Du coeur des bois au Cœur de Dieu 
 Le scout voit dans la nature l’oeuvre de Dieu : il aime les plantes et les animaux. (art. 6) 

Par l’Abbé Guy-Emmanuel Cariot – CRN

« Loué sois-tu mon Seigneur pour soeur notre Mère la Terre, qui nous soutient et nous gouverne » lit-on dans le cantique de St François. Dans le livre de la Genèse Dieu demande à Adam de soumettre la terre. L’expérience scoute est une réponse à cet ordre. La vie dans les bois est une expérience de pauvreté, d’humilité et de simplicité, une expérience proche de la terre et du rythme des saisons. 

Regardons quelques instants la sagesse des récits de Création car ils peuvent je crois éclairer notre thème d’année : 

1) La Création qui sort du vouloir divin est bonne : Dans le 1er récit de la Création (en 6 jours), chaque jour Dieu voit que ce qu’il avait créé était bon. Le 6e jour alors que tout est créé, Dieu contemple et s’émerveille : Gn 1, 31 « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. » 6 jours comme un mastaba babylonien (ou un gros gâteau de mariage à la crème) homme et femme sont en haut comme un chef d’oeuvre. Ils sont ce qu’il y a de plus précieux dans la création. Le thème d’année n’est pas un écologisme pervers comme on en voit tant. L’homme ne fait pas nombre avec les espèces. Il en est créé le maître, comme lieu-tenant de Dieu. Homme et femme sont créés pour eux mêmes mais attention : Cette maîtrise donnée à l’homme doit être menée par lui comme Dieu le ferait, autant que faire se peut. La création entière est comme l’écrin de l’homme écrin mystérieux quand on pense à l’univers et sa profondeur, écrin qui, s’il est abimé, abime l’homme en retour. 
Nous sommes conçus dans le coeur de Dieu et pour le coeur de Dieu : chacun est voulu pour lui-même, aimé pour lui-même et nécessaire à l’ensemble aussi faible soit-il (n’est ce pas une belle définition de la patrouille ?). 

2) La Création est touchée par le péché originel. 

Trois relations soutiennent l’existence humaine : 

– La relation à Dieu 
– La relation aux autres 
– La relation à la Création 

La rupture originelle affecte ces 3 relations ; en prenant la place de Dieu l’homme a détruit la communion avec Dieu, avec le prochain mais aussi avec la Création. Refuser d’être limité nous a amené au malheur. 

Quand on regarde st François par exemple, on se dit qu’en vivant dans une telle harmonie avec la nature, il opérait ainsi une sorte de guérison de cette désharmonie liée au péché. Ainsi, de même que la miséricorde guérit la rupture avec Dieu et que la charité guérit la rupture avec le prochain, cette harmonie guérit la relation à la création ou mieux dit en l’occurrence, la vie dans les bois guérit cette désharmonie. 

3) les caractéristiques de la vie dans les bois : 

– Elle nous rappelle nos limites : les bois existent avant nous avec leur profusion d’animaux, d’insectes (plus ou moins nuisibles d’ailleurs) leurs essences de végétaux, leurs petits chemins, leurs ruisseaux et tous leurs secrets qui ne se donnent pas à voir au premier coup d’oeil. On le voit, l’invitation à dominer n’est en aucun cas une licence pour tout détruire. 

– Comment alors dominer ? 
Pour dominer comme Dieu l’entend il faut savoir d’abord accueillir, contempler, comprendre. Gn 2, 15 : « le Seigneur prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Eden pour qu’il le travaille et le garde ». Le mot travail signifie : cultiver, labourer, défricher. Le mot garder signifie protéger, sauvegarder soigner. Dieu nous confie cette terre mais la terre est à lui. Tout y est digne de lui, même les animaux. La bible nous invite d’ailleurs à les respecter : Dt 22, 4 « Si tu rencontres un nid tombé à terre et 

la mère couvant ses petits tu ne prendras pas la mère sur ses oisillons ». Ou Ex33 « le shabbat est aussi fait pour que se reposent ton boeuf et ton âne. » L’homme est bien sûr créé seul pour lui-même mais il est créé en relation avec les bois ! 

La Création c’est plus que la nature. Parler de Création c’est parler de Créateur, d’acte créateur. C’est dire aussi combien ce n’est pas la planète que l’on doit sauver mais bien l’homme sur cette planète. C’est très important. Attention de ne pas diviniser la nature. 

– la Création est multiple : aucune créature n’y est auto-suffisante et cela fait partie aussi du projet de Dieu afin qu’on reconnaisse par différence son absolue unicité et aussi la solidarité nécessaire a envisager pour vivre. 

4) Jésus en pleine harmonie avec la nature 

Jésus est le maître, le nouvel Adam. Il commande à la mer et aux tempêtes et tout lui parle de Dieu (Jésus premier scout : il voit dans la nature l’oeuvre de Dieu, art. 6) et du royaume jusqu’aux petits moineaux et au grain de moutarde. (Relisons les Paraboles.) 

Quand on regarde Jésus dans l’évangile, on le voit avec ses disciples marcher, marcher, marcher. Il vit proche de la Création connaissant le froid et le chaud, la pluie et le soleil, les tempêtes et les siestes sous les arbres et même si l’évangile n’en parle pas, sans doute aussi les moustiques ! 

Du coeur des bois au Coeur de Dieu cela passe par Jésus à la fois comme maître des secrets de la création et vivant en pleine harmonie et contemplation avec elle. La vie dans les bois nous fait découvrir autre chose que la consommation : contemplation, travail (techniques) patience, travail en commun, respect de ce qui est donné, sens du concret, audace, silence, liberté, sobriété joyeuse, service, chant, jeu. 

Conclusion : Le coeur de Dieu est un coeur transpercé d’où jaillissent sang et eau. C’est le lieu du rachat du salut. Pour nous il a tout donné. Ainsi du coeur des bois au coeur de Dieu c’est aussi un chemin d’expérimentation du salut qui est donné à vivre dans l’aventure scoute.