Un jour, petit loup de huit ans, scout ou guide de douze ans (ou plus tard aîné ou commissaire de deux, quatre ou six dizaines d’années), tu as fait pour la première fois, joyeusement et fièrement, ton salut.

Que tu lèves deux doigts comme les oreilles dressées du loup, ou trois comme les trois principes des éclaireurs(euse)s, ces deux saluts se ressemblent. Pour les plus de 31.000 guides et scouts d’Europe, pour les millions de scouts à travers le monde, le pouce replié recouvre l’auriculaire.

Et tu as appris la signification de ce symbole : le plus fort protège le plus faible.

Il y a mille manières de se mettre au service des plus petits. Mais aujourd’hui, dans tout notre pays, nous avons l’occasion de le faire pendant des jours et des jours… en respectant le confinement chez soi.

Louveteau, louvette, quand tu sacrifies la joie de retrouver tes copains dans la cour de récréation, dans la cour en bas de chez toi, dans les rues de ton village… tu es fort et tu protèges les plus faibles.

Scout, guide, quand te prend l’envie d’aller chez tes patrouillards, tes amis du collège ou du lycée pour discuter, regarder un film, préparer le camp ou faire un tour en vélo… et que tu y renonces… tu es fort et tu protèges les plus faibles.

Guide-aînée et routier, toi qui es dans la force de l’âge et qui te sens presque immortel, dont le cœur est prêt à tous les dévouements, n’hésite pas à proposer aux personnes isolées de ton immeuble de leur faire quelques courses. Mais exerce aussi ton sens des responsabilités et choisis de rester chez toi, de téléphoner à telle personne âgée ou étudiant isolés dans leur chambre, d’écrire une lettre (oui, manuscrite !) à tes grands-parents. Là, dans le secret de ta chambre… tu es fort et tu protèges les plus faibles.

Chef, cheftaine, commissaire, tu as déjà imaginé de nouvelles manières de rester en contact avec tes jeunes, de leur transmettre des jeux ou des missions pour parfaire leurs techniques scoutes et leur faire vivre l’idéal et la fraternité scouts, même à distance. Mais tu bous intérieurement de tout ce que tu ne peux plus faire, les activités annulées, les camps-école en suspens, le camp plein d’incertitudes. Offre toute ton impatience, tes soucis, tes colères même. Tu es fort et tu protèges les plus faibles.

Ancien qui souffres de devoir rester seul, sans pouvoir embrasser tes enfants et petits-enfants et à qui les journées semblent trop longues. Prends soin de toi car tous ceux que tu aimes ont besoin de toi. Malgré les apparences, tu es fort et tu protèges les plus faibles.

Petit loup, scout, guide, guide-aînée ou routier chevronné, répands toutes les idées de ta paroisse ou des hommes de bonne volonté : prière, chants scouts à tue-tête par la fenêtre ouverte, fleurs de ton jardin déposées en catimini devant la porte du voisin. À la maison aussi, là où commence ton devoir de scout…

Je sais, tu as envie d’agir et tu trépignes. Mais y renoncer c’est comme une B.A. : ce n’est presque rien mais ça change tout. Un petit truc : quand tu as envie de râler ou de t’attrister à cause de cette situation, souris, lève la main et salue. Le plus fort protège le plus faible.

 

Marie de Bonnaventure, RS