédit…

Ne tombe pas dans cet écueil, mais apprends l’histoire de ton pays qui est aussi ton histoire. Tu reçois un vaste héritage qui s’est enrichi de génération en génération : héritage religieux, culturel, artistique, scientifique, social. Que fais-tu de cet héritage ? Servir sa patrie, c’est d’abord en recevoir l’héritage sans le dilapider. Souviens-toi que beaucoup de tes ancêtres ont versé leur sang pour que tu naisses dans un pays libre. Souviens-toi que tu bénéficies aujourd’hui d’un savoir accumulé depuis des siècles. Avec reconnaissance et respect, veille sur cet héritage qui te fera aimer la France, à l’exemple du Père Doncœur qui écrivait : « Pour ne pas aller aux trahisons, il faut exalter en nous le sentiment si gravement dévalorisé que la France, c’est tout de même quelque chose, que c’est quelque chose d’être français. J’appelle cela vivre français »[1].

  1. Plonge dans les racines chrétiennes de la France

Au hasard d’une promenade estivale, j’ai découvert à Courmayeur, en Italie, une épitaphe qui disait en substance : « Joseph HENRY, prêtre, écrivain, alpiniste, a honoré son pays ». Quel magnifique hommage rendu à un homme que de dire de lui : il a honoré son pays ! Servir sa patrie, c’est l’honorer par sa vie, ses actions, ses attitudes, en respectant sa vocation. Car un peuple a une vocation à remplir, tout comme les personnes en ont une. Un peuple a une âme, et l’âme française est chrétienne, comme a tenu à le rappeler saint Jean-Paul II lors de sa venue en France en 1980. Durant son homélie, le saint Pape a rappelé la longue histoire de la foi dans notre pays, en citant notamment les grands saints qui ont enraciné profondément dans cette terre la foi chrétienne : « D’abord la Gaule, et ensuite la France: la Fille aînée de l’Eglise! Aujourd’hui, dans la capitale de l’histoire de votre nation, je voudrais répéter ces paroles qui constituent votre titre de fierté: Fille aînée de l’Eglise ! »[2].

Es-tu conscient de cette vocation de Fille aînée de l’Eglise ? Au cours des siècles, cette mission s’est affermie, depuis le baptême de Clovis en 496, en passant par le Pape Grégoire IX qui déclara à saint Louis, en 1239 : « Le Royaume de France est au-dessus de tous les autres peuples, couronné par la main de Dieu lui-même de prérogatives et de grâces extraordinaires ». Ces grâces divines ont fécondé la terre de France et ont donné de nombreux saints et missionnaires : Jeanne d’Arc, François de Sales, Vincent de Paul, Louis-Marie Grignion de Montfort, Jean-Marie Vianney, Bernadette de Lourdes, Thérèse de Lisieux, Sœur Elisabeth de la Trinité, Charles de Foucauld, et tant d’autres. Sais-tu qu’à la fin du XIXème siècle, une religieuse sur deux dans le monde était française, et huit religieuses missionnaires sur dix étaient françaises ? C’est considérable, et cela témoigne du rayonnement de la foi dans notre pays. Qu’en est-il aujourd’hui de ce formidable élan missionnaire ?

  1. Sois un bon chrétien

Servir sa patrie implique de s’inscrire dans ce grand élan apostolique. C’est pourquoi saint Jean-Paul II avait posé cette grave question qui résonne encore dans les esprits : « permettez-moi, pour conclure, de vous interroger: France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême? Permettez-moi de vous demander : France, Fille de l’Eglise et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle? »[3]. Question terrible, rappelée récemment par le successeur de Pierre : en rencontrant des lycéens en audience exceptionnelle, le Pape François leur a confié : « Il y a des gens en vie mais qui sont morts, il faut aller les réveiller (…) On dit que la France est la fille aînée de l’Église, mais c’est une fille bien infidèle »[4].

Toi qui es baptisé, ta mission est de servir la France en authentique chrétien, en vivant pleinement ta foi. Combien de Français baptisés, issus de familles chrétiennes, abandonnent toute pratique religieuse en cédant aux tentations du siècle ? Je me souviens de l’appel vibrant du Pape Benoît XVI qui souffrait de constater l’abandon de la foi en Europe et « la fatigue du fait d’être chrétiens » : « le centre de la crise de l’Église en Europe est la crise de la foi. Si nous ne trouvons pas une réponse à celle-ci, si la foi ne retrouve pas une nouvelle vitalité, en devenant une conviction profonde et une force réelle grâce à la rencontre de Jésus Christ, toutes les autres réformes resteront inefficaces »[5].

Alors ne sois pas fatigué d’être chrétien, ne t’engouffre pas dans le courant facile de « l’apostasie silencieuse »[6], mais au contraire, entretiens ta foi. Chaque jour, donne du temps à Dieu et prie ton chapelet. Fréquente assidument les sacrements pour refaire tes forces auprès du Seigneur, avec la messe dominicale – non négociable – et la pratique régulière de la confession. Mets le Christ et la sainte Vierge au centre de ta vie. Bats-toi pour vivre les exigences de la vie morale, même si c’est difficile, en gardant confiance dans ce que demande l’Eglise. Témoigne de ta foi, sans rougir. Alors tu seras fidèle à ta patrie, à tous ses fils et filles qui en ont fait la Fille aînée de l’Eglise.

La mission est ardue car la crise que traverse la France est profonde. Comme le soulignait le 15 août dernier le Père Abbé de l’abbaye de Fontgombault : « Après avoir méprisé dans ses écoles l’enseignement de l’héritage chrétien de liberté, de vérité et d’amour, la France paye le prix de sa forfaiture : ce sont ses enfants qui tuent !»[7]. Et tout le monde se tait, dénonçait le Cardinal Vingt-Trois, après l’assassinat du Père Hamel : « Silence des parents devant leurs enfants et panne de la transmission des valeurs communes. Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation des déviances. Silence des votes par l’abstention. Silence au travail, silence à la maison, silence dans la cité ! A quoi bon parler ? Les peurs multiples construisent la peur collective, et la peur enferme. Elle pousse à se cacher et à cacher »[8]. N’aie pas peur, ne te tais pas, ne te cache pas. Sois un bon chrétien. Porte l’espérance et l’Evangile de la Vie au cœur de ton pays. Transmets la Parole qui sauve, celle de Dieu.

  1. Sois un bâtisseur

En recevant cet héritage, tu dois désormais être un bâtisseur en apportant ta pierre à l’édifice de ton pays. Hélas, le sentiment collectif d’appartenance à un peuple a quasiment disparu : qui est prêt, aujourd’hui, à donner sa vie pour son pays ? Qui est prêt à se sacrifier pour le bien commun ? Servir sa patrie suppose de payer de sa personne, comme pour le service du prochain. Que désires-tu bâtir pour l’avenir ? Que veux-tu transmettre à tes enfants ? Cela se prépare dès maintenant, à l’heure des études et des grands choix de vie. Ce que tu sèmes aujourd’hui ne portera peut-être du fruit que dans plusieurs générations, mais qu’importe. Ce qui compte, c’est l’engagement présent, pour l’avenir, dans la fidélité.

Nous vivons dans une société individualiste, rongée par le matérialisme et le relativisme qui engendrent l’indifférence et le mépris de l’autre. Chacun songe en priorité à ses propres intérêts, à ses droits qu’il n’a même pas acquis et à ses loisirs. Des milliers d’hommes individualistes vivant côte à côte ne font pas un peuple. Il y manque une âme forgée par le souci des autres et le sens du sacrifice, une âme façonnée par les générations qui l’ont pétrie de leur humanité. C’est cette âme-là que tu dois retrouver pour servir ta patrie, l’âme française qui a donné des héros et des saints.

Le service de la patrie s’inscrit dans l’obéissance au quatrième commandement : « honore ton père et ta mère ». Le Catéchisme de l’Eglise Catholique précise notamment : « L’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité »[9]. Celui qui veut aimer son pays reçoit aussi des devoirs. Depuis que le service militaire a été supprimé, la conscience de ce devoir s’estompe davantage. Pourtant, nous avons tous une dette envers la France, et donc un devoir envers elle. L’amour et le service de la patrie ne se résument pas à n’acheter que du « made in France », à arborer des marinières ou à afficher sur son profil facebook un drapeau français juste après un attentat. Ils vont au-delà parce qu’ils impliquent le don de soi.

Prends à cœur l’avenir de ton pays. Ne détermine pas ton avenir professionnel uniquement sur la base de critères économiques. Vois loin et vise haut pour toi, ta famille, ton pays. Lutte pour que les lois qui sont votées ne portent pas atteinte à la vérité de la loi morale voulue par le Créateur. Ne crains pas de t’engager, quand c’est nécessaire, comme l’ont fait des milliers de Français avec la Manif pour tous, dans un élan ferme et pacifique qualifié d’expression du « génie du christianisme »[10] par le Cardinal Sarah. C’est à ce prix-là que les générations futures te sauront gré de ta fidélité à ta patrie.

A chaque période où la France devait se relever, notre Seigneur a fait se lever sur sa terre les saints dont elle avait besoin. « Il y a grande pitié au Royaume de France », disait Jeanne d’Arc ! A nouveau, aujourd’hui, la France attend le passage des saints. Elle a un cruel besoin que se lèvent de nouveaux sainte Geneviève, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc ou saint Jean-Marie Vianney. C’est à toi, cher chef, chère cheftaine, de relever le défi de la sainteté. C’est à toi de mettre tes pas dans ceux des géants. C’est à toi de creuser de nouveaux sillons lumineux pour annoncer le Christ sur cette terre de France, terre de mission. Fidèle à ma patrie, je le serai ; tous les jours de ma vie, je servirai !

Abbé Cyril Gordien, CRN +

[1] Paul DONCŒUR, Aller de l’avant, éditions des Scouts de France, 1988, p.162

[2] Saint Jean-Paul II, homélie au Bourget, 1er juin 1980

[3] ibid.

[4] Propos rapportés par plusieurs médias, le vendredi 12 juin 2015

[5] Benoît XVI, Vœux à la Curie romaine, 22 décembre 2011

[6] selon les mots de saint Jean-Paul II

[7] Homélie du Très Révérend Père Dom Jean Pateau, Abbé de Notre Dame de Fontgombault, le 15 août 2016

[8] Cardinal André Vingt-Trois, Homélie pour les victimes de Saint Etienne du Rouvray, 27 juillet 2016.

[9] Cf. CEC n.2239.

[10] « Aujourd’hui en Europe, il existe des pouvoirs financiers et médiatiques qui cherchent à empêcher les catholiques d’user de leur liberté. En France, la Manif pour tous donne un exemple d’initiatives nécessaires. Ce fut une manifestation du génie du christianisme ». Cardinal Robert SARAH, Dieu ou rien, Fayard, 2015, p. 214

Reportage photos réalisé par Laurent Garnier – © tous droits réservés